Des Loitering Ammos de l’un aux drones-kamikaze de l’autre !

| Tsahal / HAMAS | Défense | Jacques Borde |

Petit RETEX sur les combats – & l’autoproclamée victoire divine (sic) supposée aller avec – qui ont opposé, au Limes de Gaza, Tsahal au HAMAS & à ses petits camarades du JIP. Du nouveau ? & bien justement, non !

| Q. Avec le recul, vous portez toujours le même regard sur les combats HAMAS/Tsahal et sur la victoire divine revendiquée par le HAMAS ?

Jacques Borde. Par le Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)1, mais également, quoi que de manière un peu moins tapageuses, par le Harakat al-Jihâd al-Islami fi Filastīn (JIP)2, je vous rappelle.

Non, sur le fond, je n’ai pas changé d’avis.

Le dogme de la victoire divine n’a rien de stratégique ou même de géostratégique, c’est de la com militarisée. De la Psy Op. Assez bien faite, je vous l’accorde, mais que de la com, en fin de compte.

C’est de bonne guerre et compréhensible. Ce qui l’est moins c’est qu’autant de media et de proclamés spécialistes aient pu tomber dans le panneau.

Prenons un exemple.

Quelques loustics – à l’évidence plus lecteurs de Pif Gadget que de Gaston Bouthoul et de son Traité de Polémologie, Sociologie des guerres3 –, adoptant de manière pavlovienne le narratif du HAMAS, se sont (abusivement mais bien réellement) gargarisés des termes de « drones suicide » et « drones kamikaze », comme s’il s’agissait d’une innovation dans la manière de se faire la guerre.

Or, désolé, nada, niente, nope !

Ce dont il appert de parler, plus classiquement, c’est de « munitions maraudeuses ».  De ces Loitering munitions dont Israël s’est fait la spécialité, depuis au moins une bonne dizaine d’années.

Certes, le HAMAS a, à peine, commencé à les utiliser. Assez peu et surtout assez mal. Désolé, où est l’exploit militaire ?

| Q. « Assez peu et surtout assez mal ». Vous pouvez préciser ?

Jacques Borde. Oui, ces Loitering munitions ont fait très, très peu de dégâts. Et ont été assez chichement utilisées.

Donc, soit :

-le HAMAS en avait peu. Possible. Et il a tenu à marquer le coup. Ce qui semble assez bien cadrer avec le caractère et le savoir-faire de Yahya Sinwar4, qui était l’homme aux commandes de ce énième choc HAMAS/Israël.
-soit elles ont été mal utilisées, ce qui est, aussi, du domaine du possible.
-dernière hypothèse, c’est là le travail des Renseignements militaires, Tsahal savait qu’elles figuraient dans l’arsenal de son adversaire. Et a su réagir et traiter la menace.

| Q. Vous doutez de leur efficacité ?

Jacques Borde. D’une manière générale, non.

La toute dernière Guerre du Haut-Karabakh a, au contraire, démontré leur redoutable efficacité. Les Azéris en auraient mis en œuvre autour de 250 et ce sont bien eux qui l’ont emporté !

Évidemment, on comprendra sans doute mieux, le peu de succès du HAMAS avec ses « munitions maraudeuses », si l’on garde à l’esprit, qu’une partie de celles qui ont servi au Haut-Karabakh étaient fournies par… Israël. Qui, de ce fait connaît plutôt les bestioles.

| Q. Et celles du HAMAS ?

Jacques Borde. Du made in Iran, qui, de toujours, se sert de la Bande de Gaza pour tester ses produits.

Mais, la munition maraudeuse, ça reste de la munitions maraudeuse.

Donc il n’est pas, non plus, établi, que les Israéliens aient eu précisément accès aux munitions maraudeuses servies et tirées par les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam5.

Mais, en règle générale, quand les Israéliens, qui préparent et font la guerre avec beaucoup de sérieux, sortent un produit, ils ont, la plupart du temps, sous le coude la réponse à ce produit. Donc, ayant au catalogue un panel de munitions maraudeuses, IWI a, aussi, de quoi les réduire au silence. C’est aussi simple que ça.

| Q. Donc pas si innovant que ça ce choc HAMAS/Israël ?

Jacques Borde. Effectivement. Mais, la plupart du temps, les conflits se font avec des matériels anciens. Et éprouvés. La part de l’innovation, ça plaît, certes, au media, mais ça reste souvent très aléatoire.

Mais, ça peut aussi très bien se passer. Le recours aux Loitering munitions – qu’elles aient été turques ou israéliennes, c’est du pareil aux même – est bien le facteur déterminant de cette Guerre du Haut-Karabakh.

Mais ça n’est pas toujours le cas.

| Q. Vous avez des exemples contraires ?

Jacques Borde. Je vais vous dire autre chose, en fait.

Beaucoup d’auteurs ont présenté la Bataille de Koursk, comme la victoire du robuste T-34 russe face aux Panther et Tigre allemands.

C’est faux et vrai à la fois.

Les Panther, très peu nombreux, n’ont pas permis d’obtenir la rupture face aux masses de T-34 (et KV1 et quelques autres). Mais encore à Koursk, le principal char de combat, côté Axe, était le Pz-IV6. Qui, déjà, avait pris part à la Bataille de France, en 1940.

Au Liban, le Hezbollah a étrillé des Achzarit7, des NagmaSho’t8, mais aussi des Merkava avec d’antiques Sagger9 tirés, pour ainsi dire, en essaim.

Innover ne vaut pas forcément dire, sortir du neuf. C’est aussi savoir utiliser efficacement ce dont on dispose.

Notes

1 Ou Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
2 Ou Jihâd islamique palestinien.
3 Chez Payot, 1991, ISBN 262286883626X.
4 Premier ministre de facto de la Bande de Gaza, en fonction depuis le 13 février 2017. Un des chefs des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam, né Yahya Ibrahim Hassan Sinwar dans le camp de réfugiés de Khan Yunès, en 1962, il est deuxième plus puissant personnage du HAMAS.
5 Ou Brigades Ezzedine Al-Qassam, anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens, en français.
6 Ou SdKfz 161 Panzerkampfwagen IV, PzKpfW IV, ou Panzer IV. Le PzKpfW IV fut le char le plus utilisé par la Panzerwaffe avec 9.000 exemplaires produits. Son châssis fut utilisé pour plusieurs véhicules spéciaux et chasseurs de chars.
7 Transport de troupes, basé sur le T-54/T-55 russe.
8 Transport de troupes, basé sur le Centurion britannique.
9 Ou 9M14 Malyutka (petit bébé, en russe), missile antichar soviétique filoguidé. Il est désigné en Occident sous le code OTAN AT-3 Sagger. C’est historiquement le premier missile antichar soviétique, et probablement le missile antichar guidé le plus largement produit de tous les temps, la production soviétique atteignant les 25.000 unités par an dans les années 1960 et 1970.

 

A Propos Jacques Borde

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