1993, Mogadiscio : Blackhawk Down ! 2021, Kaboul : White Joe Down ? [1]

| Afghanistan | Géostratégie | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

L’Occident, sous l’égide grabataire du si peu président des États-Unis, Joseph Joe Robinette Biden, Jr., vient d’encaisser, en Afghanistan, sa (nous dit-on) pire défaite depuis la Guerre du Viêt-Nam. Hors ça, cet Occident exportateur de bien mauvaises manière & d’idées creuses comme son droit-de-l’hommisme (ancien) & son wokisme (tout neuf) a-t-il compris à qui il avait affaire ? On peut en douter à l’aune des confusions qu’il continue d’entretenir entre Salafiyyâ & Takfir. Entre Tāliban, Al-Qaïda & ISIS/DA’ECH, qu’il a tendance à mettre dans le même panier. Remarquez, de bien mauvaises langues insinuent bien que Ronald R. Reagan n’aurait compris qu’il existait, « en même temps » comme dirait Macron, des sunnites & des chî’îtes en l‘Orient compliqué que la dernière année de son mandat. Alors Sleepy Biden : Démocrate hors des clous ? Assurément. Mais pas le seul en tout cas & pas la première fois : remember 1993, Mogadiscio & ses Blackhawk Down. Alors 2021, Kaboul : White Joe Down ? Bon & après ? Partie 1.

« La vérité est que l’Afghanistan, loin d’être un bourbier coûteux et sanglant pour les États-Unis, était devenu un conflit mineur d’arrière-cour, brûlant à bas bruits, dans l’indifférence générale. Joe Biden aurait très bien pu renier ou renégocier les Accords de Doha signés par Donald Trump avec les Tāliban. Il ne l’a pas fait, car il en approuvait le principe, à défaut de la lettre. Si le retrait semblait justifié depuis le Bureau ovale, c’est pour d’autres raisons. Il fallait ‘solder’, ‘se réorienter’, ‘prioriser ‘, mais pas ‘s’extraire d’un enfer’ ».
Stéphane Audrand, sur Theatrum Belli.

« On ‘impeach’ un président, Trump, pour une communication téléphonique avec le président ukrainien mais pas ‘d’impeachment’ pour un sombre idiot qui abandonne 15.000 de ses compatriotes, plus de 50.000 Afghans qui ont collaboré avec son pays et pour 3 ou 4 milliards de dollars d’armes sophistiquées à un mouvement terroriste ! Il devrait être traduit en cour martiale et finir ses jours en prison ».
Eber Haddad

« Il ne faut pas désespérer, la France a encore des frontières… mais à l’entrée des cités entourées de check-points contrôlés par des clandestins. #SandrineRousseau en fera peut-être des douaniers ! #Marseille ».
Gilbert Collard.

| Q. Fallait-il s’étonner des frappes de ISIS-Khorassan à Kaboul ?

Jacques Borde. Oui et non.

Oui, dans la mesure où ad-Dawlah al-Islāmiyah fī ‘l-ʿIrāq wa-sh-Shām (ISKP)1, qui n’était pas fortement implanté sur Kaboul, avait une marge de manœuvre assez réduite. Mais, l’art de la guerre étant très évolutif, a su très vite trouver la faille.

Non. ISIS-Khorassan étant, comme son nom l’indique, un mouvement rival des Tāliban2, et aussi peu intéressé qu’on puisse l’être par la mise en œuvre de l’Accord de Doha entre Washington et le Da Afghanistan Islami Amarat3 (DAIA) n’avait pas de raison de retenir ses coups. Mais, ça, tout le monde le savait !…

Filiale d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)4, ISIS-Khorassan a donc fait ce qu’il sait le mieux faire un attentat terroriste, touchant durement Américains (13 morts & 18 blessés), Occidentaux et Afghans. Opération à la fois militaire et héraldiste, évidemment.

| Q. Jours sombres pour Washington et son administration ?

