Afghanistan : Mélange des genres & logorrhée [1]

| Occident | Géostratégie | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

Défaite afghane consommée ou pas, certains membres de l’Otano-européisme (notamment les régimes de Rome & de Paris) n’ont toujours pas laissé au vestiaire leurs suffisance & arrogance. Mieux, nos matamores de jardins d’enfants, infoutus de tenir tête à une Turquie à qui leurs firmes continuent de vendre armes, navires & aéronefs, Business is business. En désespoir de cause, nos Latins crétins agitent leurs hochets woke & droits-de-l’hommistes en un Orient compliqué où ils ne représentent plus rien. Épisode suivant : l’Irak ? En attendant, qu’ils se payent un séance-vidéo à regarder Mosul1. Qui sait : ouvriront-ils enfin les yeux sur ceux qui combattent vraiment la terreur takfirî ? Partie 1.

« Le même gouvernement américain qui veut confisquer les armes à ses propres citoyens vient de laisser à des ennemis potentiels, les Tāliban, 359.000 fusils d’assaut, 126.000 pistolets mitrailleurs et 64.000 mitrailleuses… ».
Eber Haddad.

« En tant que médiateur juste et neutre ces dernières années entre les Tāliban et les États-Unis, ou entre les Tāliban et les autres parties afghanes, nous avons bâti une confiance avec tous les protagonistes (…). Cet investissement a produit cette confiance. Nous avons tous besoin de l’utiliser (…) pour l’avenir de l’Afghanistan ».
Mohammed Ibn-Abdulrahman Ibn-Jassim Al-Thani, chef de la diplomatie qatarie,.

« Je n’ai pas souvenir d’un pont aérien pour sauver les chrétiens d’Orient ».
Benoît Roch.

« Le dernier soldat américain a quitté Kaboul. Le dernier avion qui s’est envolé hier a clairement indiqué au reste du monde que l’ère du chacun pour soi à commencé. Les Etats Unis ne seront plus le gendarme du monde. Nous entrons dans un monde nouveau ou la Chine peut décider de récupérer Taïwan et la Turquie les îles grecques. En étant surs de n’en subir aucune conséquence. L’Europe, cet ectoplasme qui avait confié sa sécurité militaire aux États-Unis se retrouve à poil. La seule armée qui compte est l’armée française, mais elle n’est pas de taille à assurer la sécurité militaire d’un continent. Tout va dépendre des choix allemands. Vont-ils choisir l’Europe, c’est à dire une construction toujours plus intégrée y compris au plan militaire ? Ou vont-ils faire comme les États-Unis, choisir l’Allemagne et se rebâtir une armée nationale comme au bon vieux temps ?
Oye ! ».
Yves Mamou.

| Q. Le tout nouveau chef de la diplomatie afghane, Muttaqi, qui s’en prend aux Américains qui « parlent d’imposer des sanctions sur notre peuple », ça ne vous inquiète pas ?

Jacques Borde. Pas du tout, tout au contraire. Nous sommes en l‘Orient compliqué et lorsque Amir Khan Muttaqi, Acting Afghan Minister of Foreign Affairs (MFA)2, déclame que « L’Amérique est un grand pays, ils doivent faire preuve de générosité (…). L’Émirat islamique » a « aidé les États-Unis en facilitant leurs évacuations (…). mais au lieu de remerciements, ils parlent d’imposer des sanctions sur notre peuple », il s’agit de préliminaires. D’une mise en bouche, en quelque sorte, avant que les parties s’attaquent au hors-d’œuvre, puis au plat de résistance. Tout ça, c’est du discours, de la tension dialectique.

Plus important : cela confirme que les choses sérieuses ont bien commencé entre Washington et Kaboul.

Charlotte Sawyer. La seule chose qui me tracasse est que je ne crois absolument pas que notre actuel US Secretary of State, Antony Tony Blinken3, ait la stature pour des discussions de ce niveau avec le Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA)4. Assurément, là, c’est Michael Richard Mike Pompeo5 qui manque au tableau.

| Q. Donc, dans la réalité, nous abandonnons les Afghans. Avons-nous le choix d’ailleurs ?

