Opération Shomer Ha’Homot : RETEX N°11 [11]

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Les combats qui ont opposé le HAMAS & le JIP à Tsahal étaient-ils pour autant constitutifs de la 4ème Guerre de Gaza ? À voir. Ce qui est certain c’est que des deux côtés du Limes séparant les deux camps ont été, plus ou moins, exprimés des buts de guerre. Ont-ils étés atteints & par qui. 11ème RETour d’EXpérience (RETEX) autour de l’Opération Shomer Ha’Homot1.

« Je pense que nous verrons bientôt d’autres pays arabes rejoindre ce cercle de la paix qui s’agrandit ».
Binyamin Nétanyahu, à propos des Accords d’Abraham.

« Je présente mes félicitations à la Force aérospatiale du CGRI pour avoir utilisé les nouvelles technologies, en particulier les technologies spatiales et celles des drones, et notamment les nouveaux systèmes récemment dévoilés. La Force aérospatiale du CGRI est une force pionnière dans l’utilisation de nouvelles technologies dans le cadre de sa mission ; les nouvelles technologies, en particulier la présence dans l’espace, sont des facteurs déterminants dans les guerres futures ».
Major-général Yahya Rahim Safavi, conseiller militaire du Rahbar-é Enqelâb2 Khâmeneî.

« Le bilan des réalisations s’est soldé par un net avantage pour l’armée israélienne et le HAMAS, qui a commencé une guerre en tant que prétendu défenseur de Jérusalem et l’a terminée en tant que destructeur de Gaza ».
Aviv Kokhavi3, 22ème Rosh Ha’Mateh Ha’Klali4.

« Israël n’est pas prêt à revenir aux frontières de 1967 ».
Ephraïm Inbar, directeur du Jerusalem Institute for Strategy & Security.

| Q. Pensez-vous que le HAMAS a fait bouger les lignes ?

Jacques Borde. C’est bien ce dont ses dirigeants essaient de nous persuader avec leur narratif autour de la « victoire divine » remportée sur l’ennemi israélien.
À nous d’y croire ou pas.

L’intéressant, quant au fond, c’est que le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)5 se comporte peu ou prou comme les autres acteurs du grand jeu au Levant. Bien sûr oubliez ce que je vous dis si vous croyez encore que le représentant de l’hêgêmon thalassocratique étasunien, Colin L. Powell, disait la vérité lorsqu’il brandissait sa fiole magique aux Nations-unies. Les puissances, quelque soit leur taille, mentent comme des un symposium d’arracheurs de dents, c’est dans leur ADN. Plus joliment, on parle de géopolitique (sic). Mentir c’est un mode opératoire, comme le terrorisme, ça n’a pas de nature ou de couleur politique particulière.

| Q. Mais, pourquoi maintenant ?

Jacques Borde. Parce que, il y a huit mois de cela, le Premier ministre israélien, Binyamin Bibi6 Nétanyahu7, obtenait une série d’avancées géostratégiques de première importance.

Primo, en signant, à Washington qui plus est, les Accords d’Abraham avec les Émirats arabes unis (EAU) d’abord, instituant un échange d’ambassades et une coopération commerciale avec l’État hébreu. Signature qui allait faire tâche d’huile.

Secundo, décembre 2020, Nétanyahu réussissait à normaliser les relations de l’État hébreux avec le Maroc, « le pays le plus anciennement constitué du monde arabe »8, nous rappelait Renaud Girard du Figaro.

« Auparavant », continuait Renaud Girard, en mai 2018, Bibi Nétanyahu « avait obtenu des États-Unis qu’ils transfèrent leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. A la ville sainte des trois religions monothéistes, la Résolution 181 de l’ONU (sur le partage de la Palestine du mandat britannique) avait conféré un statut de corpus separatum sous supervision internationale (qui ne fut jamais appliqué, en raison de la guerre israélo-arabe de 1948, gagnée par le jeune État juif) »9.

Ce que Yahya Sinwar et Ismaël Haniyeh essaient, en fait, c’est de revenir au statu quo ante.
Sauf que, quoi qu’ils nous narrent, leur manœuvre n’a que peu fonctionné :

-les Accords d’Abraham sont toujours d’actualité.
-le Maroc grogne un peu. Mais guère plus, tant il est tributaire de soutiens internationaux – dont celui de Jérusalem et de ses nombreux alliés de facto (Ex-Europe de l’Est, Amérique Latine) sur la Question (dite) du Sahara Occidental.
-sur le statut de la Ville trois fois sainte, quoi qu’elle en dise, l’administration Biden-Harris va rester le c…l entre deux chaises.
-une victoire (sic) sans gains territoriaux, géostratégiques et quasiment pas de dégâts ou pertes chez l’appareil militaire adverse (1 soldat tué, 2 autres blessés) ça ne convainc que les convertis.
-point essentiel, souligné par le directeur du Jerusalem Institute for Strategy & Security, Ephraïm Inbar, « Israël n’est pas prêt à revenir aux frontières de 1967 », ce qui reste l’exigence majeure les Palestiniens pour les négociations à venir.
-jamais la rue arabe (sic) n’avait aussi peu manifesté depuis les places noires de monde des printemps arabes (sic).

| Q. Vos confrères d’Air & Cosmos, parlent à propos de ce qui vient de se passer entre Gaza et Jérusalem, de « Guerre de drones », vous partagez leur analyse  ?

