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La Guerre des Tunnels ! Les Morts & les autres [1]

| Israël / Palestine | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

Contrairement à nombre de ceux qui me lisent, je n’ai jamais cru à l‘implication directe des Israéliens dans la Guerre de Syrie autrement que par le biais de frappes récurrentes liées à la montée en gamme du Hezbollah (en matière d’armement sol/sol, notamment) il s’entend. Parmi une foultitude de raisons celle, essentielle, faisant que Jérusalem conduit motu proprio ses propres guerre & opérations. Notamment en ce qui concerne les Tunnels d’attaques creusés par les factions islamiques palestiniennes. Petit RetEx sur cette guerre (asymétrique) dont pratiquement personne ne parle. Ou avec difficulté. Y compris en… Israël. 1ère partie.

| Q. D’abord, pourquoi parler de tunnels d’attaques ?

Jacques Borde. Je ne suis pas à l’origine de cette terminologie. Je la tiens du dirigeant du Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn1, Khaled al-Batach, qui l’utilise. Notamment lors de l’enterrement de l’un des membres du JIP tués lors de la destruction de ce énième tunnel qu’a fait sauter Tsahal pas plus tard que le 31 octobre 2017. L’autre appellation étant celle de tunnel de la liberté. Telle qu’elle apparaît dans les communiqués des Saraya al-Qods2.

Batach insistant sur le fait que l’attaque « sur le tunnel d’attaque » démoli par l’armée israélienne avait été construit pour kidnapper des soldats israéliens.

« L’objectif de ce tunnel était de kidnapper des soldats israéliens pour libérer des prisonniers [des prisons israéliennes] », a également affirmé Batach. Quelque soit le nom qu’on leur donne, la vocation militaire de ces tunnels ne fait pas de doute. Sinon je ne me permettrais pas ce genre de liberté.

| Q. Une opération importante ?

Jacques Borde. Plutôt. Au moins 12 membres du Jihâd al-Islami, dont deux de ses « commandants », selon les propres termes de l’armée israélienne, ont été tués du fait de l’explosion. Douze autres ont été blessés.

Militairement parlant – et dans la mesure où le Jihâd al-Islami lui-même revendique l’aspect hautement polémologique de ces tunnels – il s’agit là d’un succès militaire à porter au crédit de Tsahal. Surtout par la perte de deux commandants pour les Saraya al-Qods.

| Q. Les Palestiniens sont sous le choc ?

Jacques Borde. Oui. Mais pas seulement. En fait, du côté du Hamas et du Fatah, on a assez rapidement3 accusé Israël de tenter de faire échouer la réconciliation en cours entre les parties palestiniennes.

Ainsi, pour le Hamas il s’agit, en fait d’« une tentative désespérée de saboter les efforts de restauration de l’unité palestinienne et de maintenir l’état de division ».

Quant au porte-parole du Fatah et vice-président du Conseil révolutionnaire du parti, Fayez Abu Eita, il a prétendu que l’opération de Tsahal était une tentative de perturber les négociations en cours.

« Ce crime intervient dans un contexte de [confusion semée] et de tensions créées afin de faire échouer la réconciliation nationale palestinienne », a-t-il dit, dans un communiqué repris par l’agence Wafa.

| Q. Cela vous semble tenir la route comme accusation ?

Jacques Borde. Non assez peu, en fait.

La guerre des tunnels, qu’ils soient d’attaque ou non, est une donnée récurrente de la guerre asymétrique que se livrent, à partir de Gaza, Palestiniens et israéliens.

À son son sujet, je risquerai même le terme de guerre d’usure (ou d’attrition) entre les deux camps. Cette guerre est conduite directement par les militaires et les différents SR israéliens. Et je ne crois guère que le rapprochement inter-palestinien ait pu constituer un facteur quelconque dans cette guerre de l’ombre que se livrent les deux camps.

D’ailleurs, je rappellerai que le Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn n’est pas concerné par les retrouvailles géopolitiques en train de se formaliser entre le Dawlat Filastin4 de Mahmoud Selman Abbas5 et le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (Hamas).

À l’évidence, si les Israéliens avaient eu dans l’idée de faire capoter la lune de miel entre Ramallah et Gaza, ils auraient tapé directement le Hamas. Ce ne sont pas les cibles qui font défaut. Et, honnêtement, si cela avait été dans ses intentions, je ne pense pas que cela eut arrêté l’administration Nétanyahu. Je crois donc que les deux choses n’ont tout simplement aucun rapport.

| Q. On doit être satisfait, du côté de Jérusalem ?

Jacques Borde. Oui et non.

| Q. Comment ça non ?

Jacques Borde. Parce que l’affaire à provoqué une véritable pataquès à Jérusalem. Quelques heures après la destruction du tunnel, le porte-parole de Tsahal, le brigadier-général Ronen Manelis, s’exprimant sur le sujet, a affirmé que l’opération n’avait pour but que de détruire l’infrastructure souterraine, et ne visait « en aucun cas » à liquider des cadres du JIP.

Que n’avait-il pas dit ! Aussitôt, le ministre israélien de l’Éducation Naftali Bennett, montait sur ses grands chevaux accusant Tsahal de « s’excuser » pour des pertes infligées à l’ennemi.

« Il est interdit de s’excuser pour avoir anéanti des terroristes avec succès », s’offusquait Bennett. « Soyons clairs : ils étaient des terroristes impliqués dans la construction d’un tunnel d’attaque en territoire israélien duquel ils comptaient tuer des femmes et des enfants israéliens (…). Nous ne cherchons pas l’intensification. En tant que membre du cabinet qui travaille depuis l’opération Bordure protectrice à supprimer la menace des tunnels, j’ai accordé mon plein soutien aux actions de l’armée. L’objectif de Tsahal est de battre l’ennemi, et elle doit continuer à le faire ».

En fait, relevait un autre porte-parole de l’armée, la remarque de Manelis était une réponse à une question sur l’objectif initial de l’opération, qui n’était pas de tuer des cadres terroristes, mais de détruire l’infrastructure, « et cela a été extrêmement bien accompli », a-t-il dit. De ce fait, « Les propos [de Manelis] étaient responsables », a-t-il ajouté.

L’affaire aurait pu en rester là, si ce n’est que, piqué au vif, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Yvet Lieberman6, réagissait, lui, aux propos de Bennett sur Twitter, l’accusant de nuire à la sécurité d’Israël.

« Une remarque du porte-parole de Tsahal ne peut pas être utilisée pour une agression manifeste contre Tsahal et ses commandants. Des propos pareils nuisent grièvement à la sécurité d’Israël et de Tsahal », a estimé Lieberman. « Nous continuerons à agir avec détermination, force et responsabilité pour la sécurité des citoyens d’Israël ».

Indignation partagée par Elazar Stern, député du parti d’opposition Yesh Atid mais surtout ancien major-général de l’armée, qui, dans la foulée s’en prenait à l’ensemble des hommes politiques osant critiquer l’armée, estimant que « C’est une honte que des ministres du gouvernement, au lieu de soutenir Tsahal après une opération comme celle-ci, choisissent une fois encore de l’utiliser pour marquer des points politiques aux dépens de l’armée ».

Stern ajoutant qu’il soutenait pleinement l’armée, et qu’il était évident qu’il n’y avait pas eu d’excuse. « Le résultat de la réponse de Tsahal a été la mort de sept terroristes mais une nuit calme dans les communes bordant la Bande de Gaza – c’est un très bon résultat ».

| Q. Et le JIP va continuer à utiliser ces tunnels ?

Jacques Borde. Oui. C’est du moins ce qu’a fait savoir sa brancher armée, les Saraya al-Qods, dans un communiqué affirmant que « le bombardement criminel sioniste ayant visé le tunnel de liberté ne nous empêchera pas de poursuivre notre voie et de développer cette arme dissuasive, qui est un des clefs de la libération des détenus incarcérés dans les geôles palestiniens, dans un avenir proche inch’Allah… La voie du djihâd mène toujours à la victoire ou au martyre ».

En l’espèce plus au martyre qu’à la victoire.

Notes

1 Ou Jihâd islamique palestinien (JIP).
2 Ou branche armée du Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP, Jihad islamique palestinien).
3 Dès le 1er novembre 2017.
4 Ou État de Palestine, lorsque reconnu comme tel au plan international.
5 Aussi connu sous son nom de guerre d’Abou Mazen.
6 Pas si bourrin (sic) que le dépeignent ses détracteurs, parle quatre langues : l’hébreu, le russe, le roumain et l’anglais et est, depuis 1999, rédacteur en chef de la revue Yoman Yisraeli.

 

A Propos Jacques Borde

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