Jacques Borde. Oui et non.

Non. À meilleure preuve – bien qu’à mon avis, cela soit une grossière erreur – nous venons par l’ubuesque pont aérien (Opération Apagan) confié à notre armée de l’Air & de l’Espace (aAE), d’en amener un certain nombre en France.

Au fait, l’Afghanistan, c’est bien cet amas de tribus confinées au plus profond de vallées, multitude confite dans un obscurantisme ancré dans des tradition locales, qui sont leurs affaires, dont nous parlent certains de ceux qui veulent qu’on les accueille aujourd’hui ?

Sont-ce pour autant les nôtres ?

Y aller pour y faire quoi ? À part avoir voulu coller une trempe aux Russes dans une poussée d’orgueil et d’anti-communisme primaire (donc, d’aveuglement géopolitique), je ne vois pas bien. Certes, tout ça a permis aux marchands d’armes de bien vivre, tout en occupant des milliers de soldats envoyés bêtement à la boucherie.

À part ça… je n’ai aucun état d’âme. Laissons les Afghans se débrouiller entre eux et cessons, surtout, de leur donner des leçons. Ensuite, avec les terres rares (cobalt, lithium) sur lesquels ils sont assis, sont-ils donc aussi mal lotis que le prétendent les faux-culs woke ? Quant à se torturer les méninges, posons-nous plutôt des questions sur notre contre-performance australienne qui a vu Canberra rejeter notre offre portant sur des sous-marins classiques et non nucléaires…

| Q. Le débat sur les interprètes afghans que la France aurait…

Jacques Borde. …Hors sujet, malheureusement. Nous avons quitté l’Afghanistan en 2014. Comme de nombreuses fois, le(s) régime(s) de Paris font n’importe quoi pour :

-se donner bonne conscience.
-rassurer la Gauche financiarisée.
-faire comme les grands (l’hêgêmon thalassocratique étasunien). Oups, ça je crois vous l’avoir déjà dit !

| Q. Et, vous confirmez : les Tāliban ne sont pas des Takfirî ?

Jacques Borde. Bis repetitas. Nommer correctement l’autre, qu’il soit votre ennemi, adversaire ou même un partenaire ou un allié est le point de départ de toute démarche géopolitique.

Non, les Tāliban ne sont pas des Takfirî !…

| Q. Vous êtes certain de ce que vous avancez ?

Jacques Borde. Plus que certain. Un élément qui saute aux yeux et facile à vérifier :

Vous aurez, bien sûr, noté les tenues chamarrées qu’arborent les combattants tāliban. Or, ces tenues sont totalement incompatibles avec :

-la doxa takfiri, en elle- même.
-les us vestimentaires d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)6. Et même ceux d’Al-Qaïda.

| Q. À vous entendre, DAIA, comme vous l’appelez, serait presque fréquentable ?

Charlotte Sawyer. Pourquoi presque ?

À Doha, Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA) a, en fait, renoué avec la reconnaissance géopolitique que lui accordait l’hêgêmon thalassocratique étasunien jusqu’au 11 Septembre (2001).

Jacques Borde. Dol dans lequel les Tāliban n’ont pris aucune part. On n’en dira pas autant des Séoudiens, selon la vulgate officielle du 9/11 qui établit le nombre des Séoudiens ayant pris part au 9/11 à 15 terroristes sur 19.

Réalité des faits qui nous a jamais empêché de sur-armer les forces de S.A.R Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, prince héritier d’Arabie Séoudite et ministre séoudien de la Défense, en dépit de sa via factis sanglante sur le pauvre Yémen.

| Q. Les gagnants et les perdant en cette affaire afghane ?

Charlotte Sawyer. Qui a, de facto, reconnu le pouvoir talib à Kaboul, vous voulez dire ?

Presque les mêmes qu’avant : Pakistan, Chine, Russie et le… Qatar, qui apparaît comme le gagnant de cette partie du Grand jeu afghan. Le Qatar, qui accueille, depuis 2013, une représentation tālibane à la demande de… Washington. Un long shot, donc, mais, sous l’égide du faiseur de pluie US. Qui peut, sérieusement, douter qu’il en ait été autrement.

« Le Qatar a fait un énorme pari en restant proche des Tāliban ces dernières années (…). Pour le moment, c’est une grande victoire pour le Qatar, qui est le principal canal de discussion vers les Tāliban », a confirmé Hussein Ibish7, Senior resident scholar à l’Arab Gulf States Institute (Washington).

Jacques Borde. Le Qatar ? Ça alors : encore un gros clients de l’Occident en matière d’armements !

| Q. D’Italie, Salvini, condamnait, par avance, tout dialogue avec les Tāliban  ?

Jacques Borde. « Pas de faiblesse, pas de dialogue avec les terroristes islamistes », nous dit-il. Affligeant. J’accorde, déjà, assez peu d’attention aux membres de l’administration Draghi et à leur babil infantile et inutile. Quant au poltroniste président de la Lega et ministricule draghiste, Matteo Salvini, il devrait passer plus de temps à lire des ouvrages de géopolitique, qu’à faire le zouave torse-nu sur les plages et les places. Ça lui éviterait de dire n’importe quoi.

À titre indicatif, signalons-lui que les gens dont il nous parle avec une telle légèreté, sont 100% Afghans et désormais le gouvernement légal du Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA).

Last but not least, où était donc le beau Matteo, lors du retour des derniers soldats italiens d’Afghanistan ? Pas à leur côté, en tout cas.

| Q. Macron qui réclamait une Safe zone à Kaboul, c’est mieux ?

Jacques Borde. Laissons à chacun la responsabilité de ses propos. Déjà, eût-il fallu que le Conseil de sécurité de l’ONU, valide une telle ineptie !

Ce qui, évidemment, n’a pas eu lieu.

À lire le président français, Emmanuel Jupi-Atlas8 Macron, dans les colonnes du Journal du Dimanche, le 29 août 2021, la France et le Royaume-Uni ont donc soumis un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations-unies. Texte qui visait « à définir, sous contrôle onusien, une ‘safe zone’ à Kaboul qui permette de continuer les opérations humanitaires », avait précisé Macron.

Évidemment, mais c’était tellement prévisible, Kaboul a illico envoyé le régime de Paris sur les roses. Qui sait, les propos du locataire de l’Élysée n’étaient peut-être pas assez inclusifs ?

Charlotte Sawyer. Et, depuis, l’aéroport de Kaboul dont il était question est passé sous contrôle 100% afghan. Comme le reste du pays, Panchir y compris. Too bad, Mr. Jupi…

[À suivre]

Notes

1 Film de guerre de 2019 écrit et réalisé par Matthew Michael Carnahan. Le film est basé sur la Bataille de Mossoul de 2016, qui a vu les forces du gouvernement irakien et ses alliés reprendre la ville à DA’ECH), qui la tenait depuis juin 2014.
2 Ou en charge des Affaires étrangères.
3 Précédemment 18th Deputy Secretary of State.
4 Ou Émirat islamique d’Afghanistan. Dont la devise est classiquement la Aš-šahāda (Chahada) : Lā ʾilāha ʾillà l-Lāh, Muḥammadun rasūlu l-Lāh (Il n’est point de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est le messager de Dieu). Ne se récite qu’en arabe classique.
5 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement du Congrès, a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
6 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
7 Dernier ouvrage paru : What’s Wrong with the One-State Agenda? Why Ending the Occupation & Peace with Israel is Still the Palestinian National Goal (ATFP, 2009).
8 Selon les surnoms que, selon la légende élyséo-macronienne, que lui aurait trouvé sa moitié, dame Brigitte.

 

A Propos Jacques Borde

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