Biden : 1er Faux pas en l’Orient (trop) compliqué ! [3]

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De toute évidence, l’Orient compliqué (comme l’appelait le Général) sera le plat de résistance qui attend au tournant l’administration Biden-Harris en matière de relations internationales. Beaucoup de ceux qui ont noté les faibles capacités du président des États-Unis, Joseph Joe Robinette Biden, Jr., à regagner Air force One par ses propres moyens, auront aussi apprécié (sic) son 1er Faux pas (afghan) en un Orient (trop) compliqué pour lui. Si l’on était facétieux (ou distrait), on pourrait sourire aux aléas qui attendent Washington. Sauf qu’en Afghanistan, les Américains ne sont pas seuls & comme pour les animaux malades de la peste du fabuliste, tous les liges à cette nouvelle lice seront atteints à un moment ou à un autre. Partie 3.

« Mon petit coup de gueule du dimanche : les benêts qui ont éjaculé de plaisir lors de l’élection de Biden auront-ils la même jouissance lorsque par suivisme la France entrera en guerre contre la moitié du monde (…). Du côté du Moyen-Orient, Biden a la ferme intention de raviver l’ensemble des conflits comme celui de l’Afghanistan et annule la décision de Trump de quitter ce pays ».
Breve Debar.

« Quatre ans de présidence Trump pas un seul attentat djihadiste. Deux mois de Biden : un réfugié syrien tue 10 personnes dans un supermarché du Colorado. Immédiatement qualifié d’antisocial pas de terroriste ».
Eber Haddad.

« Sacré Robinette ! Encore heureux que ce ne soit pas lui qui pilote… En même temps, il pilote les USA, donc bon… Ou plutôt, il a été mis au siège du pilote, mais c’est le copilote qui fait le boulot ! C’était aussi le cas sur le Rio-Paris !... ».
Nicolas Albin.

| Q. Plus généralement : un rapport avec la responsabilité de l’Occident dans l’avancée actuelle du terrorisme ?

Jacques Borde. Vaste sujet. De nombreux auteurs l’ont abordé, le criminologue Xavier Raufer, notre estimé confrère Frédéric Pons, notamment. Faites donc quelques recherches sur la Toile.

Autre approche intéressante, celle de l’ancien responsable des SR helvétiques, Jacques Baud. En dépit de quelques erreurs d’aiguillage – mais que l’on pardonnera à l’auteur, tant son ouvrage est dense et solidement documenté – comme celle de nous dire que le terrorisme « est né d’une résistance (Djîhad) contre les interventions militaires occidentales, presque toujours illégitimes et souvent illégales, oubliées ou camouflées par des mensonges ».

Certes Baud a mille fois raison de nous rappeler l’irresponsabilité de l’Occident en l’Orient compliqué, mais d’où diable nous nous sort-il qu’étymologiquement djihâd se rapporte à Résistance1 ? Pour le reste, on lui accordera que, chez les Occidentaux que nous sommes, « Faiblesse analytique, manque d’anticipation, immobilisme stratégique et absence de réflexion ont créé Al-Qaïda, puis généré DA’ECH ».

Baud a également raison de condamner « une certaine hypocrisie occidentale » et de nous rappeler la maîtrise de la thalassocratie étasunienne en matière de manipulation, désinformation, et forgeries géopolitiques. « Force est de constater que pratiquement chaque conflit où les États-Unis ont été impliqués a débuté soit par une opération clandestine (souvent de nature criminelle), soit par une manipulation visant à faire passer les États-Unis pour les victimes d’une agression, permettant ainsi de forcer la main du Congrès »2.

| Q. Des exemples ?

Charlotte Sawyer. Bien sûr. À commencer par la Guerre hispano-américaine de 1898 et la disparition du USS Maine.

Dépêché sur zone pour protéger les intérêts américains (sic) lors de la Guerre d’indépendance cubaine, le USS Maine explosa et coula corps et biens. La commission d’enquête ne permit pas de déterminer la cause de l’explosion mais l’opinion publique US, chauffée à blanc par les forgeries de plumes de William Randolph Hearst et Joseph Pulitzer, accusa l’Espagne. Le cri de ralliement Remember the Maine, to Hell with Spain !3 fut utilisé par la faction belliciste de l’opinion américaine et la guerre hispano-américaine fut déclenchée le 25 avril 1898. La cause du naufrage continue de faire l’objet de débats. Parmi les propositions figurent un incendie non détecté dans l’une de ses soutes à charbon, une mine navale ou un sabordage délibéré pour pousser les États-Unis à la guerre.

Ce que les militaires appellent, eux, une opération de Déception. Une forme de contre-Renseignement qui sert à semer le trouble chez l’ennemi.

| Q. Déception, vous pouvez être plus précis ?