Jacques Borde. Certes. Sauf qu’à Modadiscio, avec l’Affaire dite du Blackhawk Down5 :

-les forces spéciales US avaient laissé 19 des leur sur le carreau, soit plus qu’à l’aéroport de Kaboul.
-les États-Unis avaient déguerpi, pour un temps, de la Somalie.

À ceux qui tireraient trop vite des conclusions politiques de ce qui vient de se passer à Kaboul, la Chute du Faucon noir, n’entraîna pas celle de William J. Clinton, et n’empêcha davantage sa réélection le 5 novembre 1996. Le clan Clinton, n’a pas davantage été affecté par l’Affaire (dite) des 13 Hours, le 11 septembre 2012, qui vit l’attaque de la mission diplomatique des États-Unis et d’une base (sic) de la CIA à Benghazi (Libye). Quatre Américains y perdirent la vie, dont l’ambassadeur des États-Unis en Libye, J. Christopher Stevens.

Le souci, aujourd’hui, est l’extrême vacuité du locataire de la Maison-Blanche, dont tout le monde sait qu’il n’a pas vocation à y effectuer la totalité de son mandat.

| Q. Pourquoi, une telle résilience de la part des Clinton ?

Jacques Borde. Au-delà, du fait que les Clinton, quoi qu’ils fassent ou commettent, ont la faveur des media, dans la mesure où ce sont des Démocrates, leur entregent et leurs amitiés, leur système en fait, sont la base de leur survie politique.

Charlotte Sawyer. Ensuite, l’hêgêmon thalassocratique étasunien à l’art et la manière de se remettre de ses blessures et de ses défaites. À considérer, bien sûr, que les événements d’Afghanistan soient autant constitutifs d’une défaite de la portée de celle du Viêt-Nam, et non, comme beaucoup le pensent :

-une crise somme toute mineure et moins dramatique qu’elle n’y paraît ;
-un regime change, dont s’accommodent Washington et un Deep State, plus conservateur qu’il ne veut l’admettre.

Jacques Borde. Par ailleurs, la géopolitique – et, ici, le Grand jeu afghan – n’ont rien à voir avec la prétendue morale des Occidentaux.

1993, Mogadiscio : Blackhawk Down : 2021, Kaboul : White Joe Down, en quelque sorte.

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Que les Démocrates n’ont ni honneur, ni principes, ni cojones. Mais, tant que l’économie – surtout celle liée au complexe militaro-industriel, si cher au Deep State – et un certain niveau de vie perdurent, tout baigne. Ou à peu près…

Charlotte Sawyer. Mais, leur problème est ailleurs : Trump qui, entre autres scenarii, pourrait, à la faveur des Mid terms qui approchent à grand pas, prendre la place de Nancy Antoinette P. Pelosi, au poste de Speaker of the US House of Representatives. Et, de ce poste-là, avoir la peau de Biden.

| Q. L’avenir est toujours difficile à écrire après une guerre ?

Jacques Borde. Il est, surtout, assez imprévisible. Mais prenez Berlin et Paris, après 1945. La création de la Communauté européenne du charbon & de l’acier (CECA), fondée sur le Traité de Paris (1951), son premier, et vital, objectif était d’empêcher une nouvelle guerre entre la France et l’Allemagne. Dixit Robert Schuman, alors ministre français des Affaires étrangères, son but était de rendre la guerre « non seulement impensable mais aussi matériellement impossible ».

Le Charbon et l’acier à qui il était demandé que les adversaires de trois guerres successives :

-1870 ;
-1914-1918 et
-1939-1945, cessent de se jeter à la gorge.

Cobalt et lithium joueront-ils ce rôle entre Washington et Kaboul ?

| Q. Quid des autres acteurs de la Guerre d’Afghanistan ?

Jacques Borde. Qui demande vraiment leur avis aux seconds rôles ?

Certainement pas le Da Afghanistan Islami Amarat6 (DAIA). Et, encore moins le faiseur de pluie US qui n’a pas l’intention de partager quoi que ce soit avec qui que ce soit.

| Q. Des Tāliban qui n’envisagent pas d’autre option que la Charia ?

