Opération Shomer Ha’Homot : RETEX N°1 [1]

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Les combats qui opposent actuellement le HAMAS & le JIP à Tsahal sont-ils constitutifs de la 4ème Guerre de Gaza ? À voir. Ce qui est certain c’est que des deux côtés du Limes séparant les deux camps ont été, plus ou moins, exprimés des buts de guerre. Ont-ils étés atteints & par qui. Tel était le sujet de ce 1er RETour d’EXpérience (RETEX) autour de l’Opération Shomer Ha’Homot1, que nous vous proposons de lire.

« Vous écrivez l’Histoire avec des mains ensanglantées » face à Israël « qui mène des attaques disproportionnées contre la bande de Gaza (…). Les territoires palestiniens sont victimes de persécutions, de souffrances et le sang y coule comme c’est le cas de nombreuses autres régions qui ont perdu la paix avec la fin de l’Empire ottoman. Et vous soutenez cela ».
Reccep Tayyip Erdoğan, s’adressant au président des États-Unis.

| Q. Gênantes les accusations de financement par l’Europe des 27 du Métro du HAMAS ?

Jacques Borde. Rappelons d’abord ce dont il s’agit. C’est la véritable ville souterraine qui a été bâtie sous les quartiers nord de Gaza et pour laquelle le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)2 à dû consacrer des sommes colossales. Une pièce majeure du dispositif militaire du HAMAS qui a disparu sous les frappes conjuguées de l‘Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal (HAA)3, et des canons automoteurs de 155mm de l’Heyl Shirion. Des M109 Doher (600, au total), qui est une version optimisée du M109A5 américain.

Outre que ces fonds alloués par l’Europe des 27, étaient destinés à un tout autre usage, avoir ainsi participé à l’effort de guerre du HAMAS anéantit l’essentiel des critiques adressées par des administrations et/ou régimes européistes à Jérusalem. Qui, d’une manière générale, n’en a qu’assez peu cure.

| Q. Une défaite en cette affaire mais pour qui ?

Jacques Borde. Les hostilités étant toujours en cours entre les parties, parler de défaite (ou de victoire) est, en l’espèce, abusif. Faisons simple : au su des buts de guerre des deux camps, comparons et voyons qui a accompli tout ou partie de ses buts de guerre.

Côté israélien, Jérusalem a :

-(Sous réserve) liquidé le n°2 du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS), dont le nom m’échappe.
-éliminé 22 des ses cadres militaires. Dans une armée classique, on parlerait de ses officiers supérieurs.
-liquidé Hussam Abu Harbeed, le principal chef militaire du Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP)4. Le JIP a confirmé l’info, qualifiant Abu Harbeed de « martyr béni ». Côté israélien, commentant l’opération, le patron du Dover Tsahal (Dotz)5, le brigadier-général Hidai Zilberman, a précisé que c’est au Sherut ha’Bitaron ha’Klali (SHABAK)6 « qu’il faut attribuer l’immense crédit de ces renseignements exceptionnels ».
-littéralement anéanti – le fameux épisode du Métro du Hamas – le noyau dur des forces spéciales de l’ennemi. Formées, nous disent certaines sources, par le Nirouy-é Ghods7.
-détruit l’essentiel des sites identifiés par ses Services de Renseignements comme des sites militaires.
-probablement affecté les capacité de frappes lointaines du HAMAS, dans la mesure où depuis lundi (le 17 mai 2021), les tirs de sol/sol ne visent plus que les villes sud d’Israël.
-évité de s’engager durablement au sol. Ce qui est un des fondamentaux de la pensée militaire israélienne.

Conduire et réussir une opération de l’ampleur de Shomer Ha’Homot sans renouveler les lourds engagements au sol des précédentes guerres de Gaza, à savoir :

-2008-2009 : Oferet Yetsukah, ou Opération Plomb durci (nom tiré d’une chanson pour Hanoucca).
-2012 : ʿAmúd ʿAn’An, ou Opération Pilier de Défense, Colonne de nuée, ou Colonne de nuages.
-2014 : Mivtza’ Tzuk Eitan, littéralement Opération Roc inébranlable, on y fait plus généralement référence sous le nom de Opération Bordure protectrice.

Va être un des éléments essentiels du RETour d’EXpérience (RETEX) que vont mener les états-majors et les écoles de guerre des principales armées du monde.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Parce qu’il a toujours été acquis dans la pensée stratégique occidentale :

Primo, qu’un conflit ne se gagne pas sans engager au sol d’importants effectifs et pour un laps de temps généralement non-négligeable.

Secundo, que la guerre aérienne seule ne permet pas d’arriver à une victoire durable.

Or, c’est bien l’outil aérien – et anti-aérien, pour la défense du sanctuaire national – qui est, jusqu’à présent, l’élément dominant de Shomer Ha’Homot.

Sinon, combien le HAMAS a-t-il réalisé de ses buts de guerre ? Pour ce qu’on sait d’iceux, bien sûr.

| Q. Sur ce point, vous n’avalisez pas le narratif du HAMAS ?

