Hors Trump, Meloni, Orban, etc., Qui face au(x) Deep State(s) ? [2]

| Occident | Géopolitique | Questions à Jacques Borde |

Rigged Elections ou pas, Budapest & Varsovie exceptés, c’est bien le Deep State qui demeure la donne en Occident. &, fors les tricheries des A-Démocrates US, c’est largement la stupidité crasse – voire la trahison, pour certains d’entre eux – de nombre de dirigeants souverainistes &/ou de droite qui auront pavé la voie de leur défaite. Après… Partie 2.

« Bergoglio en Irak : ‘Si Dieu est le dieu de la vie — et il l’est — il ne nous est pas permis de faire la guerre à nos frères. Si Dieu est le dieu de l’amour, il ne nous est pas permis de haïr nos frères’. Moi je ne reconnais pas comme mes frères ceux qui veulent la seconde mort du Christ et l’anéantissement de ma civilisation. 2021 versus 1095. La prière de Mossoul contre l’appel de Clermont. François contre Urbain II. Les ténèbres contre l’esprit du Christ-Roi ».
Jean-François Touzé.

« Le Renseignement américain relie directement le meurtre atroce du journaliste Jamal Khashoggi en Turquie à la famille royale séoudienne et en particulier au prince héritier Mohamed Ibn-Salmān, qui aurait donné l’ordre de le saisir et de le découper pour les critiques qu’il a faites au régime séoudien. Il s’agit du même prince félicité servilement par Matteo Renzi en tant que défenseur d’une nouvelle Renaissance. Mais ce n’est pas seulement Renzi qui doit clarifier ses relations avec le prince séoudien, ce sont aussi tous ces partis, gauche en tête, qui se sont toujours tu sur les États intégristes islamiques qui, au nom de la Charia, piétinent tous les droits de l’Homme sur leurs territoires et propagent la propagande islamiste qui empoisonne le monde musulman et crée le terreau dans lequel grandit le terrorisme qui ensanglante l’Europe. Fratelli d’Italia est depuis toujours la seule force politique qui a le courage de dénoncer les méthodes utilisées par des États fondamentalistes comme l’Arabie Séoudite ou le Qatar, habitués à s’acheter le soutien et l’omerta des media et des partis politiques ».
Giorgia Meloni.

| Q. La rencontre entre Sistani et le pape François, vous en pensez quoi ?

Jacques Borde. En l’état, pas grand-chose. En fait, contrairement à ce que l’on croit, les Chî’îtes et leur clergé sont très coutumiers des rencontres de ce type. Donc, l’ʾĀyatullāh al-ʿUẓmā, Sayyed Ali Husseini al-Sistani1, comme d’autres avant lui.

En fait, c’est Mgr. Louis Raphaël Ier Sako, 24e patriarche de l’Église catholique chaldéenne, qui a réussi à organiser la rencontre entre le pape (sic) et Sistani dans la ville sainte de Najaf.

Mais, vraie problématique, que pèse réellement Sistani en Irak aujourd’hui ? Sistani combien de divisions au juste ? À peu près autant que le Vatican. Présenté par certains comme « conscience irakienne » (sic), ce ne sont pas ses milices qui ont défendu les communautés chrétiennes d’Irak. Idem pour François. D’où une rencontre pour le moins surréaliste, entre deux hommes dépassés par les circonstances et n’ayant pas, visiblement, grand-chose à se dire.

Le hic de la conscience sistanienne (sic), c’est qu’elle ne vaut plus autant qu’avant en ces temps de chaos. Fors les Forces armée irakiennes, ce sont bien des milices chî’îtes, mais sans rapport avec Sistani, qui ont tenu la dragée haute aux hordes d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)2, d’Al-Qaïda et tutti quanti :

1- d’un côté, les moins nombreuses, celles du Sayyed Muqtadā aṣ-Ṣadr3, leader chî’îte des quartiers pauvres de Bagdad (Dont Sadr-City) et chef historique de Jayš al-’Mahdi4 ;
2- celles gravitant ou créées au sein de Hachd al-Chaabi (PMU)5, comptant plusieurs brigades… chrétiennes (au sens large).

Plus généralement et sans surprise, l’hémorragie des Chrétiens d’Irak s’est accéléré avec l’irruption de DA’ECH dans le grand jeu régional.

À Mossoul6 – autre lieu du passage pastoral, mais théologiquement assez creux de François –, les Chrétiens assyriens et syriaques étaient près de 50.000 avant la 1ère Guerre du Golfe. Leur nombre est passé à 5.000 en 2014.

70 familles seulement vivraient encore à Mossoul. Les 150 000 Chrétiens de la Plaine de Ninive – qui ont fourni des miliciens à Hachd al-Chaabi (PMU) –, dont 50.000 Syriaques de Qaraqosh ont tous quitté la ville pour échapper au nettoyage ethno-religieux, qui a également frappé les Yézidis, les Shabaks et les Turkmènes chî’îtes. Tous se sont réfugiés dans l’antique terre d’Erbil (Arbèle, devenue kurde) et dans les camps de réfugiés, au Liban, en Jordanie et en Turquie.

Depuis, 55.000 d’entre eux ont réussi à quitter le Moyen-Orient. 25.000 sont revenus à Qaraqosh. Les autres sont restés à Erbil. La petite Église arménienne, issue de la diaspora marchande et des réfugiés du génocide ottoman, s’est vidée de ses fidèles depuis 2003. À Bassorah, sur les 4.500 familles assyriennes présentes avant 2003, il n’en reste plus que 200.

| Q. Comment qualifieriez-vous le discours du pape à Ur ?

Jacques Borde. Totalement hors-sol. Comme tout ce que nous sort le Bergoglio lorsqu’il l’ouvre.

Cf. « Le terrorisme, quand il a envahi le nord de ce cher pays, a détruit de façon barbare une partie de son merveilleux patrimoine religieux, dont des églises, des monastères et des lieux de culte de diverses communautés. Mais, même durant ce moment sombre, des étoiles ont brillé. Je pense aux jeunes volontaires musulmans de Mossoul qui ont aidé à réaménager des églises et des monastères en construisant des amitiés fraternelles sur les décombres de la haine, et aux chrétiens et musulmans qui ensemble restaurent aujourd’hui des mosquées et des églises ».

Bien joli, tout ça. Mais personne n’eût rebâti quoi que ce soit, si, AVANT, des combattants – et pas ceux de Sistani, de toute évidence – n’avaient pas repoussé et taillé en pièces la lie de DA’ECH.

Quelque part, pour sympathique qu’elle eût été, la rencontre entre Sistani et François aura été celle de l’aveugle chî’îte donnant son bras au paralytique catholique romain. Mieux que rien, mais encore une fois, ces deux-là : combien de divisions ?

En fait, se frotter à des personnalités en L’Orient compliqué n’est pas si compliqué que ça. Lors de mes rencontres avec de nombreuses personnalités irakiennes et/ou iraniennes, j’ai croisé, été reçu en audience privée ou restreinte, plus ou moins longuement selon les cas, par à peu près autant de civils que de religieux…

| Q. Des noms, des noms ?

Jacques Borde. Dans le désordre, alors :

-le Rahbar-é-Enqelâb (guide de la révolution), le Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (audience restreinte) ;
-le Rayis Jomhur-é Irān7, le Dr. Hassan Fereydoun Rowḥâni, mais qui n’était pas président à l’époque où je l’ai rencontré ;
-le secrétaire général adjoint du Hezbollah, Cheikh Na’ïm Qâssem ;
-feu le président du Majma-é-Tashkhis-é-Maslahat-é-Nezam-é-Jomhuri-é-Islami (Conseil de discernement des intérêts supérieurs de la République islamique), Ali Akbar Hachémi Rafsandjani ;
-le Sayyed Mohammad Khatami, juste après son élection ;
-le Dr. Mohammed Javad Laridjani ;
-l’Hodjatoleslam Ali Akbar Nateq-Nouri (grand sportif et excellent skieur au demeurant) ;
-le Dr. Ali Akbar Vélayati, conseiller du Rahbar-é-Enqelâb Khâmeneî ;
-l’ex-chef de la diplomatie irakienne, le Dr. Tarek Aziz ;
-plusieurs responsables du Vézarat-é-Ettela’at va Amniat-é Keshvar (Vévak, SR iraniens) ;
-du Sh’ubat al-Amn (Section de sécurité, branche SR du Hezbollah) ;
-du Nirouy-é Moghavémat Bassidj (Force de mobilisation de la Résistance, Bassidj) ;
-du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi (corps des Gardiens de la Révolution islamique), etc. !