Jacques Borde. Largement, oui. Deux point à préciser cependant :
-la Nirouy-é Havâfazây-é Sepâh-é Pâsdârân-é Enghelâb-é Eslâmi (NEHSA/AFAGIR)10 a présenté, le 21 mai 2021, son nouveau drone MALE11 dénommé Gaza. Le bestiau affiche une ressemblance certaine avec le drone chinois Wing Loong 2, assez répandu car « vendu au Pakistan, aux EAU, à l’Arabie Saoudite et àl’Égypte (…). Destiné aux missions de reconnaissance et d’attaque, il disposerait d’une boule EO/IR et sa liaison de données semble être assurée par un SATCOM passant par le satellite Nahid-1 ».
-doté « d’une autonomie de 35 heures pour une vitesse de croisière de 350 km/h et une portée opérationnelle de 2.000 km. Son point fort serait ses multiples points d’ancrages qui lui permettraient de transporter jusqu’à treize bombes guidées de fabrication locale ou jusqu’à 500 kg de capteurs (comme le Wing Loong)… En somme grâce à ce premier drone MALE, Téhéran affiche symboliquement son ambition d’attaquer Israël depuis son territoire ».

Un MALE en Iran, une réelle nouveauté.

| Q. Une vraie menace ?

Jacques Borde. Oui et non.

-oui, dans la mesure où, le 20 mai 2021, le Premier ministre israélien, Binyamin Bibi Nétanyahu12, a indiqué lors d’une conférence de presse que l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal (HAA), « avait abattu à la frontière jordanienne un drone iranien lancé ‘depuis la Syrie ou l’Irak’ ».
-non, car si, pour reprendre Air & Cosmos, « il est néanmoins confirmé que les drones ont de nouveau occupé une place centrale, comme ce fut le cas lors du conflit opposant l’Arménie à l’Azerbaïdjan » ; ce coup-ci, les performances des drones made in Iran n’ont pas été la hauteur de ce qu’ont accompli les Turcs avec leurs Bayraktar TB2 face aux Arméniens.

En fait, Tsahal a intercepté tous les drones – qu’il s’agisse d’UAV classiques ou de drones sous-marins – lancés par les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam13, sans compter ceux détruits au sol avant qu’ils ne puissent être déployés.

Quant aux engins sol/sol, mes précédentes estimations n’étaient pas trop mauvaises : j’estimais à près de 900 les engins n’ayant jamais atteint Israël. Le 29 mai 2021, des sources militaires israéliennes parlent de 680 engins sol/sol tombés dans la Bande de Gaza, et de 280 tombés en mer. Soit 960 au total.

À préciser, toutefois, que la menace balistique représentée par les engins sol/sol des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam, reste d’actualité, les SR hiérosolymitains affirmant n’avoir abattu que 10% du total. Vu qu’il n’y aucune précision sur les modèles abattus : du total de quoi, au juste ?.

| Q. Avec autant d’engins à leur disposition, doit-on s’attendre à une reprise des hostilités de la part du HAMAS ?

Jacques Borde. Dans ce registre tout est possible. Y compris que ces chiffres soient une opération de Déception de la part des SR israéliens. Je vous rappelle qu’il est admis que 4.300 engins (tous types confondus) ont été tirés sur Israël, mais que les Israéliens n’ont tiré que sur une partie d’entre eux…

Notons, cependant, que les Katā’ib, la branche armée du HAMAS, ont organisé, le 27 mai 2021, dans le sud de la Bande de Gaza, un défilé militaire. Sans aucune réaction israélienne. La deuxième du genre en une semaine après la fin des combats.

Plutôt un bon signe.

Notes

1 Ou Gardien des murailles.
2 Aussi appelé Rahbar-é Moazzam (guide suprême, pas une titulature officielle).
3 Considéré comme un faucon face à l’Iran notamment, jugeant inéluctable une « prochaine guerre » avec Téhéran. Le général Kokhavi est également opposé au Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA), signé à Vienne le 14 juillet 2015.
4 Ra’Mat’Kal, chef d’état-major israélien.
5 Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
6 Surnom donné, tant par ses adversaires que ses partisans, à Binyamin Nétanyahu, et peu apprécie par celui-ci, dit-on. Qui se consolera en se disant que feu le maître-espion, Rafaël Eitan Hanitman, plus connu sous le nom de Rafi Eitan, lors de son passage dans la Pal’Mach, suite à sa chute malencontreuse dans un trou d’égouts, reçut, à cette mémorable occasion, le surnom de Rafi, le puant. Surnom dont il ne réussira jamais à se défaire.
7 Commence véritablement sa carrière politique en chapeautant le Yonathan Institute for the Study of Terrorism (portant le nom de son frère, le seul mort israélien du raid d’Entebbe) et qui avait pour but de sensibiliser l’opinion publique sur les questions de sécurité qui touchent Israël.
8 Renaud Girard, Le Figaro (18 mai 2021).
9 Renaud Girard, Le Figaro (18 mai 2021).
10 Ou Force aérospatiale de l’armée des Gardiens de la révolution islamique.
11 Pour Medium Altitude Long Endurance.
12 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
13 Ou Brigades Ezzedine Al-Qassam, anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens, en français.

 

A Propos Jacques Borde

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