De quoi l’Affaire Pegasus est-elle le révélateur ? [2]

| Géostratégie & Renseignements | Questions à Jacques Borde |

Ah, l’été et sa période de bas étiage médiatique qui navre les rédactions. La (vraie-fausse) pandémie covidique & les aléas du Pass sanitaire, n’y auront pas changé grand-chose : on manque cruellement de matière première pour retenir l’attention du chaland médiatique. Du coup, est apparue, comme par enchantement, l‘Affaire Pegasus, alea sublimement jamesbondesque & hi-tec à la fois. Idéal, en tout cas, pour mobiliser l’attention : espionnage, violations de droits de l’Homme, une guerre [Turquie+Azerbaidan Vs Arménie(s)] & un cadavre [Jamal Khashoggi] ressorti du placard. Avec, cerise sur le Strüdel, une société israélienne, NSO Group, dans le rôle du méchant (sic). Que du bonheur ! Médiatique, il s’entend… Partie 2.

« Imaginons la même communication au sujet d’un terroriste islamiste afghan qui tuerait des gens avec un couteau Laguiole : ‘des gens tués par une entreprise de l’Aubrac dirigée par un français avec la complicité du conseil régional d’Occitanie’. Mélenchon est un antisémite viscéral qui, pour être conforme a son idéologie doit occulter la vérité et faire porter le chapeau à son bouc émissaire préféré. C’est le sommet de la perversion. Pour info, LFI aurait été espionné sur les réseaux sociaux par le gouvernement marocain qui a utilisé un logiciel israélien. Mais cela correspond bien à la doctrine déresponsabilisatrice de la gauche française. L’attentat de Nice c’est le fait du fabricant du camion à ce tarif là ».
Fabrice Haccoun:

| Q. La police israélienne a débarqué chez NSO Group

Jacques Borde. Oui, tout ça fait. Ça s’appelle une… perquisition ! N’étant pas un spécialiste du droit hiérosolymitain1, je n’ai pas de texte précis à vous citer, mais ça relève, évidemment, de la procédure en cours visant NSO Group. Interrogé par la MIT Technology Review, le pdg de NSO Group, Shalev Hulio, a d’ailleurs confirmé les faits :

« C’est vrai. Je crois que c’est très bien qu’ils [les autorité compétentes, NdlR] vérifient, bo, puisque nous connaissons la vérité et que nous savons que la liste n’a jamais existé, et qu’elle n’est pas liée à NSO (…). Nous voulons qu’ils vérifient tout et qu’ils s’assurent que les allégations qui nous sont portées sont fausses ».

NSO Group continue donc de nier son implication dans l’Affaire Pegasus et rappelle que chaque vente de son logiciel (Pegasus) doit être approuvée par le Misrad Ha’Bitahon2.  Pour mémoire, cinq contrats auraient d’ailleurs été rompus récemment pour des abus.

| Q. Du point de vue français, cette affaire Pegasus est-elle de nature à affecter nos échanges avec le Maroc, en matière de Renseignements et de lutte contre le terrorisme, notamment ?

Jacques Borde. D’abord, ne mettons pas la charrue avant les bœufs. Avant de prendre des décisions que nous pourrions, par la suite, regretter amèrement, laissons les professionnels de ces questions tirer au clair cette affaire.

Quant à nos relations avec Rabat, l’ex-patron de la DST mais aussi ancien directeur central du Renseignement intérieur3, Bernard Squarcini, a rappelé à maintes reprises que le Maroc est un pays ami et, surtout, un partenaire incontournable dans la lutte anti-terroriste, un pays « avec lequel nous avons coopéré lors des attentats de Marrakech en 2011 ou encore du Bataclan où ils nous ont quand même donné les noms des responsables ».

Alors, désolé pour les excités du bocal de la Gauche financiarisée antisémite – dont, soudainement, on saisit mieux l’ire contre Rabat – sachons raison garder. La priorité doit rester la lutte contre le terrorisme, takfirî notamment.

| Q. Les accusations de Jean-Luc Mélenchon, visant Israël directement ?

Jacques Borde. L’onanisme antisémite rance du gourou de La France (in)soumise (LFI), vous voulez dire. Que voulez-vous, on s’astique (sic) idéologiquement avec, forcément, ce qu’on a sous la main. Et, là, avec la Méluche, franchement pas grand-chose.

| Q. Mélenchon mis à mal dans un dessin insinuant qu’à Jérusalem, les SR ont autre chose à faire qu’à l’espionner ?

Jacques Borde. Oui, les mots utilisés étant : « Et vous avez pensé à espionner Mélenchon », « Pourquoi faire ? C’est qui ? ». Bulles d’une rare intelligence.

On rappellera urbi et orbi que le Ha’Mosad Ley’Modi’in Ley Tafkidim Méyuh’Adim (MOSSAD)4 – oubliez Hollywood et ses spookies ne manquant jamais de rien – est une centrale de Renseignements aux moyens limités. Comme la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI)5, d’ailleurs. Quant à l’Agaf Ha’Modi’in (A’MAN)6, s’il dispose de moyens renforcés en matière de Renseignement d’origine électromagnétique (ROEM), sa tâche consiste à combattre et annihiler les menaces militaires, paramilitaires et terroristes visant Israël.