Jacques Borde. Par principe, je n’avalise pas un discours, sans l’analyser. Le HAMAS affirme avoir quasiment saturé par sa pluie de missiles les infrastructures d’Israël et les avoir sévèrement mises à mal. En nombre d’engins tirés (on approche des 4.000), ça n’est pas faux. Qu’en est-il des résultats ?

-frappes sol/sol sur les aéroports civils du pays=Zéro (0) appareil touché, terminaux intacts.
-frappes sol/sol sur des aéroports militaires du pays=Zéro (0) appareil touché.
-frappes sol/sol sur les ports civils du pays=Zéro (0) navire détruit, terminaux intacts. Seul un navire, présenté comme battant pavillon israélien, a été touché au large de Gaza. Et, si le champ gazier de Tamar a bien été fermé, un porte-parole de Chevron a précisé que les opérations continuaient sur la plate-forme Leviathan, plus grande, au large de la côte nord d’Israël.
-frappes sol/sol sur les unités d’artillerie, pourtant positionnées à la frontière même de Gaza et pilonnant les positions des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam8, de Tsahal=Zéro (0) M109 Doher détruit.
-nombre de personnels politiques tués ou blessés=Zéro (0).
-nombre d’officiers supérieurs israéliens tués ou blessés=Zéro (0).

Total des pertes humaines côté israélien : dix (10) morts au 18 mai 2021, au matin.

Rappelons qu’à lui seul, le drame de Méron – une bousculade touchant la communauté hassidique – avec ses 45 victimes dépasse largement le nombre de victimes causées par la pluie de so/sol s’abattant sur Israël.

Deux seuls points positifs (sic) sont à noter à propos de l’Opération Seïf al-Qods lancée par le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS) :

Primo, il est indéniable que la perception du narratif du HAMAS a progressé positivement dans les consciences arabes-israéliennes, tant à Jérusalem qu’en Cisjordanie.

Secundo, sa capacité à atteindre des cibles plus lointaines et stratégiques (sic) et non plus seulement des cités-dortoirs style Sdérot), fait que  le HAMAS peut désormais entrer dans une tension dialectique de type dissuasif avec Jérusalem, comme l’ont montré ses menaces de tirer de nouveaux sol/sol en direction de Tel-Aviv si l’aviation israélienne ne cessait « pas de cibler des civils ».

| Q. Mais à quoi doit-on ce manque de résultats? Avec autant d’engins tirés…

Jacques Borde. Largement à Kipat Barzel9, en fait.

Primo, Le Dôme de fer est arrivé à maturité et se conjugue avec d’autres systèmes d’armes.

Secundo, malgré le nombres de sol/sol engagés depuis le 10 mai 2021 (plus de 3.350 roquettes tirées et interceptées à environ 90% par Iron Dome), du côté des Katā’ib – battant les tirs lors d’une escalade en 2019 et lors de la Cuerre de 2006 contre le Hezbollah, comme l’a indiqué le patron du Commandement intérieur, le major-général Ori Gordin – le HAMAS n’est toujours pas arrivé à l’effet de saturation espéré. Ceux qui vous disent le contraire mentent, ou prennent leurs désirs pour des réalités. S’ils avaient raison, il y aurait, tout simplement, plus de dégâts et de victimes (10 au total), côté israélien.

Tertio, le manque de profondeur stratégique qui handicape les Katā’ib dans leurs opérations.

À ce sujet, pour Jonathan Marcus, analyste des questions de Défense :
« La vulnérabilité des Palestiniens tient en partie au fait qu’ils n’ont aucune profondeur stratégique et nulle part où aller. Une opération terrestre pour étouffer les tirs de missiles est possible. Mais comme l’a montré la dernière incursion majeure d’Israël à Gaza en 2014, le coût humain serait considérable. Au cours de cette opération, 2.251 Palestiniens, dont . 462 civils, ont été tués, tandis que du côté israélien, 67 soldats et six civils ont été tués ».

Notes

1 Ou Gardien des murailles.
2 Ou Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
3 Ou Armée de l’Air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
4 Ou Jihâd islamique palestinien.
5 L’unité regroupant les porte-paroles de l’armée.
6 Sherut ha’Bitaron ha’Klali. Ou Shin-Beth (SHABAK étant l’acronyme), Le terme qui était tombé en désuétude semble avoir de nouveau la ferveur des media.
7 Ou Force de Jérusalem, une branche à part entière du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi (en français Corps des Gardiens de la révolution islamique). Force spéciale en charge des opérations extérieures dévolues aux Pâsdâran. Elle dépend exclusivement du Rahbar-é Enqelâb (guide de la révolution), l’Ayatollah Sayyed Ali Hossaini Khâmeneî (et non du président), un peu comme le Kidon du Mossad reçoit ses ordres du seul Premier ministre israélien (la ressemblance s’arrêtant là).
8 Ou Brigades Ezzedine Al-Qassam, anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens, en français.

 

A Propos Jacques Borde

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