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De Yangon à Saint-Charles, cherchez l’erreur ? [2]

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Dans ce qui restait de la torpeur de l’été & au moment où s’ouvrait le procès du premier terroriste intérieur de l’ère DA’ECH, Abdelkader Merah, deux jeunes femmes se faisaient égorger au cri désormais trop connu de Allah U Akbar. Quid novi ? Rien, alors ? Pas tout à fait. En moins d’un mois, confronté à une tentative d’insurrection armée takfirî, le pouvoir birman, incarné tant par Tadmadaw que Daw Aung San Suu Kyi, a : 1- jugulé la révolté ; 2- liquidé quelques milliers de terroristes takfirî ou d’inspiration takfirî ; 3- poussé vers la sortie (sic) entre 500 & 700.000 Rohingyas servant d’eau aux poissons du Harakah Al-Yaqin-ARSA. À ce stade, pas de contrecoup majeur à Yangon ni de jeunes femmes égorgées en attendant leur train. Cherchez l’erreur. 2ème Partie.

| Q. Et vous suggérez quoi ?

Jacques Borde. Oh, je ne suggère rien. Je constate surtout.

Ainsi, on notera ainsi la proportion extrêmement élevée de soldats du califat1 ayant un passé de criminels récidivistes. Critère d’identification, à mon avis, plus affiné et plus important que le critère musulman proprement dit. Qui, pris isolément, n’a guère de sens et encore moins d’efficacité.

Donc, sans trop de surprise, l’assassin de la Gare Saint-Charles s’avère être un Tunisien en situation irrégulière en France depuis 2005, c’est-à-dire depuis 12 ans, bien connu des services de police, selon l’expression consacrée. Arrêté 20 fois pour délits divers et variés, le bonhomme, membre d’une fratrie terroriste comme nous l’on révélé des responsables de la lutte anti-terroriste italienne, a déclaré huit nationalités différentes et venait d’être arrêté à Lyon mais, aussitôt, relâché. Et deux innocentes gamines ont payé cet incroyable laxisme des services de l’État de leurs vies.

Quant à ce que nous pouvons envisager de faire, si vous prenez les lois étasuniennes, a existé un temps où la troisième récidive (peu importe la nature du crime)2 entraînait une peine de très longue durée, voire la prison à vie. Ce modèle pourrait nous inspirer quelques pistes salutaires…

| Q. Lesquelles ?

Jacques Borde. Plusieurs possibilités, en fait. Par exemple :

1- une perpétuité-couperet tombant à l’américaine après un certain nombre de condamnations ;
2- l’expulsion systématique des multirécidivistes de confession mahométane en tant que personnes à risques. Le critère déterminant étant, en l’espèce, leur propension à choisir le non-respect des lois.
3- l’association des deux options. Les criminels étant renvoyés dans leur pays d’origine (au sens large) en fin de peine ;
4- la livraison, au vu des dossiers, de ces récidivistes aux pays où ils auront conduits ou été associés à des activités terroristes.

Vous aurez noté comme moi je suppose que SAR Turki Ibn-Fayçal Āl-Séʻūd admet parfaitement l’existence d’une criminalité européenne allant de pair avec l’Islam et/ou le terrorisme takfirî

| Q. Pas de nos Fichés S ?

Jacques Borde. Le problème des Fichés S est fondamentalement différent. Ces gens-là ont déjà franchi leur Rubicon et choisi la voie de la terreur takfirî. Traitons-les sans attendre pour ce qu’ils sont : des terroristes. À leur sujet, le point 4 évoqué ci-dessus, me semblant le plus approprié. Mais, sans doute, Mme. Dati nous serait-elle de bon conseil sur le sujet…

| Q. D’autres pistes ?

Jacques Borde. Oui, Pierre Conesa3 nous souligne l’importance qu’il y a à revoir le droit d’asile. Qui, de nos jours, sert davantage à protéger des terroristes takfirî que des victimes d’arbitraires et de terrorismes (étatiques ou pas). Là encore, ma préférence va au point 4.

| Q. Conesa parle des Salafistes, vous des Takfirî pourquoi cette différence ?

Jacques Borde. Parce qu’il n’y en pas pas. Nous parlons des mêmes, en fait. Et en toute immodestie, j’estime que ma (sic) référence au Takfir est plus affinée que celle de la Salafiyyâ, verbatim Pierre Conesa.

| Q. Pourquoi donc ?

Jacques Borde. Parce que la Salafiyyâ n’est pas nécessairement significative de violence, le Takfir si. Beaucoup de Salafistes sont simplement quiétistes ou piétistes. Bon, d’accord, d’indécrottables bigots et des ultraconservateurs plutôt rances. Si vous voulez, dogmatiquement tout salafiste n’est pas nécessairement adepte de la terreur. Les takfirî sont à la fois adeptes de la Salafiyyâ et de la terreur pour l’imposer dans une version mise à jour ? Une Salafiyyâ.2.0 en quelque sorte. Ou Califi et orbi, si je puis dire.

Évidemment, je suis entièrement d’accord avec Pierre Conesa : persiste notre refus de nommer l’ennemi.

| Q. Sinon, vous citiez le prince Turki. Avez lu ses accusations quant à notre responsabilité vis-à-vis du terrorisme ?

