Opération Shomer Ha’Homot : RETEX N°5 [5]

| Israël / HAMAS | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

Les combats qui opposent actuellement le HAMAS & le JIP à Tsahal sont-ils constitutifs de la 4ème Guerre de Gaza ? À voir. Ce qui est certain c’est que des deux côtés du Limes séparant les deux camps ont été, plus ou moins, exprimés des buts de guerre. Ont-ils étés atteints & par qui. 5ème RETour d’EXpérience (RETEX) autour de l’Opération Shomer Ha’Homot1.

« Obtenir un cessez le feu après avoir déclenché la guerre est donc fêté comme une victoire. Le véritable objectif était donc de contenir Israël et de le discréditer à l’échelle internationale. Dans quel but ? Améliorer le sort des populations de Gaza ? Que nenni ! La dictature du HAMAS ne vise qu’à se maintenir et à continuer à détourner les sommes allouées par l’UE. Non l’objectif est d’instituer le pôle pro-iranien comme champion des musulmans. Le message est clair. Les Arabes pactisent avec Israël, le cousin iranien avec ses roquettes devient l’ unique grand protecteur ».
Nicolas Pomiès.

« Nous avons été informés par les frères égyptiens qu’un accord avait été conclu pour un cessez-le-feu bilatéral et simultané dans la Bande de Gaza, à partir de 02h00 du matin (…). La résistance palestinienne respectera cet accord aussi longtemps que l’occupation le respectera ».
Bureau politique du HAMAS.

| Q. Donc, à Gaza, on fête le cessez-le feu comme une victoire ?

Jacques Borde. Ça n’est pas entièrement faux, tout en étant totalement exagéré. À l’évidence, le trio de tête du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)2, a les meilleures raisons du monde de se réjouir : il a échappé aux JDAM de l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal (HAA)3. Et les Gazaouis, qui n’y pouvaient guère, au rouleau compresseur hiérosolymitain4. L’ivresse populaire, en de telles conditions, se comprend aisément.

| Q. Et, côté israélien ?

Jacques Borde. Chose que personne, ou presque, ne relève, sans mettre les pieds à Gaza, et malgré le tir en salves de plus de 4.300 engins sol/sol, Jérusalem a obtenu l’arrêt de ces tirs, sans rien concéder à l’autre partie.

Et, au plan tactique, le fossé est, encore plus profond.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. N’en déplaise aux aficionados du HAMAS et du Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP)5, pour la première fois depuis 1948, Tsahal a atteint l’essentiel de ses buts de guerre sans combattre au sol. C’est le tout-aérien, ou plutôt le tout-aéroporté, et l’Heyl Tot’Hanim6, qui ont obtenu la décision.

Marquer des points sans quasiment combattre, ou plutôt rencontrer l’ennemi. Du Sun-Zu, ou presque. Et sans, non plus, encaisser de pertes significatives dans une guerre (sic) à douze (12) morts7, dont neuf (9) Israéliens et trois (3) travailleurs étrangers. Soit un ratio de 478 missiles par Israélien abattu.

À noter qu’alors parfaitement à portée de tir des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam8 et du JIP, aucune batterie de M109 Doher, les canons-automoteurs de Tsahal, n’a été touchée par des tirs adverses. Il y a bien eu, de la part du HAMAS, revendication de la destruction d’une batterie de Kipat Barzel9, au passage qualifié de « passoire Dôme de fer », à Nahal Oz, non loin de Beer-Sheva. Mais sans la moindre confirmation de source indépendante, sauf de media arabo-musulmans. Les mêmes qui inventaient (sic), il y a quelques jours, deux nouveaux avions de combat israéliens, confondant avions à hélice et F-16I Soufa

Sinon, soyons clair : entre Jérusalem et le HAMAS, rien n’est réglé.

Dans son éditorial du Wall Street Journal (WSJ), Walter Russell Mead n’a pas tort d’écrire que « la guerre de 100 ans entre Palestiniens et Israéliens n’est pas près de finir (…). On est à nouveau dans le déjà-vu au Moyen-Orient ».

Le reste, excusez-moi d’être aussi cru, c’est un peu de l’onanisme. Surtout qu’au-delà du discours sur l’autoproclamée victoire (sic) du HAMAS, le rapprochement entre Israël et les pays arabes – une géopolitique mise en place par le, alors, président Donald J. Teflon Trump, est-il important de le rappeler – n’est absolument pas remis en cause. Nos propres sources nous permettent d’affirmer que mettre sérieusement à mal ces Accords d’Abraham était bien un des buts de guerre du HAMAS. Sur ce point précis, l’échec est cuisant.

| Q. Et, le retour au premier plan du Caire ?

Jacques Borde. Là aussi, un pis-aller pour le HAMAS. Or, aux termes de l’accord, ce sont bien « deux délégations égyptiennes [qui] seront envoyées à Tel-Aviv et dans les Territoires palestiniens pour surveiller la mise en œuvre [du cessez-le-feu] et le processus pour maintenir des conditions stables de manière permanente », ont déclaré à l’AFP des sources diplomatiques cairotes.

| Q. Économiquement, un premier bilan ?

Jacques Borde. Dévastateur côté Gaza. Mais limité par rapport aux trois guerres de Gaza, vu qu’il n’y a pas eu de franchissement du Limes par les blindés de Tsahal et d’engagement au sol. Donc les ravages qui vont avec.

Côté israélien, le quasi-non-appel aux hommes et femmes passés dans la réserve (ou Sherut Milu’Im, moins de 8.000 réservistes rappelés en fait) a limité l’impact socio-économique de ce énième affrontement avec le HAMAS au pouvoir à Gaza.

À lire le quotidien économique Marker, cité par les media… iraniens, environ 30% des usines situées à proximité de la Bande de Gaza ont suspendu leurs activités (donc, 70% ne l’ont pas fait) « et 17% des usines, situées dans d’autres régions dont Tel-Aviv, ont été aussi fermées ».

Ce qui signifie que – selon des sources, considérées comme crédibles et sérieuses à Téhéran, histoire de dire… – 83% des entreprises israéliennes n’ont jamais interrompu leurs activités.

Par, ailleurs, nous rappellent encore des media iraniens, « 85 % du commerce israélien se fait par voie maritime ». Or, jamais l’activité des ports israéliens n’a été durablement affectée par les tirs du HAMAS. Et, étrangement, malgré leur taille, aucun navire à quai n’aurait été touché.

De même, restons dans le maritime, l‘Heyl Ha’Yam10 n’a fait état d’aucune perte. Ni le HAMAS ni le JIP n’ont été en mesure de renouveler l’exploit du Hezbollah, lors de la Guerre des 33 Jours, qui avait sévèrement mis à mal le Hanit.

| Q. Le Hanit, vous pouvez préciser ?

Jacques Borde. Oui. Le 14 juillet 2006, alors qu’il croise à une vingtaine de kilomètres au large de Beyrouth, le INS Hanit, une corvette de la classe Sa’ar V, est touché par un missile surface/surface, probablement un C-701 chinois (ou son homologue made in Iran Kowsar), tiré depuis la côte par le Hezbollah.

| Q. Le HAMAS affirme que Jérusalem a dû accepter de nombreuses concessions ?

Jacques Borde. Et Gabriel Gabi Ashkenazi11, l’actuel titulaire du Misrad Ha’Hutz12, dit strictement le contraire. Sur ce point, à souligner que, dans son discours au Conseil de sécurité de l’ONU, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Hassan Choukri, a estimé, à l’adresse de Jérusalem, que des « concessions » devaient « être faites ».

Alors, faites ? A faire ? Qui dit vrai dans cette partie de poker-menteur du grand jeu régional entre le HAMAS et Jérusalem ?

| Q. Tout le monde a l’air de se satisfaire de l’accord ?

Jacques Borde. Non, justement.

Au sujet du cessez-le-feu, le syndicat des travailleurs d‘Israel Electric Corporation (IEC)13 « a annoncé », rapporte Times of Israel, qu’il ne réparera pas les lignes électriques vers Gaza tant que le HAMAS « ne restituera pas les corps des soldats de Tsahal, Hadar Goldin et Oron Shaul, tous deux tués lors de la guerre de 2014, de même que le civil Avera Mengistu qui est entré dans Gaza de son propre chef ».

| Q. Et, du côté du JIP ?

Jacques Borde. Au Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP), on avalise le cessez-le feu, tout en avertissant que son respect est directement lié à la question de l’Esplanade des mosquées et, plus généralement, à Jérusalem. À rappeler, aussitôt, que le Jihâd al-Islami a, lui aussi, été très touché par les frappes aéroportées israéliennes.

Notes

1 Ou Gardien des murailles.
2 Ou Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
3 Ou armée de l’Air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
4 Du latin Hierosolymitanus.
5 Ou Jihâd islamique palestinien.
6 Ou artillerie israélienne.
7 Civils inclus.
8 Ou Brigades Ezzedine Al-Qassam, anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens, en français.
9 Ou Dôme de fer, Iron Dome, en anglais.
10 Ou plus exactement Tzva Hagana L’Yisrael Heyl Ha’Yam, soit Corps de la mer de Tsahal).
11 Qui fut le 19ème Ra’Mat’Kal (chef d’état-major de Tsahal).
12 Ou ministère israélien des Affaires étrangères.
13 Ou Compagnie israélienne d’électricité (IEC, חברת החשמל לישראל ), la principale entreprise d’électricité d’Israël. Détenue à 99,85% par l’État, IEC construit, entretient et fait fonctionner les stations de production ainsi que le réseau de distribution.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Opération Shomer Ha’Homot : RETEX N°7 [7]

| Israël / HAMAS | Géostratégie | Questions à Jacques Borde | Les combats qui …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer