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Manhattan ! L’Attentat de trop ?

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

« Polémos1 est le père de tous », nous dit Héraclite. La Terreur & la guerre contre la terreur se nourrissent de morts, les fils de Polémos, en quelque sorte. Mais aussi d’images. En précipitant son pick-up sur d’innocents cyclistes, majoritairement non-américains qui plus est, leur tueur takfirî l’Ouzbek Épée de la foi Saipov aura, qui sait, plus fait dans la mobilisation du peuple de la Grande république du Nouveau Monde dont nous parlait avec sa sévère affection Tocqueville, que les près de deux-cent morts qui ont précédé ceux de Manhattan. Enough is enough semble nous dire l’ami américain. Las, à la fois, des crimes incessants commis sur son sol, mais également des lâchetés d’une partie de sa classe politique. Unissant dans une même opprobre Munichois démocrates & républicains

| Q. Pense-vous que l’attentat de Manhattan puisse changer la donne en matière de lutte antiterroriste ?

Jacques Borde. Il est trop tôt pour le dire, mais c’est probable. Ce pour trois raisons principalement :

Primo, l’aspect symbolique de l’attentat. Celui-ci s’est produit à peu de distance de Ground Zero, le site du 11 Septembre, que cherchait visiblement à atteindre l’auteur de l’attentat. Et, dès qu’on parle de guerre, de terreur, les symboles ont toujours du sens.

Secundo, l’auteur des faits, un Ouzbek de 29 ans bénéficiaire du programme Green Card, Sayfullo Saipov, blessé lors de son arrestation et hospitalisé depuis, a déclaré aux enquêteurs être « satisfait » de son acte et demandé que soit déployé dans sa chambre d’hôpital le drapeau d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)2. Saipov a également reconnu être l’auteur des écrits en arabe, fait aggravant, mentionnant DA’ECH retrouvés par les enquêteurs à proximité de son pick-up déformé par l’impact avec le bus scolaire qui l’a arrêté dans sa course foule.

Tertio, le président américain, Donald J. Trump, hausse le ton sur le dossier controversé de l’entrée aux États-Unis et pointe l’irresponsabilité flagrante et majeure des Démocrates en la matière.

« Le terroriste est arrivé dans notre pays à travers ce qu’on appelle le programme de loterie de visas Diversité », a justement rappelé Trump. « Une merveille, selon Chuck Schumer. Je veux une sélection au mérite (…). Je viens juste d’ordonner à la Sécurité nationale de renforcer encore une fois notre programme de contrôle extrême. Être politiquement correct, c’est bien, mais pas pour ça ! Nous nous battons pour une immigration basée sur le mérite, pas pour des systèmes de loterie démocrates. Nous devons être BEAUCOUP plus durs (et plus intelligents) ».

| Q. De quoi parle-t-on au juste ?

Jacques Borde. Le programme Diversité, plus connu sous le nom de Green card (carte verte) est le système de tirage au sort annuel qui offre 50.000 visas de résidents permettant d’entrer et de s’installer aux États-Unis.

Le Sénateur Chuck E. Schumer, qui préside le Senate Democratic Policy Committee, avait parrainé la législation mettant en place ce programme, qui a connu son premier tirage au sort en 1995.

1995 ! Ce qui veut dire que tous les bateleurs démocrates et autres oiseaux de mauvais augure qui font de la loterie de la Green card une tradition ancienne, voire une obligation morale, mentent comme ils respirent. C’est, comme tant d’autres, une mesure légale parfaitement amendable voire à supprimer purement et simplement. C’est aussi pour ça que les parlementaires sont là : revoir les choses en fonction des événements et des besoins.

Or, depuis 1995, malgré l’évidente dangerosité (et manque d’intérêt) du programme, les Démocrates, ainsi qu’une minorité de Républicains refusent de se remettre en cause.

| Q. Des voix se sont fait entendre pour condamner la demande de Trump d’appliquer la peine de mort à Sayfullo Saipov ?

Jacques Borde. Encore une fois le cloaca maxima de la gauche américaine – à propos duquel beaucoup se demandent si ses membres ne sont pas, comme les nôtres, désormais dans le camp des soutiens objectifs de la terreur takfirî – a craché son venin. Il semble opportun, ici, de lui rappeler deux ou trois choses :

1- la peine de mort fait bien partie de l’arsenal judiciaire étasunien.
2- concernant New York, le procureur de Manhattan, Joon H. Kim, a lui-même évoqué que procédure permettait de requérir la peine de mort dans l’Affaire Saipov.
Il y a donc quelque-chose d’ubuesque à entendre Pascal Boniface évoquer « les plus bas instincts » de Trump lorsque ce dernier évoque la peine de mort à propos de Saipov. Par quoi est donc animé le procureur Kim lorsqu’il rappelle l’applicabilité de la peine capitale dans le cadre de l’affaire ?
3- c’est bel et bien le devoir du président des États-Unis de rappeler aux criminels et aux terroristes ce qu’ils risquent en choisissant propager haine et violence dans le pays.
4- de plus, comme l’a rappelé notre confrère de La Presse, Richard Hélu, « Trump n’est pas le premier président à avoir tenu des propos semblables concernant un suspect d’un crime horrible. Barack H. Obama, par exemple, avait prédit la peine de mort pour Khaled Cheikh Mohammed, cerveau autoproclamé des attentats du 11 septembre 2001, qui est jugé par un tribunal militaire à Guantanamo »3.
4- c’est aussi le devoir du président des États-Unis d’éclairer le pouvoir judiciaire sur ce qu’il estime juste afin de protéger l’Amérique et les Américains. C’est donc, simplement, ce qu’a fait Donald J. Trump lorsqu’il a souligné que « Nous avons besoin d’une justice plus rapide et plus forte que nous avons actuellement. Car ce que nous avons maintenant, c’est une farce et une source de moqueries. Et on se demande pourquoi ce genre de choses arrive ? »4.

