Réflexions sur les Armes d’appui.

| Défense | Cellule de mire | Bertrand Colom |

Depuis quelques temps déjà, je lis & apprécie les texte que Bertrand Colom poste sur Facebook. Pourquoi donc essayer de faire en moins bien ce que des gens plus qualifiés que vous font de manière excellente ? J’ai donc demandé à Bernard Colom, s’il m’autorisais à reprendre ses publications sur Bforborde. Ce à quoi il a aimablement consenti. Ce dont je le remercie confraternellement. Bonne lecture & bien sûr, allez donc le visiter en direct. Le titre est de la Rédaction.

Bonjour la Cellule .

Nous vous proposons aujourd’hui une réflexion. Bien entendu, ce ne sont pas des vérités absolues, ce sont des orientations de discussions concernant les armes d’appui d’un ancien TDM d’il y a 30 ans .

Plantons le décor, nous sommes en 1991. Cette date coïncide en partie avec le grand virage qui a été le début de la prolifération des armes d’appui ou présentées comme telles en calibre 5,56×45.

C’est aussi la 1ère Guerre du Golfe, c’est ma rencontre avec les Forces Armées Sénégalaises sur le fleuve Gambie et à la frontière mauritanienne. Équipés de superbes HK53 fabriqués en France et de FM HK23 également en 5,56×45 flambants neufs, nous faisons pâle figure avec nos Famas F1 très très fatigués et nos AA52 qui « branlent de partout »… au moins cette dernière procure une allonge appréciable, les distances s’allongeant très rapidement en plein désert …

Les armes d’appui en 5,56×45 recevaient le nom de LMG (Light Machine Gun – mitrailleuses légère) ou LSW (Light Support Weapon – Arme d’ appui légère). Le but de leur présence était de renforcer la puissance de feu du groupe de combat pour toutes les manœuvres tactiques possibles, tant défensives qu’ offensives.

Finalement, on commençait à se dire que le 7,62×51 n ‘était pas forcément obligatoire pour bon nombre d’engagements, et que de remplacer une arme en 7,62×51 par deux en 5,56×45 pouvait être payant.

Au cours des années 1960 à 1990, et avec l’ adoption du 7,62×51 comme calibre OTAN, les trois armes qui se partageaient la plus grosse partie du marché étaient la MAG belge, la M60 américaine et la MG3 allemande qui n’ était finalement qu’ une MG42 remise au goût du jour.

Ces armes s’utilisaient avec bipied ou divers affûts, avec des montages sur véhicules. Elles étaient polyvalentes, d’où leur désignation de GPMP (General Purpose Machine Gun – Mitrailleuse à usage général). Par nature, ces armes sont lourdes et encombrantes, 10 kg en moyenne sans munitions et au moins 1 mètre de long.

Leur port prolongé sur le terrain est réservé aux plus robustes et nécessitent deux hommes pour être efficacement servies, la dotation en munition est aussi potentiellement répartie sur tous les éléments du groupe de combat ce qui est une charge supplémentaire.

En fait, tout le groupe s’articule autour du service de cette arme principale .

Au cours des années 70 à 80, on assiste à la généralisation des fusils d’ assaut en 5,56×45, les armes collectives ne sont pas encore menacées par le nouveau calibre, elles ne sont pas encore assez âgées et la doctrine du petit calibre n’a pas encore fait son office.

Le 7,62×51 est efficace contre les retranchements artisanaux et les véhicules légers, chose à laquelle le 5,56×45 ne peut prétendre au même niveau. Les distances d’engagement du 7,62×51 sont rassurantes, il n y a pas lieu à remettre les choses en cause.

Le premier choc vient des USA avec le programme SAW (Squad Automatic Weapon – Arme automatique de groupe) qui à l’origine veut placer deux armes collectives d’appui dans le groupe. On veut augmenter le volume de feu du groupe, deux armes tirent plus qu’une seule, et comme les cartouches sont plus légères, on pourra en emmener beaucoup plus pour un même poids. On gagne sur les deux tableaux, et comme ces armes seront un peu plus légères et compactes, on va gagner en mobilité. On fixe comme limite un poids de 9,600 kg pour l’arme avec 200 cartouches .

Mais voilà, cela est la théorie, et la cartouche M193 américaine de 5,56 demandait alors à être revue pour en améliorer l’efficacité, car si dans le M16A1 on pouvait tout à fait s’en satisfaire, ce n’était plus vrai dans une arme d’appui .

La réponse sera belge avec la cartouche à balle SS109 de 4 grammes .

Mais alors là, dés la fin des années 70/80, nous entendons bon nombre de spécialistes annoncer à grands renforts publicitaires que la SAW M249, qui deviendra la Minimi pouvait purement et simplement remplacer la GPMG dans … toutes ses applications. Voilà le résultat lorsque les intérêts financiers des uns dépendent de quelques autres décideurs…

C’est à ce moment que l’on a commencé à avoir un raisonnement tronqué, qui a complètement balayé tous les enseignements des conflits précédents.

La règle était « plus petite, plus légère, avec toujours plus de munitions ... » même si celles- ci perforaient moins et que leur allongé était réduite .

