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Terreur takfirî : Rigueur des uns, Défausse des autres

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Décidément, rien n’y fait. Dès qu’il s’agit de porter le fer contre la terreur takfirî ou ses représentants, deux camps se dessinent : 1- ceux qui combattent résolument le mal ; 2- ceux qui se défaussent à qui mieux mieux. Dernier héraut de la défausse tout-terrain face à DA’ECH & ses sbires de l’horreur : l’apparatchik du CICR, Patrick Hamilton. Une étrange de manière à renouer avec les heures les plus sombres de son histoire de la part d’une entité controversée connue (hélas) pour son manque chronique d’efficacité. Voir Haïti récemment…

| Q. Vous avez vu que les États-Unis avaient encore resserré leurs conditions d’accès sur le territoire ?

Jacques Borde. Oui. C’est assez révélateur. Entre ceux qui ne font rien ou pas grand-chose. Et ceux qui agissent…

| Q. Et ça touche qui ?

Jacques Borde. Comme l’a rappelé la note du US Department of Homeland Security (DHS)1, ces nouvelles mesures vont toucher quotidiennement 325.000 passagers, embarquant sur les 2.100 vols de 180 compagnies opérant à partir 280 aéroports dans le monde.

En fait, l’administration Trump tient, par ce biais, un de ses engagements de fond de la campagne électorale : protéger les Américains de la terreur takfirî.

À ce jour, note Air & Cosmos sur son site, « Lufthansa, Emirates, Air France et Norwegian ont confirmé à l’AFP que les autorités américaines leur avaient demandé d’opérer un contrôle plus strict des passagers à destination des aéroports du pays »2.

Rien qui puisse nous surprendre d’ailleurs, ce renforcement fait suite à la note qui avait été émise le 28 juin 2017 par le patron du Homeland Security3. le général John Francis Kelly4, « qui avait enjoint les compagnies aériennes internationales de renforcer le contrôle des passagers et des appareils électroniques, d’accroître les contrôles autour des avions et dans les zones d’embarquement, et de déployer de renforcer les brigades canines »5.

Kelly avait aussi « incité les compagnies à développer des postes avancés de contrôle (pre-clearance) »6.

| Q. Et ça a eu de l’effet ?

Jacques Borde. Oui. Sans attendre. Emirates a ainsi annoncé que ses passagers seraient soumis à « des entretiens aux comptoirs d’enregistrement »7. Idem pour Air France. « En plus du contrôle des appareils électroniques déjà en place, les voyageurs à destination des États-Unis pourraient également être soumis à de courts entretiens à l’enregistrement, lors de la vérification de documents ou aux portes d’embarquement »8, a annoncé de son côté Lufthansa.

| Q. Mais pourquoi des compagnies européennes ?

Jacques Borde. (Rire) Mais, pardi, parce ce que nos pays – du point de vue de la sécurité intérieure US, qui est le souci du DHS – sont de véritables passoires. Notamment, en raison des flux migratoires que nous autres vieux Européens sommes incapables de contrôler. Je vous rappelle à ce sujet que :

1- Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)9 a dit et répété utiliser les dits flux pour expédier ses combattants du califat sur les fronts du djihâd occidentaux.
2- l’administration Trump, contrairement aux nôtres, a pris très au sérieux ces revendication.

Donc, si nous sommes naïfs, laxistes et insuffisamment réactifs dans ces domaines, ça n’est pas le cas des Américains. Ou pour le moins, dans des proportions différentes des Européens que nous sommes

| Q. Autre sujet :comment réagissez-vous aux attaques du CICR contre ceux qui ont à l’égard des djihâdistes un discours « déshumanisé » ?

Jacques Borde. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), instance connue pour son manque de crédibilité et de sérieux, mérite notre plus profond mépris. Propos qui, en fait, visaient surtout la France…

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. Sans parler du discours tenu par le chef de l’État à partir de ne notre point d’encrage émirati, il ne vous aura pas échappé que c’est quelques jours après que notre ministre des Armées, Florence Parly, ait appelé à « neutraliser un maximum de djihâdistes », propos auxquels je souscris évidemment sans réserve, que le directeur régional adjoint pour le Proche & le Moyen Orient du CICR, Patrick Hamilton, a jugé approprié de condamner un « discours public, y compris de la part d’États, sur la nécessité, ou au moins le désir, d’anéantir ces ennemis qui sont encore debout (…). Nous appelons ces différents acteurs à procéder à une désescalade de leur langage et à commencer plutôt à tenir un discours plus respectueux de l’humanité que nous tous partageons »

Ces propos fantaisistes méritent qu’on y revienne et qu’on les condamne avec la plus vive énergie.

| Q. Que reprochez-vous au juste au CICR ?

Jacques Borde. Plusieurs choses :

1- de s’occuper de ce qui ne le regarde pas : les grandes compagnies de la terreur takfirî sont une bande d’assassins. Rien de plus et surtout rien qui mérite de s’engager ainsi pour eux.
2- je note que par son babil insane le sieur Hamilton choisit là – objectivement comme disent les marxistes – son camp dans la guerre contre la terreur takfirî.

Mais, faut-il s’en surprendre. Car comment ne pas souligner que par ses propos, la Croix Rouge nous rappelle de bien mauvais souvenirs…

| Q. Lesquels ?

Jacques Borde. Le comportement qui fut le sien vis-à-vis du IIIe Reich et du nazisme. En clair :

1- son silence sur ce qui se passait vis-à-vis du drame des Juifs européens.
2- son aide aux criminels de guerre nazis après 1945. Que rien n’explique, car, à ce moment-là, rien ne justifiait qu’on prit ainsi des gants avec les caciques de l’hitlérisme en fuite. Sauf à y espérer un certain rendement financier (sic) !

| Q. Mais la Croix Rouge s’est défendu de ces accusations ?

Jacques Borde. (Éclat de rire) Bien sûr. En ajoutant le mensonge à l’infamie. Car, étonnamment, la Croix Rouge n’aida pas que des seconds couteaux à prendre la tangente. On note parmi les bénéficiaires de son entregent des noms comme Adolf Eichmann ou Josef Mengele. Certaines sources parlant de Martin Borman.

| Q. On est sûr de ça ?

Jacques Borde. C’est, en tout cas, le sujet du livre de l’historien autrichien Gerald Steinacher, Hakenkreuz und Rotes Kreuz. Eine humanitäre Organisation zwischen Holocaust und Flüchtlingsproblematik10.

Or que nous démontre Steinacher ?

1- que l’aide de la Croix Rouge ne fut pas minimaliste mais, au contraire, une entreprise à vaste échelle : Steinacher chiffre à « plusieurs dizaines de milliers » le nombre de criminels nazis qui ont pu échapper aux Alliés grâce à l’entremise de la Croix Rouge.
2- que l’aide de la Croix Rouge fut bien politique et délibérée. Et non pas due à de quelconque considérations humanitaires ou humanistes. L’excuse à deux balles de la Croix Rouge pour nous vendre sa salade, à chaque fois qu’elle est mise en cause pour ses agissements…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Tout simplement ceci : le président de la Croix Rouge, Carl Jakob Burckhardt, était un anti-communiste notoire. Il s’est donc efforcé de faire échapper le plus grand nombre de criminels de guerre hors la zone d’influence soviétique.

Noter la concordance des prétextes, comme pour DA’ECH aujourd’hui : faire échapper les pires salauds à une mort quasi certaine.

Et, à partir de 1947, avec l’éclatement de la Guerre froide entre les anciens alliés cette kollaboration post-conflit va encore s’accentuer. Voir le recours par les États-Unis à d’anciens responsables du SD comme Klaus Barbie ou par l’Allemagne fédérale de l’ex-chef du Fremde Heere Ost (FHO)11, le lieutenant-général Reinhard Gehlen, pour diriger le Gehlen apparat12 puis le Bundesnachrichtendienst (BND)13.

Pourquoi vous parler de la CIA ? Parce qu’au fond, le comportement de la Croix Rouge ne fut pas bien différent de celui de la centrale de Renseignements US.

| Q. Mais la Croix Rouge n’a pas cherché à se justifier ?

Jacques Borde. Si. Mais avec des arguments assez minables.

Interrogé par l’AFP, au moment de la sortie du livre de Gerald Steinacher, le CICR, a benoîtement déploré « que des personnes demandent des documents de voyage sous de fausses identités et avec des papiers délivrés par d’autres autorités, abusant ainsi du but humanitaire » (sic) de l’organisation.

Le CICR allant jusqu’à prétendre que « l’immense majorité des documents de voyage délivrés par la Croix Rouge correspondent à ses objectifs humanitaires », notamment au « retour de réfugiés, de personnes déplacées ou d’apatrides dans leur pays d’origine ou de résidence, ou bien encore vers un pays de leur choix disposé à les recevoir ».

Bon, des esprits chagrins trouveront probablement que le Bade-Vurtemberg, c’est un peu loin de l’Uruguay…

Pour finir sur ce point, comme l’a noté Gerald Steinacher dans son ouvrage, « une majorité, surtout les femmes, s’était prononcée pour un appel dénonçant les crimes nazis, la direction s’était finalement ralliée à la position de Carl Jakob Burckhardt ».

Comme dit le proverbe chinois, le poisson pourrit toujours par la tête

Notes

1 Créé officiellement le 27 novembre 2002 par le Homeland Security Act (Loi sur la sécurité intérieure) à l’initiative du président George W. Bush, en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. Son objectif est d’organiser et d’assurer la sécurité intérieure du pays. Il regroupe 22 agences fédérales liées à la sécurité du pays, notamment la US Coast Guard, le Secret Service, la Federal Emergency Management Agency (FEMA, Agence fédérale des situations d’urgence), la Transportation Security Administration (TSA, Administration de sécurité du transport, le US Customs & Border Protection (CBP, à la fois les douanes & les gardes-frontières)…
2 Air & Cosmos .
4 Ancien patron du US Southern Command (USSOUTHCOM). Soit le 3ème général à intégrer l’administration Trump. Lui aussi, un technicien à un poste où il aura, de toute façon, des comptes à rendre à Trump.
5 Air & Cosmos .
6 Air & Cosmos .
7 Air & Cosmos.
8 Air & Cosmos.
9 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
10 Croix gammée & Croix Rouge. Une organisation humanitaire entre l’Holocauste & la problématique des réfugiés, Gerald Steinacher, Studienverlag, Innsbruck, 212 pages, 24,90 €, ISBN 978-3-7065-4762-8.
11 Branche Renseignement pour le Front de l’est de l’Oberkommando des Heeres (OKH, le haut état-major des armées).
12 Bizarrerie de la Guerre froide, le Gehlen apparat ou Organisation Gehlen apparat était une entité non-étatique servant de contractor dirait-on aujourd’hui aux SR américains. Ce en toute illégalité et avec une grande efficacité.
13 Services de Renseignement de la République fédérale d’Allemagne.

 

A Propos Jacques Borde

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