Une Armée & une Démocratie ! À quelles fins ? [3]

| France | Géostratégie | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

C’est peu de le dire : là où nous sommes militairement engagés les choses – en dépit des pertes sévères infligées à nos ennemis takfirî – ne se passent pas aussi bien qu’elles le devraient. En toute logique, on pourrait trouver, qu’entre nos fronts du djihâd extérieurs & celui d’Andalousie du Nord-Est… Pardon de France, notre État-Major des armées avait largement de quoi s’occuper. Il semblerait que non. Notre estimé CEMA, le général d’armée François Lecointre, hautement multirôle comme notre Rafale visiblement, a donc décidé de mettre son nez dans cette affaire de militaires (majoritairement retraités, semble-t-il) auteurs d’une lettre ouverte s’alarmant des périls menaçant & frappant notre pays. En toute franchise : était-ce bien le moment & était-ce bien son rôle ? Partie 3.

« L’appel d’anciens militaires dans une tribune devient l’espoir et le salut de la gauche, qui n’attendait que ce pain bénit pour agiter son traditionnel chiffon brun et détourner le regard du réel qui la contredit ».
Charles de Blondin, Gaullistes pour toujours!.

« Le gouvernement veut enfin appliquer des ‘sanctions exemplaires’… Mais contre nos militaires, pas contre les racailles qui font régner la terreur dans nos quartiers. Mettons fin à cette inversion des valeurs ! ».
Julien Odoul.

« Un sénateur LREM hurle au putsch sur CNews des généraux qui menacent la République mais ne voit pas en quoi des mecs qui font du rodéo à moto sur la place des Terreaux ridiculiseraient cette même République ».
Isabelle Douna.

« Les sanctions sont plus rapides à l’égard de généraux et militaires lucides sur l’état du pays que pour les racailles qui tuent ou caillassent nos forces de l’ordre ! Affligeant ».
David Rachline.

« Sur le fond, nul ne peut nier que le collectif aborde des sujets qui préoccupent aujourd’hui les Français et qui seront certainement au cœur des prochaines élections : la fragmentation de la communauté nationale, surtout pour nous qui sommes particulièrement sensibles à la notion de fraternité d’armes ; l’apparition de zones non contrôlées dans notre pays, surtout pour nous qui sommes souvent intervenus pour rétablir l’état de droit dans des zones grises, voire en guerre ; et l’augmentation de la violence quotidienne en France, surtout pour nous qui avons si souvent veillé à maîtriser la force pour rétablir la paix. Ce sont autant de sujets de préoccupations, qui, d’ailleurs, ne concernent pas que les militaires. Dans ces situations complexes, je vous invite à laisser le dernier mot à Saint-Exupéry : ‘Puisque je suis l’un d’eux, je ne renierai jamais les miens quoiqu’ils fassent… et quoique je pense alors sur eux, je ne servirai jamais de témoin à charge !’ ».
Général (2S) Bruno Dary, président de la Saint-Cyrienne.

| Q. Et, vous ne trouvez-pas que vous exagérez en invoquant la France Libre, en cette affaire ?

Jacques Borde. Non, pas du tout. Notez que je ne suis pas le seul à avoir eu le réflexe gaullien. Me. Gilbert Collard, entre autre voix, de s’interroger : « Que font ces militaires ? Ils nous disent ‘attention’, ils tirent le signal d’alarme, comme De Gaulle l’avait fait à l’époque où il disait qu’il fallait des chars face à la puissance allemande ».

À propos du général, citons aussi Christian Potier, qui nous rappelle que « Cet homme fut condamné en 1940 par l’institution militaire, en 1958 par le personnel politique. A-t-il eu tort devant l’Histoire d’appeler à la résistance, en dénonçant les trahisons et les renoncements de l’époque ? Généraux, officiers ou simple soldats, en activité ou à la retraite, aucun des militaires signataires d’une tribune salutaire, appelant au sursaut patriotique et à la résistance pacifique, ne mérite la chasse aux sorcières organisée par le pouvoir en place et toute l’oligarchie qui dirige ce pays. L’honneur est du côté des soldats qui crient leur amour de la France, le déshonneur du côté de ceux qui laissent la France crever et crachent sur les premiers. Les Français et l’Histoire sauront faire le tri. Soutien absolu aux 10.000 militaires signataires ».

| Q. Sinon, notre réponse, face à nos vrais ennemis doit être nécessairement la violence étatique ?

Jacques Borde. Oui. C’est une des bases mêmes de la démocratie, pardi. Relisez Glotz, bon Dieu ! Que nous dit-il ?

Qu’« Alors surgit Dracon. Un homme sut accomplir en quelques mois l’œuvre où depuis de longues années peinait vainement tout un collège. Il laissa un nom sinistre et redouté, parce qu’il arma l’État de la puissance judiciaire ; il passa pour un législateur sanguinaire, parce qu’il s’efforça de mettre fin à l’effusion du sang. Les guerres civiles étaient un enchaînement de guerres privées où les génè se lamaient les uns contre les autres avec toutes leurs forces. Pour pousser la partie lésée à s’adresser aux tribunaux, Dracon détermine les conditions du recours à la vengeance ou à la composition. Pour désagréger les groupes familiaux, il distingue dans chacun d’eux des cercles de parentèles plus ou moins proches, et même, dans certains cas, il exige des parents appelés à prendre une décision qu’elle soit prise à l’unanimité ; il fait appel dans le génos à l’individualisme… »1.

La démocratie confisquant l’usage de la violence aux individus, aux clans – et, aujourd’hui, théoriquement, à ceux régnant en zones de non-droit et/ou de Charia takfirî, si l’État et ses corps ad hoc faisaient leur travail, bien sûr – est la démarche naturelle des choses. C’est à elle (la démocratie) de l’exercer justement lorsque cette violence est nécessaire.

Charlotte Sawyer. Si vous ajoutez votre lot de crimes antisémites passés par pertes et profits par l’a-justice, vous êtes gâtés !…

| Q. Mais votre guerre civile ça n’est pas un peu un fantasme ?

Jacques Borde. Allez dire ça à ceux qui subissent la terreur takfirî tous les jours. Sinon, je partage l’analyse de Me. Gilbert Collard, lorsqu’il nous dit que « Le jour où l’économie souterraine des banlieues ne pourra plus fonctionner, vous verrez ce qu’il se passera. Ce qui, aujourd’hui, nous empêche d’avoir une guerre civile c’est que les maffieux veulent sauvegarder cette économie intérieure des banlieues ».

Question à mille euros : jusqu’à quand ?

En mai 2017, le général de corps d’Armée Christophe Gomart, alors patron de la Direction du Renseignement Militaire (DRM), expliquait que « Cette Invasion de l’Europe par les émigrants des pays musulmans et de l’Afrique noire est programmée, contrôlée et acceptée ». Et que « rien du trafic migratoire en Méditerranée n’est ignoré des autorités françaises, militaires et civiles ».

Le vrai déficit, c’est celui des pouvoirs publics, c’est celui du régime de Paris. Le reste c’est du bla-bla, de l’onanisme médiatique.

| Q. Et que peut-on y faire ?

Jacques Borde. Mon avis (et je vous l’ait dit à de nombreuses reprises) : s’inspirer, en les adaptant bien évidemment, des recettes qui marchent.

Pour être tout à fait clair – relisez-là, ça sera plus simple, nos précédents entretiens – : les modi operandi israéliens, birmans. Et syriens. Modes opératoires modulables et combinables entre eux, évidemment, en fonction de nos propres besoins opérationnels.

En dehors de çà, je ne ne vois guère d’autres solutions.

| Q. Mais le cas syrien reste un cas à part, malgré tout ?

Jacques Borde. Oui, mais seulement parce que le camp occidental auquel nous appartenons, en a fait un cas à part.

Là encore, prenons un exemple : personne (en Occident, je veux dire…) ne veut refiler ses terroriste takfirî prisonniers au gouvernement syrien. Or, pourquoi pas ?

| Q. Juridiquement, ça n’est pas un problème ?

Charlotte Sawyer. Pas si vous appliquez la recette des Unlawful combatants2, mise en place comme chez moi, aux États-Unis.

Là, exit même la notion de POW, pardon de prisonniers de guerre. Vos terroristes takfirî sont en Syrie, grand bien leur fasse. Ils ont commis leurs crimes en Syrie, la Syrie a un ministère de la justice, le gouvernement syrien est tout à fait apte à les juger. End of the game, Guys !

Mais, ce serait là, reconnaître la souveraineté de la Syrie alors que les pays de la coalition occidentale ont semé le chaos et détruit de fonds en comble cette même Syrie, depuis 2011, pour virer Bachar el-Assad.

Échec et mat !

| Q. Mais, à quoi joue-t-on, alors ?

Jacques Borde. Au Grand jeu, bien sûr. Mais joué, hélas, par de bien petits joueurs.

Les (pour ne pas dire nos) djihâdistes combattaient Bachar el-Assad pour les mêmes raisons que les pays de la coalition. Est-ce que cela veut dire que les pays européens veulent récupérer ces combattants survivants, leurs proxies en quelque sorte ? Pour en faire quoi, alors ?

Charlotte Sawyer. Et si, sous Biden-Harris, les Américains veulent aussi se débarrasser au plus vite de ces Jound al-Khilafah européens incontrôlables et désormais inutiles ?
Oui, mais comment ? Ah, l’Orient compliqué, mon bon Monsieur !..

Ce qui pourrait aussi s’avérer compliqué par la suite, c’est le sort de votre Laëtitia Saint-Paul…

| Q. Et pourquoi donc ?

Jacques Borde. Voyons, si des généraux de réserve n’ont pas le droit de s’exprimer politiquement, comment une militaire d’active peut-être, à la fois, député LREM et vice-présidente de l’Assemblée nationale ?

Or, à lire sa fiche Wikipédia, Laëtitia Saint-Paul, née Bruneau le 21 janvier 1981 à Chartres (Eure-et-Loir), est bien officier de carrière de l’armée de Terre, membre de La République en marche (LREM) et député (2017) de la quatrième circonscription de Maine-et-Loire. Soit le premier militaire en activité élu député depuis 1918. Membre de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, elle y officiera comme coordinatrice (Whip, comme disent les Anglo-Saxons) du groupe LREM, jusqu’en septembre 2019. Depuis octobre 2019, elle est vice-présidente de l’Assemblée nationale.

Deux poids, deux mesures ?

Sans doute Mme. Parly pourrait-elle nous éclairer sur ce point. Elle sera, sans doute, aussi heureuse d’apprendre que :

Primo, le journal en ligne La Voce del Patriota (Italie) a repris intégralement la Tribune des miliaires français initialement publiée par Valeurs Actuelles.

Secundo, 1.240 Polytechniciens auraient rejoint l’Appel des officiers, sous-officiers et militaires, qui, au 7mai 2021, comptait plus de 25.551signataires (dont 53 généraux). Tous des putschistes vraisemblablement ! À suivre…

Notes

1 La Cité Grecque, Gustave Glotz, p. 420.
2 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal. Défini dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 2001, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.

A Propos Jacques Borde

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