Ni plus, ni moins. Par ailleurs, la Maison-Blanche a jugé que le suspect – déjà visé par deux chefs d’inculpation : a) violence et destruction de véhicules et b) soutien à une organisation terroriste étrangère – pourrait être considéré comme un « combattant ennemi », ce qui permettrait potentiellement de limiter les droits de la défense.

Rappelons que par le passé l’Amérique ne s’est pas privé d’éliminer de manière extrajudiciaire un bon nombre de « combattants ennemis ». Notamment dans le cadre dit de la guerre des drones mis en place par un certain Barack H. Obama.

À mon humble avis, une excellente chose.

En l’espèce, Donald J. Trump, se montre beaucoup respectueux des formes et du droit que son prédécesseur. Quoi qu’en glapisse le marais gauchiste étasunien et européen…

| Q. Donc, selon vous, Saipov risque bien la peine de mort ? Ça n’est pas une outrance verbale de Trump

Jacques Borde. (Rire) C’est ce que tentent de nous faire croire les détracteurs de Trump. Mais, ça n’est pas selon moi que Saipov risque bel et bien sa tête. Car comme l’a rappelé Nicole Bacharan, Saipov risque bien la peine capitale car les crimes qu’on lui reproche sont des crimes fédéraux passibles de ladite peine. Point final.

Et, en l’espèce, Trump ne fait que souligner une évidence. Une réalité juridique même .

| Q. On le croyait évacué du débat, l’argument revient par la porte de la Maison-Blanche : il y aurait donc un lien entre migrations et terrorisme ?

Jacques Borde. Oui. C’est un des points essentiel du débat sur la sécurité intérieure en tout cas. Et ce depuis plusieurs années déjà.

| Q. Et dans la réalité ?

Jacques Borde. C’est, en tout cas, une réalité que revendique Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH) qui affirme utiliser le flot des migrants pour renforcer les effectifs de ses 5e colonnes en Europe.

Donc, l’on parle bien de personnes potentiellement terroristes ou acquises au terrorisme par le biais des filières migratoires.

| Q. Pense-vous que Trump serait élu si l’on revotait aujourd’hui ?

Jacques Borde. Eric Fottorrino, guère partisan de l’actuel président, le pense, affirmant que « rien n’a changé en un an ».

Plus important,

1- Hillary R. Clinton l’a dit et répété, elle n’a pas l’intention de remettre le couvert.
2- il n’existe aucun candidat sérieux à opposer à Donald J. Trump.
3- cessons de nous focaliser sur les cries d’orfraie de personnages comme Bernie Sanders ou même Madonna. Comme l’a reconnu Pascal Boniface ce genre de campagne « n’a pas d’impact » sur l’électorat.

C’est un peu le défaut de la gauche étasunienne et de ses figures emblématiques, elles vivent dans un monde fantasmatique coupé des réalités.

Prenez Nicole Bacharan qui, sur le volet de l’immigration, nous reparle des « esclaves venus d’Afrique », migrants contre leur gré. Certes. Mais pourquoi ne nous parle-t-elle jamais des esclaves blancs d’origine irlandaise ou même britannique expédiés de force par la Couronne dans les colonies5.

| Q. Pourquoi parlez-vous de fait aggravant  à propos des écrits en arabe, prêtés à Sayfullo Saipov, ?

Jacques Borde. Précisément pour ceci :

1- notre suspect, respectons-les formes, Sayfullo Saipov est ouzbek. Sa langue maternelle est donc… l’ouzbek pas l’arabe.
L’ouzbek6 est une langue appartenant au groupe des langues turques de la famille des langues altaïques, parlée par plus de 19 millions de personnes. Il est surtout utilisé en Asie centrale, principalement en Ouzbékistan7, où il est la langue officielle, au Tadjikistan (873.000), au Kirghizstan (550.000), au Turkménistan (400.000) et en Afghanistan. Il est également parlé en Chine dans la province ouïgoure du Xinjiang.
Quant à l’ouzbek moderne, la langue de Sayfullo Saipov, il puise ses origines dans la langue turque (turcique) tchaghataï (ou djaghataï) qui fut aussi la source de la langue ouïghoure.
2- l’arabe se trouve être la langue liturgique de l’Islam. Et, donc par là, celle des extrémistes takfirî de ce même Islam.
3- ces propos ne sont pas prêtés au suspects mais bien les siens.
4- last but no least, le prénom de Saipov, est Sayfullo. Mot également arabe signifiant épée de l’Islam.

Fin de la démonstration !

Notes

1 Divinité de la guerre, chez les Grecs et par extension, la guerre elle-même.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 La Presse  .
4  La Presse  .
5 Pourtant assez bien traité par Hollywood. Cf. Unconquered (Les Conquérants d’un Nouveau monde) de Cecil B. DeMille (1947) et The Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans) de Michael Mann (1992). Le second de manière allusive.
6 Oʻzbek tili en ouzbek. Aussi appelé ouzbèque.
7 Autour de 17 millions de locuteurs sur 20 millions d’Ouzbeks ethniques et 26 millions d’Ouzbékistanais.

A Propos Jacques Borde

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