Nous & Kaboul (& inversement) demain ? [2]

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Bon gré, mal gré, les relations se mettent en place avec le nouveau régime afghan. Doha & Ankara se disputant déjà la gestion aéroportuaire du pays. Le gros sujet sera, bien évidemment, la gestion des terres rares. S’écharperont économiquement : Washington, Beijing, Moscou & dans une moindre mesure, Londres qui a quelques idées pour se re-positionner auprès de DAIA. Bon qui de Paris, dans tout ça ? Des restes, mais inclusifs (l’honneur & le droit-de-l’hommisme seront saufs)… Quant au portefeuille, c’est une tout autre histoire. Mais pas sûr, là, qu’elle soit inclusif.ve (sic), comme n’a de cesse de le réclamer ce pauvre Le Drian… Partie 2.

« Il aura fallu 20 ans, 4 présidents américains successifs, des trillons de dollars et des milliers de morts pour remplacer les Tāliban par des Tāliban… ».
Eber Haddad.

« À l’instar de l’armée sud-viêtnamienne, les 350.000 hommes des forces de sécurité afghanes n’existent que par l’appui des 12.500 hommes de la Coalition qui restent sur place, au moins pendant deux ans, en fonction des accords bilatéraux avec les États-Unis, ce qui, par ailleurs, bloque toute possibilité de négociation avec les Tāliban, ceux-ci ayant posé le départ des troupes étrangères comme préalable à toute discussion. Pire, cette armée, monstrueuse au regard des capacités de financement de l’État afghan, ne survit que par le financement extérieur. En 2012, Serge Michailof, reprenant les chiffres de la Banque mondiale, estimait à 10 Md$US l’aide annuelle nécessaire pour faire fonctionner les institutions afghanes et les forces de sécurité en premier lieu. Il reste à savoir combien de temps les Américains et ceux qui accepteront de partager le fardeau accepteront de payer une somme qui représente autant que l’aide de la Banque mondiale à toute l’Afrique subsaharienne ».
Michel Goya.

« Creil (60) : Shaïna, 15 ans, a été violée dans une tournante, tabassée pour avoir porté plainte, poignardée et brûlée vive dans un cabanon parce qu’enceinte. ‘C’est comme en Afghanistan’, lâche sa mère ».
Ariane Chemin.

« Le Qatar n’a gardé AUCUN des 50.000 réfugiés afghans qui ont transité sur son sol. Ils ont tous été transférés en Europe et aux États-Unis. En revanche ils ont accordé l’hospitalité aux Tāliban pendant 20 ans… Réfléchissez à ça ».
Eber Haddad.

| Q. En Syrie, ça bouge aussi ?

Charlotte Sawyer. Apparemment. À en croire, Ayssar Midani, dans la nuit de 1er au 2 septembre 2021, quelque 600 militaires US – ainsi qu’un nombre, non précisé, de Français et de Britanniques – se seraient retirés de trois des treize bases que les USA occupent en Syrie orientale et qu’on sait être essentiellement réparties entre Hassaké, Qamichli et Deir ez-Zor.

À vérifier.

Jacques Borde. Ce qui serait, à la fois, un bon début et une bonne nouvelle.

| Q. Et pourquoi ?

Jacques Borde. Parce qu’a contrario de l’Irak, la présence étasunienne sur le territoire syrien est une via factis qui se perdure sans l’accord du gouvernement légal de ce pays. Et, par là, pose problème. Comme pour l’Afghanistan, l’hêgêmon thalassocratique étasunien n’a pas à se projeter ainsi sur le territoire d’un État sans y être invité. Ce d’autant plus, que comme pour l’Afghanistan, les résultats ne sont guère au rendez-vous.

Charlotte Sawyer. Et ne parlons même pas de la mythique Dare-é Panjšir, ou Vallée du Panshir1, qui n’a tenu qu’une poigne de jours. Les Lions y ont perdu leurs griffes. Clairement, les Occidentaux ont quitté l’Afghanistan parce que rester avec un pouvoir talib, qui ne voulait pas d’eux, était, comment dire, irrelevant.

Jacques Borde. Non-pertinent.

Charlotte Sawyer. En fait, c’est exactement la même chose avec la Syrie. Nous sommes présents dans un pays qui n’a ni demandé notre aidé, ni n’a acquiescé à notre présence sur son sol. Et encore moins, bien évidemment, à nos frappes sur ses forces armées, l‘Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)2, qui sont celles d’un pays membre de l’ONU, faut-il le rappeler.

Le retrait que nous avons consommé en Afghanistan a, tout aussi clairement, démontré qu’il était possible de nous retirer sans trop de casse de ce type de situation non-conforme.

Donc, à ce stade, je pense qu’il est temps que nous fassions de même avec la Syrie.

| Q. Et Israël dans tout ça ?

Jacques Borde. C’est un tout autre sujet. Washington peut fort bien, tout en retirant de Syrie des forces qui ne sont pas si importantes que ça mais sont très mal acceptées, garantir (sic) davantage la sécurité de son allié hiérosolymitain3.

Charlotte Sawyer. Par ailleurs, le Rosh Ha’Memshala4, Naftali Bennett5, ne me semble pas être un dirigeant à se laisser marcher sur les pieds.

Quant à Damas, je pense que – une fois le sort du Saillant d’Idlib réglé – il ne sera ni dans l’intérêt ni dans la volonté du président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, de chercher querelle à son puissant voisin. La Syrie, même épaulé par le Hezbollah, ne fait pas militairement le poids face à Israël.

| Q. Et, les dossiers pendants comme celui du Golan ?

Jacques Borde. Ce sont là des affaires entre Damas et Jérusalem. Des deux côtés, il y a des diplomates pour s’en occuper, en fonction des intérêts bien sentis des uns et des autres.

Charlotte Sawyer. À se souvenir que jusqu’à l’éclosion du prétendu printemps syrien et du chaos qui a été déclenché sous ce prétexte, le statu-quo, dont les parties s’accommodaient, régnait à la frontière israélo-syrienne. Donc, quelque part, avec notre plan absurde de regime change à Damas, c’est bien nous les Occidentaux qui avons rouvert la Boite de Pandore du Golan.

| Q. Washington qui transfère ses activités diplomatiques de l’Afghanistan au… Qatar ?

Charlotte Sawyer. Bof. Assez classique et compréhensible. Le US Secretary of State, Antony Tony Blinken6, préfère se la jouer prudent. On le comprend. Nos activités diplo se poursuivront donc au Qatar, en attendant une amélioration de la sécurité en Afghanistan.

Je rappellerai, ici, que nos sites diplomatiques et autres ont payé un lourd tribut au Levant :

-ambassade de Beyrouth (23 octobre 1983) ;
-site des Marines, encore à Beyrouth (23 octobre 1983).
-consulat de Benghazi (11 septembre 2012) ;
-site de la CIA, à Benghazi (11 septembre 2012), pour ne parler que de ces cas-là.

La géopolitique, c’est aussi l’art du possible.

Jacques Borde. Au passage cela confirme le rôle accru du Qatar, dans la région.
Un rôle d’honest broker7, exclusivement ad usum Americani, que Doha a tenu sans broncher depuis 2013.

| Q. Mais vous ne semblez guère surpris par ces apartés entre Washington et Doha ?

Charlotte Sawyer. Arrêtons de prendre des vessies pour des lanternes, que serait le Qatar sans la forte présence étasunienne dans l’émirat ? Émirat qui héberge :

-la plus grosse base aérienne US du Moyen-Orient ;
-une partie de 5th Fleet.

Jacques Borde. À se demander si à faire le total des militaires et marins US et Occidentaux stationnés (plus ceux de passage) au Qatar, ces personnels militaires non-qataris ne sont pas plus nombreux que les qataris réellement opérationnels.

Charlotte Sawyer. Plus dans le détail, Al Udeid Air Base (code IATA : XJD, code ICAO : OTBH) est la plus grande base aérienne US du Moyen-Orient. Elle hébergerait autour de 10.000 soldats US (sur environ 60.000 déployés au Moyen-Orient), ainsi qu’un contingent de la Royal Air Force et une part significative des forces armées qataries et françaises, pour un total d’environ 13.000 hommes.

Outre cela, Al Udeid Air Base est le siège projeté du US CentCom, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient, installé au Qatar depuis 2002.

Au plan naval, la US Fifth Fleet. Initialement, son QG (NSA Bahrain) se trouve à Manama, au Bahreïn. Mais, le soulèvement bahreïni de 2011 aurait conduit le US CentCom, à déplacer une partie du dispositif dans un pays plus stable, le… Qatar.

Décidément, le monde est petit !…

Notes

1 Ou Vallée des Cinq lions.
2 Armée arabe syrienne.
3 Du latin Hierosolymitanus.
4 Ou Premier ministre de l’État d’Israël, ראש הממשלה.
5 Bennett est le leader de Ha’Yamin He’Hadash (Yamina), parti sioniste-religieux, sur l’échiquier politique hiérosolymitain.
6 Précédemment 18th Deputy Secretary of State.
7 Ou courtier honnête, plus au sens d’intermédiaire, en l’espèce.

 

A Propos Jacques Borde

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