Biden : 1er Faux pas en l’Orient (trop) compliqué ! [1]

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De toute évidence, l’Orient compliqué (comme l’appelait le Général) sera le plat de résistance qui attend au tournant l’administration Biden-Harris en matière de relations internationales. Beaucoup de ceux qui ont noté les faibles capacités du président des États-Unis, Joseph Joe Robinette Biden, Jr., à regagner Air force One par ses propres moyens, auront aussi apprécié (sic) son 1er Faux pas (afghan) en un Orient (trop) compliqué pour lui. Si l’on était facétieux (ou distrait), on pourrait sourire aux aléas qui attendent Washington. Sauf qu’en Afghanistan, les Américains ne sont pas seuls & comme pour les animaux malades de la peste du fabuliste, tous les liges à cette nouvelle lice seront atteints à un moment ou à un autre. Partie 1.

« Silence de mort de tous ceux qui fustigeaient Trump à longueur d’années et qui se retrouvent avec un sénile dont ils ne savent pas quoi faire et où il va nous mener... ».
Eber Haddad.

« Le président des États-Unis taxe le président de la deuxième puissance nucléaire mondiale de ‘tueur’ et d’ ‘être sans âme’. Jamais depuis 1945, jamais durant la guerre froide, des dirigeants occidentaux ne s’étaient permis pareilles déclarations, d’une irresponsabilité proprement ignoble, négation absolue de l’idée de diplomatie, caricature hideuse du pire jamais imputé à Trump — qu’il n’a pour sa part, en homme de paix, jamais commis. Que veut la Gauche ? Une guerre thermonucléaire, sur un malentendu ? Des hordes soldatesques aux frontières ? Tout cela pour donner des gages aux pulsions bestiales de sa frange la plus extrémiste ? Vous aimez la guerre ? Plus que jamais : votez à gauche ! ».
Drieu Godefridi.

| Q. A posteriori, quel regard portez -vous sur les incidents du Capitole et les responsabilités des uns et des autres ?

Charlotte Sawyer. Un regard toujours aussi étonné, je l’avoue.

Comme le notait, de son côté, Ludovic Lavaucelle, d’Infochretienne.com : « De la même façon qu’il est impossible d’évaluer les suiveurs de QAnon, il est très difficile de savoir combien d’Américains ont pris au sérieux ces élucubrations. Pourtant, le FBI, la Commission de la Sécurité Intérieure et la police du Capitole ont affirmé qu’ils possédaient des informations solides selon lesquelles près de 50.000 miliciens descendraient le 4 mars pour reprendre le Capitole par la force. Si certains doutes se sont fait entendre dans les media quant au sérieux de cette prédiction, et bien que l’arrivée d’une telle foule armée eût été facile à repérer, les Services de sécurité ont maintenu un niveau d’alerte maximal le Jour J. Puis, alors qu’aucun mouvement vers la Capitale n’était rapporté, la Garde Nationale a attendu vainement, l’arme au pied. Le FBI ne donne aucune explication sur une telle mobilisation, se cachant derrière son principe de ne rien dévoiler sur les informations dont il dispose… ».

Jacques Borde. C’est à raison que Ludovic Lavaucelle parle « d’élucubrations ». Le gênant et le troublant est que l’essentiel d’icelles nous vient du FBI. Vous savez le machin, comme eût pu dire de Gaulle1, qui a longtemps eu recours aux services du truculent mais visiblement incompétent ex-directeur du FBI et ex-Special counsel for the United States Department of Justice, Robert S. Mueller III.

Le FBI étant, rappelons-le aux oublieux, aussi le SR intérieur infoutu d’empêcher l’essentiel des actes terroristes takfirî sur le sol US :

World Trade Center 1993, le 26 février. À noter que dans l’émission 60 Minutes enregistrée le 23 mai 2002 et diffusée début juin 2002, Abdul Rahman Yasin, l’un des auteurs de l’attentat du World Trade Center de 1993, précisait que le plan initial du groupe était d’aller tuer des Juifs dans le quartier de Brooklyn.
11 Septembre 2001, pas utile de développer, je pense ;
Boston, 15 avril 2013, etc.!

| Q. En s’acheminant en l’Orient compliqué sur qui Biden peut compter comme alliés ?

Jacques Borde. Ah, l’Orient compliqué, dont nous parlait le général de Gaulle. De manière générale, le Secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jens Stoltenberg, a été un des premiers à apporter son soutien au président des États-Unis, Joseph Joe Robinette Biden, Jr. ; il est donc légitime de croire que l’OTAN se tiendra, encore et toujours, aux côtés de Washington. Heurs et malheurs2 de l’homme-lige en quelque sorte.

Charlotte Sawyer. Même si les moyens des uns et des autres ne seront sans doute pas à la hauteur des desiderata et des ambitions du locataire actuel de l’Oval Room.