Gageons, qu’à ce titre, La Méluche malgré ses outrances et sa logorrhée antisioniste (sic) doit être le cadet des soucis des SR hiérosolymitains.

| Q. Et, NSO Group, donc ?

Jacques Borde. Oui. A priori, à ce que l’on en sait, NSO Group Technologies est une entreprise israélienne de sécurité informatique, fondée en 2010 par Niv Carmi, Shalev Hulio et Omri Lavie, et implantée à Herzliya (Israël). Elle travaille donc dans le cadre légal défini par les lois israéliennes, pardi.

NSO Group commercialise également un logiciel nommé Landmark qui permet de suivre la localisation GPS de téléphones, et qui représente environ 10% du chiffre d’affaires de l’entreprise. Enfin, NSO Group vend des camionnettes équipées de matériel informatique permettant la récupération des données d’une cible, elles aussi à la source d’environ un dixième du chiffre d’affaires de NSO.

Quant à ses liens avec la communauté du Renseignement hiérosolymitain, NSO Group, qui a recruté des opératifs7 de l’Unité 8200, unité des Renseignement militaires (A’Man), ce qui est parfaitement légal, admis et fréquent, travaille, dit-on, en « symbiose avec le gouvernement israélien », qui délivre à l’entreprise ses autorisations de vente du logiciel, et l’utilise comme instrument de soft power.

Peu ou prou, le cas de ad minimo, de plusieurs dizaines d’entreprises en Israël. Mais tant d’autres au Royaume-Uni et aux États-Unis.

De là à dire que NSO Group, en tant que prestataire de services et de matériels informatiques, est nécessairement impliqué dans l’usage qu’en font ses clients, c’est, certes, techniquement, possible.

À cela près que NSO Group :

-reste, en termes économiques, une petite PME.
-vend des produits tout à fait à la portée de clients qui, passé une formation initiale, n’ont pas tant que ça intérêt à associer qui que ce soit à ce qu’ils font motu proprio de Pegasus.

Qu’Elbit, IWI et IAI assurent une forme soutenue de support technique à leurs clients, c’est, non seulement avéré, mais fait, généralement, partie du contrat. Ou du moins de la plupart d’entre eux. Pour l’instant, affirmer qu’il en serait de même de la part de NSO Group au point de prendre une part active dans les activités d’espionnage de ses clients, nécessiterait, quelque-part, autre chose que les invectives antisémites de la Méluche et de ses petits camarades.

Allez, une petite dernière à propos de la Méluche :

L’association l’Ère du peuple, prestataire au service de Jean-Luc Mélenchon, et sa mandataire financière ont été mis en examen au printemps dans l’enquête sur ses comptes de la présidentielle 2017, a rappelé l’AFP de source proche du dossier.

| Q. Plus sérieusement, les Israéliens, vous me disiez, ne sont pas les seuls dans ce secteur des logiciels-espions ?

Jacques Borde. Non, ça c’est que prétend l’onanisme antisémite de nos islamo-gauchistes. Dans la réalité, tous les Occidentaux ont le nez dans ce business.

1- parce qu’il rapporte, tout simplement. Sans pouvoir vous donner de noms pour l’instant, des pays comme la Turquie et les pays baltes sont de plus en plus actif dans ce secteur.
2- parce que tout le monde espionne tout le monde, pardi.

Ainsi, à entendre Samuel Woodhams, responsable du droit numérique chez Top10VPN, interrogé par RFI :

« NSO Group est probablement l’une des sociétés les plus connues, et elle l’est encore plus maintenant qu’elle fait la Une des journaux. Mais il y a quelques années, en 2015 et 2016, c’était FinFisher qui était leader sur le marché. Cette filiale du groupe allemand Gamma compte encore aujourd’hui de nombreux clients dans le monde entier. Dans les grands noms du marché, on peut également citer l’entreprise italienne Hacking team ».

Quant au marché lui-même, Samuel Woodhams, estime que près de 80% des entreprises concernées sont basées dans des démocraties (sic)et que plus de 50% des clients sont des régimes autoritaires ou hybrides, c’est-à-dire en transition vers des gouvernements oppressifs.

Mais, poursuit Woodhams :

« Je pense que les États répressifs, principalement au Moyen-Orient, sont les plus susceptibles de vouloir acheter cette technologie parce qu’ils sont aussi les plus susceptibles de vouloir traquer leurs opposants. Mais il n’y a pas que les États autoritaires qui le font ».

Question subsidiaire que vous ne m’avez pas posé : la France est-elle, avec ses dérives actuelles, un de ces pays hybrides ?

[À suivre]

Notes

1 Du latin Hierosolymitanus.
2 Ou ministère de la Défense.
3 Du 2 juillet 2008 au 30 mai 2012.
4 Ou Institut Central de Renseignements & des Opérations Spéciales, MOSSAD signifiant l’Institut.
5 Rappelons ici que la DGSI s’est substituée à la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI), née, en 2008, de la fusion de la Direction de la Surveillance du territoire (DST) et de la Direction centrale des Renseignements généraux (RG).
6 SR militaires israéliens.
7 Agent (excepté pour le FBI) est, surtout, une appellation hollywoodienne.

 

A Propos Jacques Borde

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