Nous & Kaboul (& inversement) demain ? [1]

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Bon gré, mal gré, les relations se mettent en place avec le nouveau régime afghan. Doha & Ankara se disputant déjà la gestion aéroportuaire du pays. Le gros sujet sera, bien évidemment, la gestion des terres rares. S’écharperont économiquement : Washington, Beijing, Moscou & dans une moindre mesure, Londres qui a quelques idées pour se re-positionner auprès de DAIA. Bon qui de Paris, dans tout ça ? Des restes, mais inclusifs (l’honneur & le droit-de-l’hommisme seront saufs)… Quant au portefeuille, c’est une tout autre histoire. Mais pas sûr, là, qu’elle soit inclusif.ve (sic), comme n’a de cesse de le réclamer ce pauvre Le Drian… Partie 1.

« Le même gouvernement américain qui veut confisquer les armes à ses propres citoyens vient de laisser à des ennemis potentiels, les Tāliban, 359.000 fusils d’assaut, 126.000 pistolets mitrailleurs et 64.000 mitrailleuses… ».
Eber Haddad.

« Encore, une fois l’ubuesque Opération Apagan, qui voit débarquer en France quelques 3.000 personnes dont nous ne savons rien, est une aberration géopolitique. Car, nous avions déjà tiré notre révérence il y a 7 ans.
Faire semblant n’est pas exister ».
Jacques Borde.

« L’Afghanistan dispose de milliards de dollars à l’étranger et les Tāliban doivent avoir accès aux réseaux bancaires pour les obtenir. Les représentants des Tāliban ont déjà déclaré qu’ils voulaient une véritable reconnaissance internationale, avec des ambassades et des diplomates. Bien qu’ils doivent montrer une certaine pureté idéologique à leurs partisans – surtout après une si longue lutte contre l’Occident – ils sont conscients que des compromis doivent être faits pour remettre la société sur pied. Je ne crois pas que les Tāliban soient des laquais de la CIA, prêts à s’opposer aux puissances eurasiennes. Je suis actuellement enclin à l’interprétation quelque peu optimiste selon laquelle les véritables pouvoirs en place aux États-Unis savent que leurs jours en tant qu’hégémon mondial sont terminés. Washington se retire donc d’engagements inutiles et réduit sa présence excessive et coûteuse dans d’anciennes zones de guerre comme l’Afghanistan ».
Markku Siira.

« Dans leur fief de Kandahar, les Tāliban se pavanent à bord du matériel saisi aux américains et à l’OTAN. La naïveté de Biden et l’incompétence de son gouvernement démocrate couplée à la nouvelle impuissance de ses généraux woke et transgenres a fait basculer dans les mains des dictateurs islamistes des milliers de tonnes de matériel militaire parfois flambant neuf tel l’hélicoptère Blackhawk survolant comme un ultime pied de nez à l’Occident carbonisé ce joyeux défilé carnavalesque mode afghane ».
L’Objecteur Médiatique.

« Selon un rapport de l’OFPRA, seulement 8% des migrants afghans en France sont des femmes. Peut-on décemment accueillir des populations qui ne partagent pas nos valeurs et abandonnent leurs femmes par confort ? ».
Edwige Diaz.

| Q. Les Tāliban constituent-ils une menace pour nous ?

Jacques Borde. Directe ? En fait, théoriquement non.

Sur ce point, je rejoins Hervé Théry1 et Daniel Dory2 qui, sur Conflits, nous rappellent que « Les ambitions politiques et l’activité constatée des Tāliban ne les portant pas à exporter leur idéologie ni leurs actions violentes, les risques terroristes liés, par exemple, à l’accueil de réfugiés afghans est minime en l’état. Ce qui n’empêche pas l’éventualité que parmi les hommes jeunes et aguerris qui ont mis plus d’entrain à rejoindre l’aéroport de Kaboul en août 2021 qu’à défendre leur pays dans les mois précédents, on puisse en trouver qui rallient des mouvances djihâdistes déjà structurées en Europe »3.

Ce qui, en l’espèce :

1- n’a rien de rassurant ;
2- n’a, effectivement, que peu de rapport avec les Tāliban eux-mêmes.

Par ailleurs, comment ne pas admettre que beaucoup d’Afghans ont des perceptions – disons, sociétales – différentes des nôtres et que cela pose problème. Ainsi, à Berlin, un Afghan de 29 ans a poignardé une jardinière parce qu’il aurait été dérangé de voir une femme travailler. Officiellement, est évoqué une « possible motivation islamiste ».

| Q. C’est pour ça que vous contestez l’utilité même du pont aérien mis en place par les Occidentaux ?

Jacques Borde. Oui, tout à fait. Et ce pour plusieurs raisons :

-nous sommes, voir Berlin, infoutus, de savoir qui nous évacuons.
-le seul interprète, donné par notre cloaca mediatica maxima pour avoir aidé nos troupes, qui ont tiré leur référence en 2014, était infoutu, lors d’un reportage effectué chez lui (en France), de s’exprimer en… français.
-pourquoi avoir poursuivi notre noria d’appareils à partir d’Abou Dhabi vers la France – la fameuse boucle arrière (sic) – alors que ces réfugiés (sic) étaient à l’abri de tout danger dans un pays musulman, ami et partenaire du nôtre, ayant, à foison, les moyens de les prendre durablement en charge ?
-en résumé, le régime de Paris à mobilisé une large partie de nos capacités de projection – avions de transport tactique (ATT) A400M Atlas ou C-130J Herk des Armées, des avions de transport stratégique (ATS), A310 ou A330 Phénix –, tout ça pour faire passer des réfugiés (sic) musulmans d’un émirat à musulman à un autre. Puis, de ce second émirat à chez nous. Il est fortiche notre président.
force de projection qui, par ailleurs, a toujours été refusé aux Chrétiens d’Orient.
-d’une manière plus générale, nous n’avons pas vocation à recevoir ces gens. Incapables, de défendre leur pays, corrompus, mêlés pour beaucoup à la tradition (sic) pédophile du Bacha Bazi, quel peut, sérieusement, être l’apport de cette vague de fuyards ?
last but not least, l’ambassadeur allemand à Kaboul, Markus Potzel, dit avoir reçu des assurances du président du Bureau polititique des Tāliban, Mollah Shir Mohammad Abbas Stanikzai, qui lui aurait garanti que « les Afghans muni d’un document valide auront la possibilité d’emprunter des vols commerciaux, passée la date du 31 août 2021 ».

À rappeler que Shir Mohammad Abbas Stanikzai était un des négociateurs lors des pourparlers de Doha.

| Q. Et vous faites confiance à l’un et à l’autre ?

Jacques Borde. Point 1. Nous verrons bien. Mais, pourquoi devrais-je devoir croire davantage la horde de pleutres qui ont abandonné femmes et enfants, pour se précipiter à l’Aéroport de Kaboul ?

Point 2. En cette affaire, les Otano-Européistes que nous sommes, tenons le rôle des vaincus. Je pense donc qu’il serait opportun que nous cessions de péter plus haut que notre c…l.

| Q. Le pays se débloque ?

Jacques Borde. Ça en prendrait le chemin.

La compagnie nationale afghane, Ariana Afghan Airlines (Code AITA : FG, code OACI : OAKB), a annoncé la reprise de ses vols domestiques, avec des liaisons entre la capitale Kaboul et les villes de Hérat et Mazâr-é-Charîf. Un début.

Deux pays, le Qatar et la Turquie, négocient actuellement avec les autorités concernées du Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA)4, pour la gestion des aéroports. Cette semaine, deux avions qataris transportant des experts techniques et du matériel se sont posés à Kaboul, mais « aucun accord », n’est encore conclu, selon les deux parties.

Cependant, selon le chef de la diplomatie qatarie, Mohammed Ibn-Abdulrahman Ibn-Jassim Al-Thani, « Il est très important que les Tāliban démontrent leur engagement de fournir un passage sûr [pour sortir du pays] et la liberté de mouvement pour le peuple afghan ».

Par ailleurs, sur le secteur de l’aéroportuaire, Ankara aurait une ou deux longueurs d’avance.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. Selon des sources anglophones, totalement passées sous silence par le cloaca mediatica maxima germopratin, des éléments armés turcs seraient déjà sur place à travailler avec les forces spéciales des Tāliban.

| Q. Et, les Européens ?

Jacques Borde. Apparemment, les Britanniques semblent avoir choisi leur camp et un mode de travail également musclé. Des opérateurs du Special Air Service (SAS) se seraient portés volontaires (sic)  pour rester en Afghanistan pour y traquer les terroristes de ad-Dawlah al-Islāmiyah fī ‘l-ʿIrāq wa-sh-Shām (ISKP)5.

SAS Team (40 membres) qui aurait demandé à rester (sic) en Afghanistan et pourrait établir une base le long de la frontière afghano-pakistanaise afin de mener des opérations clandestines (sic) contre ISIS-Khorassan. Leur base sera également utilisée par des Special Boat Service (SBS) de la Royal Navy.

Difficile de croire que tout ceci puisse se faire complètement derrière le dos des Tāliban6. Ou du moins sans enterrer durablement tout chance d’être associé au développement du Nouvel Afghanistan.

| Q. A-t-on une idée du nombre de civils US encore présents en Afghanistan ?

Charlotte Sawyer. Difficile à dire. L’étiage le plus haut qu’on a vu apparaître est de 15.000 personnes, ce qui me semble grandement exagéré.

Mails, le vrai problème n’est pas là. Il est évident que si le business redémarre avec le nouveau pouvoir kabouli, il faudra bien des Américains sur place pour s’en occuper. Une des questions serait donc : est-il si nécessaire que ça, à commencer pour leur sécurité, d’évacuer tous les Américains présents pour en faire revenir certains sitôt après.

Le souci est que géré par la bande d’incapables qu’est l’administration Biden-Harris, ce qui semblait du domaine du possible Trump regnante est beaucoup moins évident aujourd’hui

Jacques Borde. De d’autant plus que Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA), sait parfaitement être en meilleure position pour négocier que lors de la signature de l’Accord de Doha.

[À suivre]

Notes

1 Géographe, directeur de recherche émérite au CNRS-Creda et professeur à la Universidade de Sao Paulo.
2 Docteur en géographie, HDR, maître de conférences à l‘Université de La Rochelle.
3 Conflits.
4 Ou Émirat islamique d’Afghanistan. Dont la devise est classiquement la Aš-šahāda (Chahada) : Lā ʾilāha ʾillà l-Lāh, Muḥammadun rasūlu l-Lāh (Il n’est point de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est le messager de Dieu). Ne se récite qu’en arabe classique.
5 Ou ISIS-Khorassan.
6 Littéralement : Ceux qui exigent [le savoir], pluriel de Talib (Taliban s’écrit donc sans ‘s’ final) terme pour désigner des étudiants en religion. À traduire plus classiquement par Séminaristes.

 

A Propos Jacques Borde

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