Jacques Borde. En Afghanistan ? Peu ou prou sur les mêmes que précédemment. Mais, franchement, à quoi bon ?

| Q. Pourquoi dites-vous ça ?

Jacques Borde. Parce que si, hier, le président des États-Unis, Donald J. Teflon Trump et Michael Richard Mike Pompeo3, avaient décidé de traiter et d’arriver à un accord avec les Tāliban4, ou plus juridiquement et plus justement le Da Afghanistan Islami Amarat5, c’est parce que le modus operandi militaire appliqué à ce pays était arrivé au bout de ses possibilités. Ce qu’est incapable de comprendre son successeur à la Maison-Blanche. Une jolie femme – et a fortiori un vieillard aux capacité intellectuelles fortement entamées, semble-t-il – ne peut vous donner que ce qu’elle a en magasin.

| Q. Une question de moyens, aussi ?

Jacques Borde. Pour partie, mais pas seulement. Le vrai problème, c’est la durée.

Un exemple, prenez l’Opération Barkhane en chiffres :

-5.100 militaires
-durée de la mission 8 ans (en intégrant l’Opération Serval au Mali) ;
-7 avions de chasse ;
-22 hélicoptères ;
-290 véhicules blindés lourds ;
-pertes: 55 morts.

Et pourquoi ?

Là, comment ne pas penser aux propos de Pierre Duriot, lorsqu’il nous rappelait que « …45 soldats français sont morts au Mali depuis 2013 en ajoutant les deux derniers, soldats des hussards parachutistes de Tarbes, morts hier dans l’accomplissement de leur ‘mission contre le terrorisme au Sahel’. Sans compter les blessés et les accidents. Emmanuel Macron a appelé ‘à la mise en place d’une transition politique civile au Mali, conformément aux attentes de son peuple’ pour ‘une lutte efficace contre les terroristes’. Les mêmes mots reviennent en boucle, mais le nombre de morts s’accumule sans que ne paraissent reculer plus que ça les méfaits des djihâdistes, dans une zone grande comme cinq fois la France, surveillée par 5.100 de nos soldats. Outre le fait que la lutte ressemble à un tonneau des Danaïdes, nos soldats ne sont plus forcément les bienvenus auprès des populations locales. Il faudrait à un moment, se poser la question de l’efficacité de cet engagement et même de ses ressorts. Il n’empêche pas l’afflux de réfugiés vers l’Europe, ne pacifie pas non plus le terrain et n’est pas arrivé à la mise en place de la transition politique. Entre intérêt miniers à la frontière nigérienne et combat contre le djihâd, la France connaît son bourbier africain. Sauf qu’il y a aussi une lutte à mener contre le djihâd… dans notre maison ».

Charlotte Sawyer. Pour revenir aux ces chiffres et, comparons des choses peu ou prou comparables, ceux du Viêt-Nam, de la Corée ou même des Occidentaux en Afghanistan, ça semble à la fois peu et supportable. Alors qu’en fait, ça ne l’est pas.

| Q. Mais pourquoi ?

Charlotte Sawyer. Parce que les guerres longues – au lointain, surtout – sont voués à l’usure et, quelque part, à l’échec ?

Les Israéliens, l’ont bien compris. Toutes leurs guerres, depuis leur retrait du Liban, sont courtes. Quitte, comme en 2005 face au Hezbollah, à rentrer à la maison sans avoir atteint leurs buts de guerre. Ce pourquoi se font les guerres.

Jacques Borde. Curieusement, au Sahel, jamais nous n’avons autant eu de succès sur le terrain. Nous alignons par dizaines entières, les cadavres d’Unlawful combatants6 takfirî le long des routes. Et après ? Quels sont vraiment nos buts de guerres ? Et lesquels d’entre eux ont été atteints ?

Et, last but not least, en Afghanistan : quels vont être nos buts de guerres désormais ?

[À suivre]

Notes

1 Machin était le surnom qu’avait choisi le général pour les Nations-unies.
2 Clin d’œil de l’auteur à Heurs & Malheurs du Guerrier de Georges Dumézil.
3 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement du Congrès, a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
4 Littéralement : Ceux qui exigent [le savoir], pluriel de Talib (Taliban s’écrit donc sans ‘s’ final) terme pour désigner des étudiants en religion. À traduire plus classiquement par Séminaristes.
5 Ou Émirat islamique d’Afghanistan. Dont la devise est classiquement la Aš-šahāda (Chahada) : Lā ʾilāha ʾillà l-Lāh, Muḥammadun rasūlu l-Lāh (Il n’est point de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est le messager de Dieu). Ne se récite qu’en arabe classique.
6 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal. Défini dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 2001, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

 

A Propos Jacques Borde

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