Biden : 1er Faux pas en l’Orient (trop) compliqué ! [4]

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De toute évidence, l’Orient compliqué (comme l’appelait le Général) sera le plat de résistance qui attend au tournant l’administration Biden-Harris en matière de relations internationales. Beaucoup de ceux qui ont noté les faibles capacités du président des États-Unis, Joseph Joe Robinette Biden, Jr., à regagner Air force One par ses propres moyens, auront aussi apprécié (sic) son 1er Faux pas (afghan) en un Orient (trop) compliqué pour lui. Si l’on était facétieux (ou distrait), on pourrait sourire aux aléas qui attendent Washington. Sauf qu’en Afghanistan, les Américains ne sont pas seuls & comme pour les animaux malades de la peste du fabuliste, tous les liges à cette nouvelle lice seront atteints à un moment ou à un autre. Partie 3.

« Mon petit coup de gueule du dimanche : les benêts qui ont éjaculé de plaisir lors de l’élection de Biden auront-ils la même jouissance lorsque par suivisme la France entrera en guerre contre la moitié du monde (…). Du côté du Moyen-Orient, Biden a la ferme intention de raviver l’ensemble des conflits comme celui de l’Afghanistan et annule la décision de Trump de quitter ce pays ».
Breve Debar.

« Nous sommes de retour. L’ère de l’Amérique d’abord est terminée ».
Joe Biden.

« On avait parié que Biden ou son acteur au pouvoir, c’était le retour des attentats aux États-Unis. Bingo ! Le suspect de la fusillade de masse du Colorado où 10 personnes ont été assassinées a été identifié comme étant un immigrant syrien. Son nom complet est Ahmad al-Aliwi al-Issa. Ses publications en ligne montrent qu’il était un musulman profondément religieux. La bien-pensance s’est précipitée en disant que c’était l’œuvre d’un Blanc en spéculant sur ses motivations racistes, depuis qu’il se nomme Ahmad Al Aliwi Alissa, ils suppriment tour à tour leurs tweets et commentaires ».
Marie Laure Dupont.

| Q. Et, dernièrement ?

Jacques Borde. Plus près de nous, Baud soulignait que, dès la mi-septembre 2001, soit bien avant les soi-disant printemps arabes (sic), l’administration US et le Pentagone avaient bien dans leurs cartons un plan pour renverser jusqu’à sept gouvernements du Proche et Moyen-Orient, dont ceux de Libye et de Syrie. Pour étayer son propos, il nous rappelait, évidemment, la longue déclaration du général américain Wesley K. Clark, Sr., retraçant la décision prise par le Pentagone en 2001 de faire tomber sept pays : l’Irak, la Syrie, le Liban, la Libye, la Somalie, le Soudan et, pour finir, l’Iran.

Cf. Conférence de Wesley K. Clark, Sr. à San Francisco le 3 octobre 2007 :
« Le 11-Septembre, nous n’avions pas de stratégie, pas d’accord inter-partis, ni une bonne compréhension de ce qui s’était passé, et nous avons eu à la place un coup d’État politique dans ce pays. Un coup d’État politique. Des types impitoyables ont pris la direction de notre politique étrangère, sans se donner la peine de nous en informer. Je suis allé au Pentagone 10 jours après le 11-Septembre. Je ne pouvais pas rester à l’écart de notre armée. J’y suis allé pour voir Donald Rumsfeld, avec qui j’avais travaillé dans les années 70, et je lui ai demandé : ‘Est-ce que j’ai été bon sur CNN ?’. Il a répondu ‘Oui’ et a ajouté : ‘J’ai lu votre livre’. Le livre parle de la Guerre du Kosovo. Puis il me dit : ‘Personne ne va nous dire où et quand on peut bombarder un pays, personne  !’ Il poursuit : ‘Je pense l’appeler ‘coalition flottante’. Votre avis ?’ J’ai répondu, ‘Monsieur, merci d’avoir lu mon livre, et…’ Il m’a alors coupé en disant : ‘Merci. Je n’ai plus de temps à vous consacrer’. Vraiment ! Et alors que je descendais pour quitter le Pentagone, un officier de l’État-major m’appelle dans son bureau et me dit : ‘Je veux que vous sachiez que nous allons attaquer l’Irak’.J’ai demandé ‘Pourquoi ?’ Il a répondu ‘Nous ne savons pas’. J’ai dit : ‘Avons-nous établi un lien entre Saddam Hussein et le 11/9 ?’ Et il m’a répondu que non ».
« De retour au Pentagone, six semaines plus tard, j’ai revu le même officier et lui ai demandé ‘Est-il toujours prévu que nous attaquions l’Irak ?’ Il a répondu ‘Monsieur, vous savez, c’est bien pire que ça’. Il a pris un document sur son bureau et me dit : ‘J’ai reçu ce mémo du Secrétaire à la Défense… qui dit que nous allons attaquer et détruire les gouvernements dans 7 pays en 5 ans. Nous allons commencer par l’Irak, et puis nous irons en Syrie, au Liban, en Libye, Somalie, au Soudan et en Iran’. J’ai dit ‘7 pays en 5 ans !’ Je lui ai demandé ‘est-ce un mémo top secret ?’ Il me répondit ‘Oui, Monsieur !’ Je lui ai dit : ‘Alors, ne me le montrez pas’. Il allait le faire. ‘Sinon je vais en parler’. J’ai gardé cette information pour moi pendant longtemps, 6 ou 8 mois, j’étais tellement abasourdi que je ne parvenais pas à en parler, et je ne pouvais pas croire que c’était vrai, mais c’est bien ce qui s’est passé ».
« Ces gens ont pris le contrôle de la politique des États-Unis, et j’ai compris alors, je me suis souvenu d’une réunion que j’avais eue avec Paul Wolfowitz en 1991. En 2001, il était vice-Secrétaire à la Défense, mais en 1991, c’était le sous-secrétaire, soit le numéro 3 au Pentagone. Il m’avait dit alors : ‘nous avons 5 ou 10 ans pour nettoyer tous ces régimes favorables à l’ex-Union soviétique, la Syrie, l’Iran, l’Irak, avant que la prochaine superpuissance n’émerge pour nous défier’. C’était une déclaration stupéfiante : l’armée servirait à déclencher des guerres et à faire tomber des gouvernements et non pas à empêcher les conflits. Nous allons envahir des pays. Mes pensées se bousculaient. J’ai mis ça de côté, c’était comme une pépite que vous conservez. Un groupe de gens a pris le contrôle du pays avec un coup d’État politique, Wolfowitz, Cheney, Rumsfeld… je pourrais nommer une demi-douzaine d’autres collaborateurs du Projet pour un Nouveau Siècle Américain (PNAC). Ils voulaient que le Moyen-Orient soit déstabilisé, qu’il soit chamboulé et placé sous notre contrôle. Tout cela nous ramène aux commentaires de 1991. En aviez-vous été informés ? Le plan a-t-il été annoncé publiquement ? Les sénateurs ou les députés ont-ils dénoncé ce plan ? Y a-t-il eu un débat public ? Absolument pas ! Et il n’y en a toujours pas ! Ils ont hâte d’en finir avec l’Irak pour pouvoir aller en Syrie. ‘Oh, nos légions vont y aller’ ».
« Mais ce n’est pas pour ça que les Américains ont élu George W. Bush. En fait, ils ne l’ont pas vraiment élu. Ce n’est pas pour ça que beaucoup de gens… ce n’est pas pour ça qu’il avait fait campagne. Il avait fait campagne sur une politique étrangère humble. Nous avons eu la politique étrangère la plus arrogante de toute notre histoire. Il a fait campagne sur une absence d’intervention, et nous sommes en Afghanistan et en Irak. C’est stupéfiant ! »
« Que vous soyez démocrate ou républicain, en tant qu’Américains, vous devez vous sentir concernés par la stratégie des USA dans cette région. Quel est notre but ? Quelles sont nos motivations ? Pourquoi sommes-nous là-bas ? Pourquoi des Américains meurent-ils dans cette région ? C’est ça la vraie question ».

| Q. Tout ce que vous nous rappelez, ç’est quand même de la poudre aux yeux ?

Charlotte Sawyer. Non, c’est surtout très concret. Et, plus grave, cette via factis qui nous a conduit en Irak et en Afghanistan, c’est également son remake que nous prépare l’administration Biden-Harris.

Au fait, comme l’a souligné Baud, on retrouve dans cette liste les trois pays arabes qui ont renoncé au système des pétrodollars pour vendre leur pétrole.

Jacques Borde. En dépit de quelques erreurs factuelles et de moindre importance, Terrorisme, Mensonges politiques & Stratégies Fatales de l’Occident étale parfaitement l’hypocrisie de ceux qui nous dirigent. Sans exonérer, ce qui serait une erreur de notre part, les terroristes de leurs responsabilités, Baud rappelle l’urgence qui devrait être la nôtre à interroger et remettre en question nos gouvernements qui, par leurs actions – presque toujours illégales – exposent leurs propres concitoyens à des actes de rétorsion.

Même si je ne peux suivre l’auteur de Terrorisme, Mensonges politiques & Stratégies Fatales de l’Occident, qui, à mon avis, commet l’erreur de ne pas établir de différences suffisamment claires entre ces trois façons différentes de s’opposer à l’Occident (bien que se référant toutes à l’Islam) :
-les Tāliban1 ;
Al-Qaïda ;
-et Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)2, qui, lui, est bien une entité génocidaire ayant pour but principal, non pas de venger les erreurs ou les crimes de l’Occident vis-à-vis de l’Umma musulmane, mais d’exterminer tous ceux qui ne suivent pas sa voie du Takfir – mot, que de mémoire, je ne crois pas avoir beaucoup lu, sous laplume de Jacques Baud. En revanche, je le suis, tout à fait lorsqu’il écrit que les attentats de janvier et novembre 2015 à Paris, puis de mars 2016 à Bruxelles, ont largement été la conséquence (peut-être pas aussi évitable qu’il le croit, mais bon) d’un aventurisme meurtrier, qui a débuté en Libye et a armé idéologiquement de véritables Kamiz brunes takfirî et non de simples djihâdistes comme cela était bien le cas pour l’Afghanistan, pour renverser des gouvernements légaux et membres des Nations-unies3 en Libye puis en Syrie.

Il est, tout aussi évident, comme l’affirme l’auteur de Terrorisme, Mensonges politiques & Stratégies Fatales de l’Occident, que la guerre (terme qu’a contrario de Jacques Baud je préfère à celui de terrorisme) que nous nous efforçons de mener passe par un retour sur la face cachée des conflits, afin de comprendre la logique et la stratégie du terrorisme moderne.

Et lorsque Jacques Baud de conclure par cette accusation : « les gouvernements américain, britannique et français ont été les principaux promoteurs du terrorisme islamiste », il ouvrait, de manière iconoclaste mais bien réelle, le nécessaire champ des débats.

Et ça, nous lui en sommes tous redevables…

Notes

1 Littéralement : Ceux qui exigent [le savoir], pluriel de Talib (Taliban s’écrit donc sans ‘s’ final) terme pour désigner des étudiants en religion. À traduire plus classiquement par Séminaristes.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Cas également de l’Afghanistan.

A Propos Jacques Borde

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