Charlotte Sawyer. Dans le domaine du Renseignement militaire, la Déception désigne les principes et les manœuvres stratégiques et tactiques, et les moyens techniques destinés à tromper l’adversaire. Mais, là, plongez-vous plutôt dans les ouvrages de Jacques Baud, il a énormément travaillé sur ce concept de Déception.

La définition de Déception selon l’OTAN est celle-ci :

« Mesures visant à induire l’ennemi en erreur, grâce à des truquages, des déformations de la réalité, ou des falsifications, en vue de l’inciter à réagir d’une manière préjudiciable à ses propres intérêts ».

Rémy Hémez, de son côté, nous rappelle que « le mot déception, souvent considéré comme un anglicisme, est employé depuis au moins le XVe siècle, en français, dans le sens de tromperie. La racine latine du mot est deceptum (forme du verbe decipere) qui signifie attraper, tromper, abuser. De façon générale, la déception est le travestissement volontaire de la réalité dans le but de gagner un avantage compétitif »4.

On parle là d’« Effet résultant de mesures visant à tromper l’adversaire en l’amenant à une fausse interprétation des attitudes amies en vue de l’inciter à réagir d’une manière préjudiciable à ses propres intérêts et de réduire ses capacités de riposte. La déception comprend la dissimulation, la diversion et l’intoxication »5.

Jacques Borde. Une des opération de Déception plus connues est l’Opération Fortitude, destinée à dissimuler le futur débarquement en Normandie.

| Q. Et, vous en avez d’autres, comme ça ?

Jacques Borde. Oui. suivons, tant que faire se peut, la chronologie :

1915, Guerre de 14-18. Le naufrage du Lusitania, certes navire civil, mais transportant trois tonnes de munitions ce en totale violation des conventions internationales sur la neutralité en temps de guerre. À préciser que le Lusitania passait par une zone de guerre et de maraude des sous-marins allemands sans la moindre escorte. Outre que de nombreux historiens s’interrogent sur la manière dont les SR allemands ont obtenu (sic) l’info sur les munitions transportées en violation du droit international et du jus bellum.

1941, Pearl Harbor, moment of Deception et de vilenie de l’Empire du Soleil Levant. À cela près, que les États-Unis étaient déjà engagés militairement contre le Japon, en Chine, où les Flying Tigers, unité à 100% composée de pilotes américains, commandés par un général américain, Claire Lee Chennault, et volant sur des P-40 made in USA, en décembre 1941, avaient déjà abattu près d’une centaine d’appareils japonais.

Charlotte Sawyer. À rappeler que l’appellation Flying Tigers était purement cosmétique, l’unité ayant pour dénomination officielle 1st American Volunteer Group (AVG). Basée en Chine, l’escadrille participe donc à la Guerre sino-japonaise et à la campagne de Birmanie. Elle est dissoute en 1942 et ses moyens sont intégrés à l’United States Army Air Forces (USAAF). Techniquement parlant :

1- c’est par le programme Lend-Lease que le président américain, Franklin D. Roosevelt, fait passer la projection des Curtiss P-40 Warhawk en Chine.
2- c’est par par l’entremise d’une société militaire privée (la CAMCO), que Chennault recrute 300 Américains, techniciens et pilotes. Aujourd’hui, on parlerait de contractors.

Quid également du blocus pétrolier imposé de facto au Japon.

1964, Incident du Golfe du Tonkin. Une prétendue attaque nord-viêtnamienne visant le USS Maddox, débouche sur l’intervention américaine en Indochine. Attaque inventée de toutes pièces.

1991, 1ère Guerre du Golfe, avec les fausses couveuses de Saddam.

2003, 2ème Guerre du Golfe, forgerie absolue des Armes de destruction massive (ADM) de Saddam.

Jacques Borde. Catalogue, évidemment, non-exhaustif.

Charlotte Sawyer. Durant toute la Guerre froide, le complexe militaro-industriel nous publiait – en amont bien sûr des auditions sénatoriales destinés à valider le budget US de la Défense – son boulet baptisé Soviet Military Power. Ça aidait à faire passer la pilule à quelques membres des Chambres. J’en ai encore deux ou trois quelque part.

[À suivre]

Notes

1 Le terme arabe pour résistance est Muqâwamat. Son équivalent persan est Moghavémat.
2 In Terrorisme, Mensonges politiques & Stratégies Fatales de l’Occident, Jacques Baud, p.18, Éd. du Rocher, 423 pages, ISBN 978-2-268-08403-9.
3 Souvenez-vous du Maine, Mort à l’Espagne !.
4 Rémy Hémez, Opérations de déception, Repenser la ruse au XXIe siècle, IFRI (juin 2018).
5 Rémy Hémez, Opérations de déception, Repenser la ruse au XXIe siècle, IFRI (juin 2018).

 

A Propos Jacques Borde

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