Tsahal & la Malédiction de l’Homme fort [2]

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Le 4ème choc frontal HAMAS & Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP) Vs Tsahal aura eu des conséquences géopolitiques & géostratégiques, pour certaines inattendues. À commencer par cette certitude, du côté du HAMAS & du JIP, qu’ils avaient obtenu, cette fois-ci, la victoire (en ne tuant qu’un seul combattant ennemi…). Autre surprise : jamais l’inamovible Premier ministre israélien Nétanyahu n’a été aussi près de la sortie. Là, serait bien (selon moi) le seul vrai revers de l’Opération Shomer Ha’Homot1. Mais, là encore pour combien de temps ? Partie 2.

« La plupart des manifestations qui ont eu lieu à la frontière avec la Palestine occupée étaient parrainées par le Hezbollah. Nous avons soutenu tous ceux qui ont sollicité notre aide pour manifester à la frontière ».
Cheikh Na’ïm Qâssem2, secrétaire général adjoint du Hezbollah.

| Q. Aucune mention du HAMAS, je note ?

Jacques Borde. Tout à fait.

Permettez-moi de noter aussi deux autres points juridiques, révélateurs de ce que pensent réellement les États arabes de leurs frères (sic) palestiniens :

Dans les mentions faites de ses entretiens diplomatiques, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Hassan Choukri, parle de l’Autorité palestinienne. Or,

1- la mention officielle devrait ad minimo être Autorité nationale palestinienne (ANP). Comme la plupart des chancelleries arabes, la Cairote gomme systématiquement (pas toujours en arabe) le terme nationale.
2- Mahmoud Selman Abbas, son chef, est généralement référencé et cité comme président de l’Autorité palestinienne, mais très rarement comme président de l’État de Palestine. Or, en 2015, sous sa présidence le statut d’État observateur non-membre de l’ONU a été reconnu à l’ANP.

Question simple et précise : Pourquoi Jérusalem (et le Misrad Ha’Hutz), toujours en état de guerre avec les parties palestiniennes, devraient leur accorder un statut international qui leur est nié par la majorité des États – et entités Ligue arabe3, OCI, etc. – arabo-musulmanes ?

| Q. Quel regard portez-vous sur Naftali Bennett ?

Jacques Borde. Je n’ai pas d’opinion particulière sur l’homme. Mais, Shir Hever, sur Middle East Eye, ne s’est pas privé de souligner certaines de ses contradictions. Parlant à son sujet « d’un homme embourbé dans ses contradictions internes, un homme qui tente de se montrer dur et belliqueux mais n’arrive pas à endosser ce rôle. Il dirige le mouvement des colons, mais vit lui-même à Ra’anana, du côté israélien de la Ligne verte. En tant que millionnaire et ancien responsable de start-up, c’est un dirigeant singulier pour le mouvement des colons ».

« À maintes reprises », qui plus est, Naftali Bennett « … a promis à ses électeurs de ne pas former de coalition avec les partis qualifiés de ‘gauche’, allant de Yesh Atid (le parti centriste de Lapid) au parti Meretz (dirigé par Nitzan Horowitz). Mais ces derniers jours, Bennett a rompu ses promesses de campagne et annoncé son intention de rejoindre la coalition de Lapid, qui comprend des personnalités de gauche et des citoyens palestiniens d’Israël, en échange de sa nomination au poste de Premier ministre ».

Là, à se demander si ça n’est davantage la malédiction de l’Homme pressé que celle de l’Homme fort qui guette Naftali Bennett au tournant.

| Q. On connaît les positions qu’affiche l’administration Biden-Harris sur le Proche et le Moyen-Orient, mais est-elle autant à la manœuvre qu’elle l’affirme ?

Jacques Borde. C’est tout le problème. Il n’est, en effet, pas certain que le US Secretary of State, Antony Tony Blinken, puisse avancer bien loin ses pions, sans voir une levée de bouclier l’accueillir dans les Chambres, où Jérusalem compte de nombreux amis.

Ainsi, le Sénateur du Texas, Rafael Edward Ted Cruz, a pris les devants, accusant le président des États-Unis, Joseph Joe Robinette Biden, Jr., d’avoir été « laxiste envers les ennemis d’Israël » et de les avoir incités à « plus de violence ».

Cruz, qui – à lire Times of Israel, « est l’un des quatre Républicains les plus influents en Israël » – a déclaré dans un entretien accordé à Associated Press (AP) que les « politiques du président démocrate », notamment l’appel lancé à Jérusalem pour qu’il mette fin aux combats, avaient « enhardi » les « dirigeants terroristes du HAMAS ».

Cruz ajoutant que les États-Unis « ne doivent aucune aide humanitaire aux Palestiniens tant que cet argent risque d’aller au HAMAS ». « Plus Joe Biden fera preuve de faiblesse envers le HAMAS, le Hezbollah ou l’Iran, plus vous verrez les attaques terroristes s’intensifier », a lancé Cruz après avoir visité une batterie de Kipat Barzel4.

À noter que les Républicains ont appris de leurs erreurs face aux Démocrates qui n’épargnaient rien à Donald J. Teflon Trump : ils font de même ! Et, les remarques de Cruz enterrent la pratique autrefois habituelle consistant à s’abstenir de parler de politique intérieure à l’étranger, en particulier du Commander-in-Chief en exercice. Pour peu que Biden mérité réellement ce titre.

| Q. Une aide financière américaine, n’est pas au menu ?

Jacques Borde. Si, tout à fait. l’Administration Biden-Harris va demander au Congrès de débloquer 75 M$US. Washington souhaite, en plus de cette aide destinée au développement économique, allouer 5,5 M$US d’aide urgente à la Bande de Gaza, et 32 M$US à l’Agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

Sauf que, de son côté, le Sénateur du Tennessee, William Francis Bill Hagerty IV5, qui accompagnait Cruz en Israël, a déjà attaqué la promesse de Biden de 360 M$US d’aide aux Palestiniens, y compris de l’argent pour aider à réparer les dommages de guerre à , Gaza, estimant que « Tout argent qui va à la Bande de Gaza et qui est destiné à l’infrastructure, peut être facilement détourné par le HAMAS ».

Joe Biden serait-il une autre victime de la Malédiction de l’Homme fort ?

À dire vrai, la seule chose qui fonctionne encore c’est l’aide financière à Gaza. Le Qatar (si je me trompe pas) ayant fait la promesse d’une aide de 500M$US.

| Q. A contrario, qui des Accords d’Abraham ?

Jacques Borde. Aucun rapport. Je n’ai jamais cru un seul instant que le rapprochement entre Jérusalem et plusieurs capitales arabes serait compromis par ce qui vient de se passer entre Israël et le HAMAS. Les fait viennent, encore une fois, de me donner raison :

Primo, aucun pays comptant une présence diplomatique en Israël – Égypte, Jordanie, Émirats arabes unis (EAU), Bahreïn, Maroc – n’a rappelé son représentant en signe de protestation.

Secundo, Israël et les Émirats arabes unis (EAU), a fait savoir le ministre israélien des Finances, Israël Katz, ont même signé, le 31 mai 2021, une convention fiscale visant à booster les investissements. Ce près de neuf mois après la signature de la normalisation des relations entre les deux pays. Un délai plutôt court, en plus.

Cet accord, qui vise à éviter les doubles impositions, permettra, notamment, de « développer des liens économiques entre les deux pays », a déclaré Katz sur Twitter en le qualifiant d’« historique ». Un accord qui « offrira la sécurité et les conditions favorables (nécessaires) aux activités commerciales ».

| Q. Surpris par cette signature ?

Jacques Borde. Non, absolument pas. Au cours de nos entretiens, je n’ai eu de cesse de vous dire que pour les régimes arabo-musulmans, les Palestiniens ont toujours été une variable d’ajustement de leur(s) géopolitique(s).

Abdel Bari Atwan, a beau rappeler qu’« au cours de la 2éme Intifada armée en 2001, plus de 90 entreprises de haute technologie ont fui Israël vers Londres et New York, l’industrie du tourisme d’Israël a presque complètement été dissoute », depuis, vingt ans sont passés et les Accord d’Abraham ont pris corps.

Qui plus est cette fois-ci, jamais les rues arabes n’ont été aussi peu au rendez-vous pour soutenir la cause palestinienne.

| Q. Pour vous, c’est lié au HAMAS ?

Jacques Borde. Même pas. Je ne pense pas. Ça a toujours été le cas.

Quant aux armées du Levant, n’oubliez pas que celle qui a tué le plus de Palestiniens au cours d’un seul et même conflit reste – l’épisode dit de Septembre Noir – l’armée jordanienne qui, le 12 septembre 1970, déclencha ses opérations contre les Fedayin de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)6 de Yasser Arafat, en vue de restaurer l’autorité du Palais sur le pays.

À rappeler qu’à cette occasion, l’Al-Quwat Al-Musallaha Al-Urduniyya (JAF)7, composée en partie de soldats… palestiniens, va subir très peu de défections, au désespoir des Fedayin.

Le nombre de victimes palestiniennes de ce mois de Septembre noir n’est pas connu avec exactitude. Les estimations oscillent entre 3.500 (sources jordaniennes) et 10.000 morts et plus de 110.000 blessés (sources palestiniennes).

Le 27 septembre 1970, le président égyptien, Gamal Abel Nasser, parvient à faire cesser les hostilités entre la Jordanie et l’OLP. Mais le roi Hussein8 reprendra le nettoyage de la Jordanie durant l’été 1971.

Les faits sont têtus, mais c’est comme ça.

[À suivre]

Notes

1 Ou Gardien des murailles.
2 Auteur de Hezbollah, la voie, l’expérience, l’avenir, Albouraq, 2008, 376 p. Ou Hizbullah. Al-Manhaj, al-Tajriba, al-Mustaqbal, dans sa version originale parue chez Dār al-Hādī, 2008.
3 Ou plutôt la, officiellement, Jāmiʻah ad-Duwal al-ʻArabīyah (Ligue des États arabes).
4 Ou Dôme de fer, Iron Dome, en anglais.
5 Qui était l’ambassadeur de Trump au Japon.
6 Ou Munadhamat al-Tahrir al-Filastiniyah, منظمة التحرير الفلسطينية, Palestine Liberation Organization (PLO).
7 Ou les Jordanian Armed Forces, القوات المسلحة الأردنية‎.
8 Pour l’état civil Ḥusayn ibn-Ṭalāl.

 

A Propos Jacques Borde

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