Jacques Borde. Bon. Et où est la surprise ? Je vous rappelle que DAIA signifie tout de même Émirat islamique d’Afghanistan, ce depuis une vingtaine d’années. L’activité cognitive de certains de nos analystes frôle l’encéphalogramme plat.

À propos, que nous disait BHL, en 2017, suite à la via factis occidentale sur la Libye : « Oui j’ai l’impression que la démocratie est en train de naître en Libye ». Apparemment, le bébé (sic) est mort en couches !…

| Q. Et ceux qui s’interrogent sur le fait de s’entendre, justement, avec un Émirat d’Afghanistan ?

Jacques Borde. Là, ça vire carrément au gag !

Vous me rappelez le nom de ce si bon client de nos industries aéronautiques et militaires ? Ah, oui : Dawlat al-imārāt al-ʿarabiyyat al-muttaḥida, les ÉMIRATS arabes unis, c’est bien ça.

Rappelons-nous aussi que Al Emerat, ou Emirates7, la plus importante compagnie aérienne du Moyen-Orient, a littéralement sauvé les fesses d’Airbus, ce à plusieurs reprises, avec ses commandes massives, et pas toujours indispensables.

Quant à l’Al-Quwwāt al-Jawwīyä al-Imārātiyya (UAEF)8, elle aligne tout de même 67 avions de combat made in France :

-71e Escadron de chasse, Mirage 2000-9EAD/DAD ;
-76e Escadron de chasse, Mirage 2000-9EAD/DAD ;
-86e Escadron de chasse, Mirage 2000-9EAD/DAD.
Ah, au fait, le Qatar – vous savez ceux qui viennent de commander une quantité non négligeable de nos Rafale pour leur l’Al-Quwwāt al-Jawiyya al-Imārātiyya al-Qatariya (QEAF)9 – c’est aussi un émirat : Dawlat al-Qaṭar. Des Wahhabî qui plus est.

Et, le Koweït ? Encore un… émirat, depuis 1752.

| Q. Le débat sur les interprètes afghans que la France aurait…

Jacques Borde. …Hors sujet. Nous avons quitté l’Afghanistan en 2014. Comme de nombreuses fois, le(s) régime(s) de Paris font n’importe quoi pour :

-se donner bonne conscience.
-faire comme les grands (l’hêgêmon thalassocratique étasunien).

Encore, une fois l’ubuesque Opération Apagan, qui voit débarquer en France quelques 3.000 personnes dont nous ne savons rien, est une aberration géopolitique. Car, nous avions déjà tiré notre révérence il y a 7 ans.

Faire semblant n’est pas exister.

[À suivre]

Notes

1 Ou ISIS-Khorassan.
2 Littéralement : Ceux qui exigent [le savoir], pluriel de Talib (Taliban s’écrit donc sans ‘s’ final) terme pour désigner des étudiants en religion. À traduire plus classiquement par Séminaristes.
3 Ou Émirat islamique d’Afghanistan. Dont la devise est classiquement la Aš-šahāda (Chahada) : Lā ʾilāha ʾillà l-Lāh, Muḥammadun rasūlu l-Lāh (Il n’est point de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est le messager de Dieu). Ne se récite qu’en arabe classique.
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Affaire dite tiré du livre Black Hawk Down: A Story of Modern War de Mark Bowden, relatant les combats de Mogadiscio des 3 et 4 octobre 1993, au cours desquels dix-neuf militaires américains et, ad minimo, plusieurs centaines de Somaliens trouvèrent la mort.
6 Code AITA : EK. Code OACI : UAE.
7 United Arab Emirates Air Force, Force aérienne des Émirats Arabes Unis.
8 Qatar Emiri Air Force, Force aérienne de l’Émirat du Qatar.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

De quoi l’Affaire Pegasus est-elle le révélateur ? [3]

| Géostratégie & Renseignements | Questions à Jacques Borde | Ah, l’été et sa période …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer