La Politique française a besoin d’un séisme !

| France | Endkampf | Bertrand Soubelet |

Nouveau texte de fond du général de corps d’armée Bertrand Soubelet1. Comme toujours, nous vous le repostons in extenso. le débat entre Patriotes & honnêtes gens, en ces temps troublés est plus que nécessaire. Alors, bonne lecture à tous.

« Faire de la politique » …

Voilà une expression que j’entends depuis plus de 40 ans. Je la trouve creuse et dévoyée car elle est à la fois connotée et chargée de sous-entendus et de malentendus.

Beaucoup de Français éprouvent la même impression qui va parfois jusqu’au dégoût voire au mépris tant la désertion des partis politiques et des urnes se fait sentir dans notre pays.

Le taux de participation catastrophique aux scrutins des régionales et des départementales confirme hélas ce constat qui est à la fois compréhensible et inquiétant.

Compréhensible en raison du comportement de ceux qui sont censés assurer la conduite des affaires publiques. Ce comportement erratique depuis des années correspond peu ou prou à l’affaiblissement puis la quasi-disparition des philosophies politiques traditionnelles. Elles avaient beaucoup de défauts mais étaient cohérentes et surtout incarnées.

Depuis, hormis les élus locaux qui sont dans une logique de service et d’engagement, les responsables politiques sont davantage dans une démarche existentielle de survie personnelle et de partis plutôt que dans la défense d’un projet de société.

Les considérations politiciennes et électoralistes ont peu à peu effacé l’essence même de l’engagement politique, c’est à dire avoir une vision, demeurer constant sur les objectifs et les principes sans renoncer à la capacité d’adaptation aux circonstances avec comme fil directeur la défense des intérêts de la majorité des Français.

Bien sûr les politiciens s’en défendent avec des professions de foi et des incantations qui peinent à masquer la réalité. Calculs, manœuvres et discours visant à obtenir ou conserver les mandats électifs dans une stratégie souvent plus personnelle que dévouée à la collectivité sont devenus le moteur de la vie publique et les élections régionales nous ont donné des exemples d’alliances et de fusions que les Français analysent comme de la “tambouille” d’arrière-cuisine.

Le rejet de la politique et de la plupart de ses représentants est donc compréhensible tant l’image donnée et les résultats pour notre pays sont alarmants mais il est surtout inquiétant car le fossé entre la vie politique et la vie quotidienne des Français s’aggrave de jour en jour.

Ayant consacré 40 ans de ma vie à notre pays, agissant au cœur de la société en lien permanent avec les élus locaux, j’affirme que la politique ça n’est pas cela.

Il est temps de sortir de ces pratiques archaïques.

Pour cette raison il est impératif de mettre en place un statut de l’élu qui permettra au plus grand nombre de participer à la conduite des affaires publiques pour un temps et de pouvoir revenir à des activités professionnelles avec des garanties surtout pour les indépendants, les salariés ou les cadres du privé dont la vie publique a tant besoin. Leurs qualités permettraient d’apporter une vraie vision et une expertise avérée au débat public. Or ils refusent l’obstacle au double motif légitime de la question de “l’après mandat” quand on a mis son activité professionnelle entre parenthèses et du marigot dans lequel ils savent qu’ils vont évoluer.

La vérité est que le monde politique a un étrange sentiment de propriété sur les fonctions électives à partir du niveau du département et tous ceux qui ne sont pas issus du sérail ou des partis politiques sont jugés comme des intrus et des perturbateurs sans légitimité. La réaction du microcosme politique à la première lettre des généraux en est la parfaite illustration.

C’est précisément ce schéma qui met la France en difficulté depuis bien longtemps et qui décourage les bonnes volontés issues de ce que l’on a coutume d’appeler la société civile.

La politique ne peut plus être un métier.

La politique n’est pas une chasse gardée et ceux qui défendent cette conception minent notre démocratie.

En réalité la politique ne peut plus être un métier pour la vie et ça ne devrait jamais être ce que nous constatons tous les jours : afficher des programmes et des promesses intenables, exister à travers la communication et non pas l’action, “faire barrage” à tel ou tel candidat ou parti, privilégier les petits arrangements entre amis pour conserver un ou plusieurs mandats et se servir de la France pour satisfaire ses ambitions personnelles tout en n’écoutant les aspirations des Français qu’au moment des élections.

Faire de la politique c’est défendre des idées, une vision, un projet de société, donner le cap et la méthode pour parvenir aux objectifs.

Faire de la politique c’est choisir un chemin difficile qui exige sens du devoir, de l’écoute, exemplarité et cohérence permanente entre les paroles et les actes.

Faire de la politique c’est toujours prendre le temps du recul et réfléchir aux causes des événements pour corriger les défauts.

Faire de la politique c’est mettre toute son âme au service de la France et son énergie au profit de tous les Français.

Rien de tout cela n’existe en dehors des discours ce qui explique la disparition de la confiance du peuple à l’égard de la caste politique.

Nelson Mandela résumait cette situation en ces termes :
« Les dirigeants se divisent en deux catégories. Ceux qui sont versatiles, dont on ne peut pas prédire les actions, qui sont d’accord un jour sur un sujet et qui se désavouent le lendemain et ceux qui sont constants, qui ont le sens de l’honneur et une vision ».

À l’instar de Nelson Mandela je suis convaincu qu’il existe une autre voie pour conduire les affaires publiques en dehors du partisanisme et des manœuvres politiciennes qui ignorent la primauté absolue du bien commun.

Le pouvoir n’est pas une fin en soi c’est seulement le moyen de gouverner au bénéfice des Français.

C’est donc une révolution culturelle, un changement de paradigme, un séisme dans le fonctionnement politique dont la France a besoin.

Les femmes et les hommes expérimentés qui choisiront ce chemin dans les temps qui viennent bénéficieront de la confiance des Français et avec eux ils pourront construire l’avenir en pratiquant une nouvelle gouvernance fondée sur le courage, l’audace, la cohérence et la sincérité.

Ces femmes et ces hommes sont là et ils se préparent.

Vous retrouverez cette tribune dans Fildmedia.

Notes

1 Ex-numéro 3 de la Gendarmerie nationale. Ancien directeur des Opérations & de l’emploi à la Direction générale de la Gendarmerie nationale. Le 18 décembre 2013, le général Soubelet est auditionné à l’Assemblée nationale par la Mission parlementaire d’information de lutte contre l’insécurité. il y souligne les difficultés rencontrées au quotidien par la gendarmerie dans sa lutte contre la délinquance : « six mille emplois supprimés, une procédure trop complexe, une justice sans moyens, des délinquants dans la nature malgré l’engagement des gendarmes et des magistrats, des coupables mieux considérés que les victimes ». Il publie Tout ce qu’il ne faut pas dire le 24 mars 2016 et se livre à une expression publique inédite pour un haut-gradé en exercice de la Gendarmerie nationale. Sa publication a lancé le débat sur la liberté d’expression des militaires et le devoir de réserve d’un fonctionnaire.

A Propos Jacques Borde

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