Opération Shomer Ha’Homot : RETEX N°2 [2]

| Israël / HAMAS | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

Les combats qui opposent actuellement le HAMAS & le JIP à Tsahal sont-ils constitutifs de la 4ème Guerre de Gaza ? À voir. Ce qui est certain c’est que des deux côtés du Limes séparant les deux camps ont été, plus ou moins, exprimés des buts de guerre. Ont-ils étés atteints & par qui. 2ème RETour d’EXpérience (RETEX) autour de l’Opération Shomer Ha’Homot1.

« Les Américains semblent vouloir donner aux Israéliens un peu plus de temps pour conduire cette opération afin qu’ils puissent décapiter certains des principaux dirigeants du HAMAS et détruire d’autres stocks de roquettes. L’objectif étant de dégrader les capacités du HAMAS à long terme plutôt que de voir ce genre de conflit se reproduire dans trois ou quatre ans, comme c’est souvent le cas ».
Jonathan Schanzer de la Foundation for Defense of Democracies (FDD).

| Q. Question iconoclaste, diront certains, Shomer Ha’Homot : un rapport avec la situation politique en Israël ?

Jacques Borde. Forcément. Sur ce sujet, soyons encore plus iconoclaste, et profitons de l’analyse du Dr. Ayman Al-Raqab, sommité du… Fatah2, mais aussi professeur à l’Université de Jérusalem :

« Apparemment, la crise politique en Israël est derrière cette escalade. Nétanyahu a fait appel à ses alliés de la droite sioniste pour provoquer ces événements et maintenir son siège de premier ministre. Après avoir été incapable de former le nouveau gouvernement de droite, il a décidé d’embarrasser Naftali Bennett, le président du parti Yamina qui se préparait à former un gouvernement. Avec les récentes évolutions, Naftali a décidé de faire marche arrière et de rester loyal au Likoud dirigé par Netanyahu. On pourrait donc assister à la formation d’un gouvernement d’urgence avec à sa tête Nétanyahu et une coalition regroupant la plupart des partis de la droite sioniste afin de préserver l’identité de l’État juif. Et ceci, au moment où les accrochages dans les villes mixtes entre Arabes et juifs présagent d’une guerre civile ».

| Q. Pourquoi autant de cadres et/ou de chefs militaires du HAMAS échappent-ils aux coups d’Israël qui, pourtant, les traque avec ténacité ?

Jacques Borde. Tout simplement parce qu’ils ne sont pas là.

Comme lors des trois précédentes Guerre de Gaza, une partie de la direction politico-militaire de Gaza est à Dubaï et dans d’autres pétromonarchies golfiques où ce petit monde à ses habitudes…

Ainsi, le primus inter pares du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)3, Ismaël Haniyeh, envoie ses communiqués à partir de Doha (Qatar), où il vit depuis des années.

| Q. Habitudes : comme ?

Jacques Borde. D’une manière très posé, le HAMAS nous expliquera sans doute qu’il s’agit d’y veiller aux intérêts supérieurs de la Palestine. Ce qui est plus que probable pour la plupart d’entre eux. C’est bien à Dubai que fut liquidé Mahmoud Al-Mabhouh – un des fondateurs des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam4 du HAMAS , est-il utile de préciser – par le Kidon du Ha’Mosad Ley’Modi’in Ley Tafkidim Méyuh’Adim (MOSSAD)5, parti y négocier des fournitures d’armes iraniennes.

Mais on a aussi, et beaucoup en plus, de photos de cadres du HAMAS prenant du bon temps dans les 5 Étoiles de la région avec des jeunes femmes court vêtues. Assez peu le look des spécialistes en armements du Sêpah-é Pâsdâran-é Enqelâb-é Eslâmi6, reconnaissons-le. Ce à des moments où des combattants de base se faisaient trouer la peau en tentant d’arrêter les Merkava7 et Namer 8 de Tsahal.

| Q. La situation dans les villes (israéliennes) ne s’apaise pas ?

Jacques Borde. Effectivement pas. Sur ce point, Jérusalem a décidé de rappeler 1.000 réservistes du Mishmar Ha’Gvul (MA’GAV)9, en renfort dans les villes, théâtres d’émeutes.

| Q. Jérusalem s’est lancé dans un vaste campagne de décapitation des chefs ennemis ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. Ce que nous confirme le site spécialisé Air & Cosmos, qui écrit que « Si au début des opérations militaires, Tsahal visait essentiellement les infrastructures et sites militaires, il semblerait que les opérations ‘HIV’ ou ‘Homo’ des chefs militaires soit redevenue une priorité pour la Beit Aghion10 »11.

Selon Dover Tsahal (Dotz)12, la nuit dernière, l’un des QG du commandant militaire, Taoufik Abou Naim, a été visé (et blessé).

De son côté, dimanche, l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal (HAA)13a tapé (sic) les domiciles de Yahya Sinouar, un de chef du HAMAS à Gaza, et de son frère. Des sources sécuritaires palestiniennes ont confirmé la frappe, mais on ignore le sort de Sinouar.

Les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam, ont pour leur part continué de tirer en direction des villes israéliennes. Plus de 2.000 roquettes ont été lancées de l’enclave côtière depuis lundi soir. Mais, toutes tirées au sud d’Israël. Là, le déficit capacitaire du des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam semblerait se confirmer.

| Q. Le rôle dévolu à l’armée de l’Air israélienne face aux drones se confirme ?

Jacques Borde. Oui, pourquoi arrêter un équipe qui gagne ?

Le 13 mai 2021, l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal (HAA), rapporte Air & Cosmos « a abattu un drone suicide se dirigeant vers le territoire israélien et ce, en provenance de Gaza. La vidéo d’une durée de neuf secondes montre un drone de type Ababil 2 mais de taille réduite détruit par un missile air-air. Tsahal indiquant plus tard qu’un F-16 était à l’origine du tir. Cette interception réussie semble avoir eu lieu au-dessus de la mer et à très basse altitude en écoutant le GPWS (Ground Proximity Warning System) d’un appareil israélien présent. Le même jour, le Hamas révélait dans une vidéo de propagande soignée l’utilisation de drones Ababil-1 contre le territoire israélien ».

| Q. Un niveau défi pour Tsahal ?

Jacques Borde. Non pas vraiment. Comme l’écrit encore Air & Cosmos :

« L’utilisation de drones Iraniens n’est pas récente dans le conflit Israélo-Palestinien. En effet, dès 2004, Téhéran en passant par son allié libanais, le Hezbollah, aurait formé des cadres du HAMAS, un mouvement pourtant sunnite, à l’emploi de neuf drones Mohajer 4s, l’un d’entre eux ayant d’ailleurs pénétré avec succès l’espace aérien israélien la même année. Depuis, les ingénieurs du HAMAS ont également reçu puis adapté à leurs besoins les drones du type Ababil. Menace connue et identifiée, les drones Ababil et Mohajer font l’objet d’un suivi préventif et les lieux de stockage comme de production sont fréquemment ciblés »14.

| Q. On a parlé de drones sous-marins ?

Jacques Borde. Effectivement. Mais, à défaut de leur réalité qui semble avérée, j’ai beaucoup de doutes quant à leur efficacité réelle. Du côté du HAMAS, on avance leur utilisation contre les sites pétroliers et gaziers situés en haute mer ?

Quant aux drones plus classiques, je pense qu’une partie de la solution est de doter les plate-formes pétrolières et gazières, de système d’armes de type Phalanx ou Goalkeeper.

| Q. Phalanx, Goalkeeper, vous pouvez développer ?

Jacques Borde. No problemo.

Le Phalanx CIWS15 est un système de défense anti-missile anti-navire conçu et fabriqué par General Dynamics. Il est maintenant fabriqué par Raytheon. Il est utilisé depuis 1980 par l’US Navy sur la grande majorité des classes de navire de combat et est utilisée par les marines militaires de plus de vingt pays.

En 2020, la version en service Block 1B Baseline 2 (IB2) coûte 19,5 M$US l’unité a l’exportation.

Le Goalkeeper CIWS est un système de défense anti-missile anti-navire qui a été conçu et fabriqué par Signaal, aujourd’hui Thales. Plusieurs marines ont développé leur propre système : la Russie avec l’AK-630, l’Espagne avec le Meroka, le Royaume-Uni avec une version missile nommée SeaRAM, la Chine avec le Type 730 CIWS et la Turquie avec le Korkut-D.

Dernière ligne de défense à cause de leur portée réduite, les systèmes CIWS acquièrent leur cible grâce à leur radar puis le hachent menu, littéralement, avec une cadence d’environ 4.000 obus/minute. Les drones, trop lents, ont par définition peu de chances d’échapper à de tels dispositifs basés sur des pièces de type Gatling GAU-8/A Avenger de 30 mm.

| Q. Pourquoi les Occidentaux réagissent assez peu à la destruction de l’immeuble abritant des organes de presse çà Gaza ?

Jacques Borde. Parce que les Occidentaux que nous sommes – les Américains, plus précisément – ont fait strictement la même chose à Belgrade. S’offrant en sus, un immeuble diplomatique. Celui de l’ambassade de Chine.

Pour donner des leçons à autrui, encore faut-il avoir soi-même le c…l propre, non ?

Sur la frappe, le 15 avril 2010 qui a littéralement pulvérise la tour de 13 étages abritant les bureaux d‘Al-Jazira et d’Associated Press (AP), le Premier ministre israélien, Binyamin Bibi Nétanyahu16, a réaffirmé qu’il s’agissait là d’« une cible parfaitement légitime ».

Notes

1 Ou Gardien des murailles.
2 Ou Harakat ut-tahrîr il-falastîniyy, le mouvement fondé par Yasser Arafat au Koweït en 1959. Fatah est l’acronyme inversé de son nom complet : Mouvement de libération de la Palestine, les initiales en arabe faisant référence à la Sourate 48- Al Fath (La victoire éclatante).
3 Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
4 Ou Brigades Ezzedine Al-Qassam. Anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les combattants palestiniens.
5 Ou Institut Central de Renseignements & des Opérations Spéciales, Mossad signifiant l’Institut).
6 Ou Corps des Gardiens de la révolution islamique.
7 En fait le Merkava Mark IV4M Meil Ruach (ou Windbreaker, en anglais). Tous les Merkava servant en 1ère ligne sont des Merkava Mark IV4M.
8 Ou Léopard, mais aussi l’acronyme forme par NAgmash (APC, véhicule transport de troupes) et MERkava. Actuellement 120 en service, 531 le seront 2027. Vieille recette israélienne : le Namer est basé sur le châssis du Merkava.
9 Ou Police des frontières israélienne, parfois appelée Police en vert, à cause de la couleur des uniformes.
10 Ou Beit Rosh Ha’Memshala, la résidence officielle du Premier ministre.
11 Air & Cosmos
12 L’unité regroupant les porte-paroles de l’armée.
13 Ou Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
14 Air & Cosmos.
15 Ou Close-in weapon system, en française : Système d’arme rapproché.
16 Commence véritablement sa carrière politique en chapeautant le Yonathan Institute for the Study of Terrorism (portant le nom de son frère, le seul mort israélien du raid d’Entebbe) et qui avait pour but de sensibiliser l’opinion publique sur les questions de sécurité qui touchent Israël.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Opération Shomer Ha’Homot : RETEX N°7 [7]

| Israël / HAMAS | Géostratégie | Questions à Jacques Borde | Les combats qui …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer