La (4ème) Guerre de Gaza n’a pas eu lieu ! [2]

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Historiquement quelque-chose d’inattendu vient de se produire. Alors que ni le HAMAS ni l’État hébreu ne semblaient prêts à remettre l’épée au fourreau, le HAMAS a opté, le premier, pour l’arrêt de sa campagne de tirs (baptisée Opération Seïf al-Qods1) &, par là, des hostilités. Face a la supériorité & la puissance du feu israélien, son primus inter pares à Gaza, Yahyia Sinwar, a préféré, à raison, jeter l’éponge avant que l’irréparable ne se produise & que n’éclate la 4ème Guerre de Gaza – au sens (classique) où l’on entend l’entrée de Tsahal dans la Bande de Gaza, bien sûr –. Guerre qu’il allait perdre comme les précédentes. Retour sur ces jours de choc & d’effroi, où, Des deux côtés, on aura su faire l’économie d’un choc frontal inutile. Reste à gérer l’après, sans Nétanyahu, semble-t-il… Partie 2.

« Que l’on aime Trump ou non, force est de constater qu’il y avait, avec lui, des avancées dans une résolution du conflit, car en coupant les aides au HAMAS, il le tenait en lisière. Bidon a fait l’énorme bêtise de renflouer les caisses de la terreur, avec de l’argent qui ne va jamais à la population, mais sert à deux choses : acheter des missiles pour tirer au hasard sur les villes israéliennes, et garnir la poche de ses membres. Au mètre carré, il doit y avoir autant de millionnaires (des milliardaires aussi) à Gaza qu’à Singapour ».
Jos Newmill.

« La Préfecture de police de Paris qui ferme tous les commerces de Barbès en prévision de la manifestation pro-palestinienne, pourtant interdite, qu’ils n’arriveront pas à empêcher ».
Kelly Betesh.

| Q. Sauf reprise du feu, cet épisode des chocs HAMAS/Tsahal, aura été, quant à la durée, au-delà de la Guerre des Six jours, mais sans guerre au sens traditionnel du terme. Vous êtes surpris ?

Jacques Borde. Assez, je l’avoue, mais rien de plus incertain que la guerre, vous savez. Toutefois, il n’était ni sûr ni évident que :

Primo, le ratio des pertes respectives permette au Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS) et au Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP)2 de tenir bien longtemps face à la puissance de feu dont dispose frontalement Tsahal. Ce d’autant que, curieusement, les unités d’artillerie l’Heyl Tot’Hanim positionnées en première ligne n’auraient subi aucun tir du HAMAS. Et, par là, n’ont subi aucune perte matérielle ou humaine. Curieuse victoire bénie (sic) tout de même, dans cette fausse vraie guerre (sic) au cours de laquelle les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam3 n’ont même pas tiré sur ceux qui leur tiraient dessus ! Ou, en tout cas, ne les ont jamais atteints.

Secundo, passer par la case 4ème Guerr de Gaza soit indispensable pour arriver à un arrêt des hostilités.

| Q. Mais Israël était prêt à franchir le Rubicon ?

Jacques Borde. Oui, sans guère de doute. S’exprimant sur le sujet, le lieutenant-colonel, Jonathan Conricus, porte-parole au Dover Tsahal (Dotz)4, déclarait que « Nous sommes prêts et nous continuons à nous préparer à différents scénarios » et l’invasion terrestre est bien « un des scénarios ».

| Q. Un vainqueur à cette guerre qui n’a pas eu lieu ?

Jacques Borde. Pour des tas de raisons, je ne m’exprimerais pas en ces termes :

1- la 4ème Guerre de Gaza n’étant justement pas eu lieu, en désigner le vainqueur, au sens classique du terme, est dialectiquement délicat.
2- techniquement, compte tenu de la masse de matériels engagés, de part et d’autre, comment nommer ce qui s’est passé : méga-guerre d’usure ? Choc asymétrique ? Prémisses d’une guerre ? Guerre éclair ?
3- Sinwar, Haniyeh et leurs petits camarades, peuvent dire ce qu’ils veulent, ce sont bien eux qui, au sens pugilistique, ont les premiers jeté le gant. Même en faisant beaucoup d’efforts, j’ai du mal à y voir la marque d’une quelconque victoire militaire.
4- au sens où Sun-Zu entend les choses de la guerre : avoir obtenu que l’adversaire renonce au combat et à ses buts de guerre, là, indubitablement le vainqueur est militiarement Tsahal qui n’a même pas eu à faire mouvement à Gaza – sauf pour du hit & run, ce qui est encore autre chose – et s’impliquer durablement en territoire ennemi pour atteindre (peu ou prou) les siens.

Le souci pour l’historien est que, alors qu’une guerre d’usure permanente oppose de toujours Gaza à Jérusalem, c’est bien l’entrée en force à Gaza par Tsahal et ses blindés qui fait qu’on parle à leur sujet de guerres de Gaza :

-2008-2009 : Oferet Yetsukah, ou Opération Plomb durci (nom tiré d’une chanson pour Hanoucca).
-2012 : ʿAmúd ʿAn’An, ou Opération Pilier de Défense, Colonne de nuées, ou Colonne de nuages.
-2014 : Mivtza’ Tzuk Eitan, littéralement Opération Roc inébranlable, on y fait plus généralement référence sous le nom de Opération Bordure protectrice.
Toutes, sans exception, ont été gagnées par Israël. Avec des pertes peu significatives polémologiquement parlant pour ses forces armées, qui plus est. Prétendre à la victoire – au sens classique du terme, je veux dire, pas expédier ses combattants au paradis – me semble fortement illusoire dans ces conditions. Du moins aux yeux des Occidentaux que nous sommes. Mais, nouveauté géostratégique, aux yeux du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)5 également.

| Q. Un échec pour le HAMAS, alors ?

Jacques Borde. Oui, mais pas tant que ça.

Je sais bien que ce que je vais dire va déplaire à tous ceux qui font les guerres du Levant devant leur ordi, de Paris, Londres ou Madrid, en affrontant l’ennemi jusqu’au dernier combattant (qui lui meurt pour de vrai) à leur disposition ; mais je pense que les directions politique et militaire du HAMAS ont eu raison, constatant la vacuité de leurs efforts, d’en rester là. D’autant que Yahya Sinwar6, a trouvé les mots pour habiller la chose. Son narratif, est, dialectiquement, fort bien bâti.

Démarrer une guerre est toujours facile, l’arrêter beaucoup moins. Je pense qu’une 4ème Guerre de Gaza de la teneur des précédentes – voyons, les moyens colossaux engagés en quelques jours – eût été encore plus létale et destructrice que les précédentes.

| Q. Pourtant le HAMAS a mis en œuvre beaucoup de moyens, en vain alors ?

Jacques Borde. Pas en vain, les blindés de l’Heyl Shirion7 sont restés du côté israélien de la ligne de front, ce qui dialectiquement, je le répète, a pu être présenté comme un succès. Des milliers de vies ont probablement été épargnées. C’est bien là l’essentiel, et non le maximalisme affiché par certains.

Quant aux moyens proprement dits, jamais les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam n’auront tiré autant de missiles, roquettes et obus de mortiers. Mais avec des résultats militaires peu à la hauteur de buts de guerre par ailleurs assez flous.

Le HAMAS a, de toute évidence, largement sous-estimé les capacités du réseau de défense anti-aérienne mobile israélien, articulé autour du Kipat Barzel8 (mais pas seulement) qui est arrivé à maturité et a, parfaitement, rempli son office.

Le résultat sur le terrain est que avec un ratio de plus de 400 engins sol/sol pour un Israélien tué ou blessé, le HAMAS, s’il a démontré ses capacités balistique, pavait aussi la voie de sa défaite militaire. Personne n’a jamais gagné une guerre en infligeant aussi peu de pertes à l’ennemi. Eh oui, les guerres se sont aussi des chiffres. À propos de la désastreuse Guerre du Viêt-Nam, quelqu’un parla d’un coût de 100 M$US par Victor-Charlie (ou Viêt-Cong) abattu. Qui dira que les Américains ont gagné cette guerre ?

Traditionnellement, les guerres dites populaires (sic) ou asymétriques se sont avec peu d’hommes et de moyens. Là le HAMAS a engagé énormément de moyens – qu’il lui en reste encore est une toute autre question – avec des résultats géostratégiques avoisinant le zéro.

| Q. Pas seulement, vous faites allusion à quoi ?

Jacques Borde. À des interceptions réussies de missiles tirés de la Bande de Gaza par des F-16 de l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal (HAA)9. Là, pas une immense nouveauté en matière d’aérien : les pilotes de la Royal Air Force (RAF) et des Forces aériennes françaises libres (FAFL) se livraient à peu près au même exercice avec les V110 tirés des côtes françaises.

[À suivre]

Notes

1 Ou Épée de Qods, Qods : nom arabe de Jérusalem.
2 Ou Jihâd islamique palestinien.
3 Ou Brigades Ezzedine Al-Qassam, anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens, en français.
4 L’unité regroupant les porte-paroles de l’armée.
5 Ou Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
6 Premier ministre de facto de la Bande de Gaza, en fonction depuis le 13 février 2017. Un des chefs des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam, né Yahya Ibrahim Hassan Sinwar dans le camp de réfugiés de Khan Yunès, en 1962, il est deuxième plus puissant personnage du HAMAS.
7 Arme blindée israélienne.
8 Ou Dôme de fer, Iron Dome, en anglais.
9 Ou armée de l’Air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
10 Ou Vergeltungswaffe (arme de représailles, en français), à la fois bombe volante et premier missile de croisière de l’histoire de la guerre aérienne.

A Propos Jacques Borde

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