Jacques Borde. (Éclat de rires) Oui, évidemment. Convenus et prévisibles. Trop prévisibles même.

| Q. C’est-à-dire ?

Jacques Borde. D’abord, l’homme qui nous parle n’est pas le premier venu. Turki Ibn-Fayçal Āl-Séʻūd, outre son poste d’ambassadeur d’Arabie Séoudite aux États-Unis, a surtout été le patron du Mukhabarat Al-A’amah as-Suʿūdiyyah, les SR du royaume.

Il maîtrise donc son sujet et, comment dire, fait le job en tentant d’éloigner la pluie du toit de la Maison Séoud, en nous assénant que « c’est la responsabilité des pays européens de plonger pour trouver la raison qui pousse cette jeunesse, qui est née, a grandi et a été scolarisée dans les pays de l’Europe, à s’orienter vers cette activité criminelle qui s’appelle Fahesh [DA’ECH, dans la doxa wahhabi], Al-Qaïda, etc. ».

L’idée est donc simple à saisir : DA’ECH c’est vous, pas nous ! CQFD…

| Q. C’est un peu gros, tout de même ?

Jacques Borde. (Rire) Je vous l’accorde. Mais le boulot n’était pas très aisé non plus !

Notons, au passage, que quelque part, SAR Turki, confirme ce que nous rappelait Jean-Sébastien Ferjoun d‘Atlantico.fr, quant aux origines des terroristes : « Ce sont principalement des Maghrébins, il y a eu 1 Malien et tous les autres étaient maghrébins (…). Si ça vous semble plus confortable de penser que c’est psychologique, très bien. Il me semble qu’il y a beaucoup de gens qui souffrent de problèmes psychologiques, j’ai pas l’impression qu’ils se jettent tous dans les gares ou ailleurs en criant ‘Allah Akbar’ ! (…) Il faut arrêter d’avoir peur de stigmatiser. Quand on n’aborde pas les choses de front, c’est là où on laisse les choses pourrir »4.

Turki, lui, ne laisse pas pourrir les choses. Il nous refile simplement la patate chaude.

| Q. Et, ça ne vous fait pas bondir ?

Jacques Borde. C’est du discours. De la tension dialectique. À nous d’y répondre intelligemment.

Notons d’entrée que depuis ces temps modernes où notre pays s’est fait la spécialité d’aller chercher sa main d’œuvre bon marché au-delà de ses frontières, il n’y a pas eu de formes de violences aussi tenaces que celle dont Turki Ibn-Fayçal Āl-Séʻūd nous jette la responsabilité au visage.

Point de plombier polonais insatisfait qui précipite sa camionnette sur un marché. Pas de pogroms menés par des cohortes de cuisiniers nippons leur feuille5 à la main. Ni de juifs harédim attaquant à la kalach des sorties d’écoles catholiques ? Sans doute avaient-ils oublié de lire le prophète Samuel…

Pourtant, tous nos Italiens, Polonais, Portugais, Juifs séfarades et ashkénazes, etc., sont eux aussi passés par l’imparfaite école de la République.

Par ailleurs, si c’est notre école qui est si fautive que ça, comment Turki explique-t-il que des migrants récents – ayant donc échappé à la mauvaise influence de nos enseignants qui, tous les jours que Dieu fait, prêchent le djihâd à nos tête blondes comme tout le monde le sait – basculent eux aussi dans le terrorisme takfirî ?

Ah, oui, il y a bien eu le Groupe Manouchian qui a pris les armes. Mais, désolé pour la belle démo de SAR Turki, ce fut pour combattre l’occupant aux côtés des FFI. C’est ballot !

| Q. Pourquoi, parler du prophète Samuel ?

Jacques Borde. Parce ce que la quasi-analphabète député de La France insoumise (LFI) Danièle Obono6, a entrepris de citer ce passage de l’Ancien Testament7 ou D[ieu] s’adressant au roi Saül via le prophète Samuel lui intime : « Maintenant, va les attaquer [les Amalécites] et voue-les moi en les exterminant totalement avec tout ce qui leur appartient. Sois sans pitié et fais périr hommes et femmes, enfants et bébés, bœufs, moutons, chèvres, chameaux et ânes ».

Certes. Mais, outre que Saül a été rejeté par D[ieu] pour n’avoir justement pas respecté ses ordres, notamment en épargnant Agag (le roi des Amalécites) ; il n’échappera à personne que nos compatriotes juifs attaquent assez peu fermes, élevages et animaleries pour y exterminer les cheptels ci-présents en sus de leurs propriétaires.

Mais, là encore, si une dépêche en ce sens m’a échappé que les caciques gauchistes de LFI me pardonnent mon manque d’assiduité.

Notes

1 Du Takfir en fait. C’est par ces termes que DAE’CH qualifie ses combattants et proxies.
2 Évoquée (pour les cinéphiles) dans l’excellent Barry Seal actuellement en salles.
3 Ancien haut fonctionnaire, auteur du Guide du petit djihâdiste, Fayard, 2016 & de Docteur Saoud & Mister Djihad, Robert Laffont, 2016.
4 LCI (1er octobre 2017, 20h42).
5 Sorte de hachoir.
6 Celle qui parle de « préjudice contre les femmes », au lieu de « préjugé ».
7 Le Sefer Sh’muel, qui fait partie des Livres des Prophètes ou Nevi’im.

 

A Propos Jacques Borde

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