Sauf que le 5,56×45, même optimisé avec la SS109, n’a jamais été conçue que pour défaire des troupes adverses découvertes ou faiblement protégées, à des distances d’engagement à peine supérieures à celles des armes individuelles du même calibre. D’accord on va tirer plus vite et plus longtemps, mais en aucun cas plus fort et plus loin… au final c’est la balle qui fait le boulot, pas la plate-forme de tir.

Par sa nature, l‘arme d’appui doit être en mesure d’assurer des tirs soutenus en fonction du déroulement de l’engagement. C’est à dire que l’arme doit être assez robuste pour supporter de hautes cadences de tir, et présenter une longévité d’au moins 50.000 coups pour ses organes essentiels.

La fiabilité doit être optimale.

L’US Army acceptait 1 incident mineur tous les 1.200 coups, réglé en moins de 10 secondes – 1 incident tous les 2.100 coups long de plus de 10 secondes à régler et un incident majeur tous les 15.000 coups, nécessitant l’intervention de l’armurier d’unité. Le canon doit être immédiatement amovible, et remplaçable en moins de 10 secondes sans devoir trop s’exposer .

L‘Ultimax 100 et l’Enfield anglais sont complètement passés à côté, ce qui posera de nombreux problèmes en utilisation avec des risques de cook-off, et de simplement rincer le canon .

Les exigences américaines sont de 200 coups en 2 minutes et 20 secondes minimum sans problèmes. L’arme doit tirer culasse ouverte afin de faciliter la circulation de l’air dans le canon entre deux rafales .

Même le judicieux Steyr LMG77 a intégré ce dispositif, c’était à l’époque incontestablement l’arme de ce type le plus aboutie du moment que l’on accepte son alimentation par chargeurs de 30 ou de 42 cartouches. Puis vient ensuite l’éternel débat entre les approvisionnements par chargeurs ou bandes libres, l’idéal étant que l’arme accepte les deux comme avec la Minimi.

Les doctrines américaines et anglaises se sont aussi heurté.

Si les américains misent énormément sur « la boule de feu », partant du principe que le soldat tire vaguement dans la direction de l’ ennemi (souvenez – vous du programme ACR présenté dans nos colonnes), doctrine d’ailleurs à l’origine de la 5,56×45, les Anglais favorisent le tir semi-auto précis et rapide, limitant l’usage du full auto qu’à très courte portée, et lorsque les munitions pullulent .

Ayant réalisé un LSW dérivé du SA80 aussi raté que ce dernier, qui de surcroît tirait à culasse fermée, ils avaient peine à se faire entendre .

Le SA80 original est l’un des deux seuls fusils d’assaut, avec le CETME L espagnol, reconnu comme « raté » par le plus grand nombre de spécialistes militaires. Si les SA80 seront récupérés par Heckler & Koch pour les optimiser, les CETME L seront purement et simplement remplacés par des HK G36.

J’ai eu l’occasion d’utiliser l’HK23, j’en garde un souvenir ému, il faut dire que nous n’avions en Afrique rien de comparable, le 23e Bima n’étant pas doté de Minimi en 1991. Mais quel poids !!!, 8,75 kg vide… ah oui c’était stable au tir !!!

30 ans plus tard, avons-nous vraiment fait des progrès, et des remises en cause ? La Minimi est devenue la norme à un tel point que beaucoup d’utilisateurs européens ne connaissent qu’elle.

Si tous s’ accordent à trouver les armes d’appui en 5,56×45 indispensables en zones urbaines et globalement en théâtre européen, l’ouverture, éternelle, de zones de combat en milieu désertique et africain en général, nous invitent à ressortir des placards les encombrantes GPMPG en 7,62×51 dans lesquels nous les avions peut être un peu trop rapidement remisé.

Il en est de même pour les armes individuelles, alors comment cela pourrait-il en être autrement pour le collectif   Les GPMG qui ornent les véhicules doivent redescendre plus souvent au sein des groupes de combat.

Depuis 30 ans, les soldats sont armés de fusils trop courts, trop légers et pas assez puissants.

Si cela devait les rendre plus « félins et manœuvriers », comme plaidait alors le général Bigeard, que l’on ne pourra pas taxe d’amateurisme, ce serait appréciable, mais ce n’est pas le cas.

Le fantassin est devenu un convoyeur d’équipements toujours plus modernes, plus nombreux, et au final plus lourds.

On veut en faire ce spécialiste pour tel et tel usage mais on oublie une chose essentielle parfaitement intégrée par l’ennemi, qui est que lorsque les engagements deviennent réels, la vocation du soldat devient alors de faire feu à titre individuel contre l’ennemi, que ce soit pour le neutraliser, ou même simplement pour sauver sa vie.

Et pour cela tout le « bordel » dans lequel il est engoncé ne lui sert plus à rien, il ajuste besoin d’un fusil qui fonctionne sans problèmes et qui tire fort et qui tire loin.

Pour le reste, il aura le temps d’y réfléchir lorsqu’ il sera rentré.

Si il rentre .

Bonne journée à toutes et à tous.

 

A Propos Jacques Borde

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