Que Sistani ait rencontré l’Évêque de Rome, était pour lui, j’en suis persuadé, une chose tout à fait normale. La portée de cette rencontre a donc été infinitésimale.

| Q. Manque d’hommes ou de moyens, alors, qu’est-ce qui explique les revers et échecs des Occidentaux que nous sommes ?

Jacques Borde. Si vous parlez d’hommes d’État, il est vrai que le cloaca politica europeista, l‘Europe des 27 si vous préférez, notre vieux monde pour nos amis américains n’est guère loti en ces temps obscurs. Par là, je veux dire qu’on est en droit de s’interroger – outre la manière dont certains sont arrivés aux commandes, qui n’a rien à voir avec la démocratie – sur la qualité intrinsèque de nos dirigeants.

Il est certain que la perfection ne saurait être l’aune de nos élites. De là à ce qu’incompétence, voire malhonnêteté, soient les critères les plus courus de gouvernance, le pas, bien que franchi par beaucoup, est difficilement acceptable.

| Q. Un pays plutôt que d’autres ?

Jacques Borde. C’est un peu comme les animaux malades de la peste du fabuliste, tous sont atteints à des degrés divers.

Prenez le prédécesseur de l’actuel ministre français de l’Intérieur, Christophe Castaner : l’homme « … aime les chiffres », note François Galvaire. « Pendant sa gestion des Gilets Jaunes, il y a eu 11 morts et 2.500 blessés chez les Gilets Jaunes et 1500 blessés dans les Forces de l’Ordre. En 2019 alors qu’il était Ministre de l’Intérieur, 59 flics et 21 gendarmes se sont suicidés. 659 SDF sont morts dans la rue ».

Accordez-moi que, comme bilan de compétences, on peut mieux faire…

| Q. En France. Et ailleurs ?

Jacques Borde. Un cas assez édifiant, en tout cas : à Rome le soin de rédiger le Recovery Plan, choisi par l’administration Draghi, a été confié à… McKinsey & Co. !

Drôle d’idée pour un pays où le haut-fonctionnaire croulant sous le labeur quotidien n’est guère courant. À moins que le Presidente del Consiglio dei Ministri8, Mario Draghi, ait si peu confiance dans les apparatch… pardon les fonctionnaires à sa disposition. Ce qui, dès lors, serait une autre cause d’alarme, non ?

Comme l’a souligné Giorgia Meloni9 :

« Est-il possible qu’avec tous les ministres, vice-ministres, sous-secrétaires, chefs de département, chefs de bureau législatif, groupe de travail, dirigeants, techniciens et fonctionnaires de l’État que nous avons, le gouvernement Draghi doit confier la rédaction du Recovery Plan à une société privée de conseil ? ».

[À suivre]

Notes

1 Qui est un Marja‘, soit une source d’inspiration.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Fils de l’Ayatollah Ozma Mohammad Sadeq aṣ-Ṣadr exécuté en 1999, sous Saddam Hussein.
4 Ou Armée du Madhi.
5 Ou Popular Mobilisation Unit/Unité de mobilisation populaire.
6 Surnommée jadis la Jérusalem de Mésopotamie.
7 Ou président de la République islamique d’Iran (RII).
8 Ou Premier ministre italien.
9 Présidente de Fratelli d’Italia (FdI).

 

A Propos Jacques Borde

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