Afghanistan : Mélange des genres & logorrhée [4]

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Défaite afghane consommée ou pas, certains membres de l’Otano-européisme (notamment les régimes de Rome & de Paris) n’ont toujours pas laissé au vestiaire leurs suffisance & arrogance. Mieux, Matamores de jardins d’enfants, infoutus de tenir tête à une Turquie à qui leurs firmes continuent de vendre armes, navires & aéronefs, Business is business. En désespoir de cause, nos Latins crétins agitent leurs hochets woke & droits-de-l’hommistes en un Orient compliqué où ils ne représentent plus rien. Épisode suivant : l’Irak ? En attendant, qu’ils se payent un séance-vidéo  à regarder Mosul1. Qui sait : ouvriront-ils enfin les yeux sur ceux qui combattent vraiment la terreur takfirî ? Partie 4.

« Nous devons rappeler nos amis européens à la réalité : l’Europe est le centre d’attraction de millions de personnes ; elle ne peut se désintéresser des réfugiés afghans et fermer ses frontières pour protéger la sécurité et le bien-être de ses citoyens. La Turquie n’a pas le devoir, la responsabilité et encore moins l’obligation d’être l’entrepôt à réfugiés de l’Europe ».
Recep Tayyip Erdoğan.

« Tempête dans un verre d’eau… Macron s’est fâché tout rouge pour les sous-marins, il retire son ambassadeur aux États-Unis, quelques propos lénifiants du sénile ont suffi à le calmer, la crise est désamorcée et il s’est dégonflé comme une baudruche. Gesticulation futile, l’ambassadeur de France retourne à son poste comme si de rien n’était. Rien n’est résolu et aucune véritable explication alors qu’il y a des raisons à tout cela mais on se croirait dans une cour de récré, on évite soigneusement d’en parler.
La France et les États-Unis, deux pays phares, ne sont pas gâtés d’avoir des dirigeants aussi médiocres ».
Eber Haddad.

« L’Amérique fera d’abord ce qui est dans son meilleur intérêt, et non celui des institutions mondiales ».
Boston Globe.

| Q. Puisque vous venez de citer le chroniqueur de CNews, vous trouvez que les propos de Zemmour ne tiennent pas la route ?

Jacques Borde. Sur le fond, ce sont des propos de comptoir, qui n’amènent rien, tant :

1-ils ont été tenus et répétés par d’autres depuis des mois ;
2-certains sont des approximations assez plates, voire des forgeries pures et simples.

Propos inutiles, en fait :

-C’est au peuple afghan de se battre contre les Tāliban si le régime ne leur convient pas. Déjà dit, à plusieurs reprises par Biden. Zemmour serait donc notre Biden franco-algérien (sic) ?

Approximations, voire inventions (zemmouriennes ou émanant de ses groupies) :

-Nous ne leur devons rien. Ce sont eux qui nous sont redevables car nos soldats sont allés chez eux pour se battre à leur place. 90 de nos soldats sont morts alors qu’eux se sont éparpillés sans combattre.
-Ceux qui nous ont aidés ne sont pas nos harkis. Ils n’étaient pas des soldats, car ils n’ont pas combattu à nos côtés. J’estime que la France ne leur doit rien. Ils ont été payés pour un service, pas pour se battre.
-Quant à la déroute de l’armée afghane, elle s’explique par le fait que si les Afghans sont de farouches guerriers, ils n’ont rien de soldats, disciplinés et structurés comme les Occidentaux.
-C’est donc un échec militaire, diplomatique et philosophique, sans oublier le naufrage du Renseignement américain qui n’a rien vu venir.

Corrigeons ces zemmoureries :

1- in fine, Mister Z. fait sienne la doxa bien-pensante européiste. Non, « nos soldats » ne sont pas « allés chez eux pour se battre à leur place… ». La France a participé à la tentative (ratée) otano-étasunienne de découpe et mise à l’encan de l’Afghanistan. Sans qu’il soit demandé aux Afghans ce qu’ils en pensaient.
2- « Ils n’étaient pas des soldats, car ils n’ont pas combattu à nos côtés ». Faux à 99% : des Afghans se sont bien battus à nos côtés. Rarement aussi bien qu’espéré. Mais c’est un autre problème. Là, le chroniqueur, qui n’a aucune espèce d’expérience du terrain, insulte les Afghans qui sont tombés les armes à la main.
3- les Afghans « n’ont rien de soldats, disciplinés et structurés comme les Occidentaux ». Là, ça dépend des cas. À voir les Tāliban à Kaboul, leur discipline est impressionnante.
4- « Ils ont été payés pour un service, pas pour se battre ». Faux à 99%. En plus, tout Afghan embeded avec des soldats étrangers prenait des risques énormes. On sent bien là la fatuité de l’intello de salon, spécialiste du Armons-nous partez. BHL, lui, a fait semblant de se rapprocher de la ligne de front. Zemmour, à ma connaissance n’a jamais quitté Paris.
5- « le naufrage du Renseignement américain qui n’a rien vu venir ». Mais, il n’y a pas, à proprement parler, d’échec notable des Renseignements US. C’est l’application d’un plan – celui de Trump, qui, par exemple, impliquait que la Base de Bagram demeurât sous contrôle étasunien – tenant la route, mais flanqué par terre par un trio d’incapables : Biden, Blinken et Milley.

Charlotte Sawyer. À gober la vulgate du moment, on apprend également que les Américains vont « quitter la région ». Bullshit, d’où sortent de telles âneries ?

Un terme est mis à ce que 99% des Afghans considèrent comme une occupation militaire étrangère. Cela ne signifie en rien la fin de la présence, économique notamment, des Américains. Celle-ci sera – n’en doutons pas, si ça n’est pas déjà fait – l’objet de discussions entre Washington et le Da Afghanistan Islami Amarat2 (DAIA).

Jacques Borde. Il est évident qu’en cas d’accord, les Tāliban seront tout à fait à même et capables d’assurer la sécurité de ceux qui seront, alors, leurs partenaires commerciaux.

| Q. Cet ancien Marine qui parle de trahison lorsque des fonctionnaires US félicitent les Tāliban pour leur victoire ?

Jacques Borde. En pareil cas, tout tient aux contexte, aux termes et à celui qui les tient. Effectivement, l’ancien vétéran, et blessé de guerre du Marine Corps, Johnny Joey Jones, commentant les propos des fonctionnaires US félicitant les Tāliban y a vu une trahison.

Le problème est qu’il a des limites à ne pas dépasser. Or :

1- les propos du US Secretary of State, Antony Tony Blinken3, estimant que les Tāliban méritent « notre confiance », n’étaient guère respectueux pour ceux qui, vingt années durant, sont allés se battre en lieux et place des faucons mouillés du Deep State.
2- venant du n°2 d’une administration Biden, qui a dénaturé l’Accord de Doha, au point de laisser tomber aux mains des troupes du Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA), la Base de Bagram, qui aurait dû, on le sait maintenant, rester off limits, ces propos sentent bien la remontée d’égout qui caractérise le camp démocrate.
3- on imagine que des félicitations (sic) adressées avec un regard amical (sic) de Michael Richard Mike Pompeo4, tenus de la Base de Bagram par exemple, auraien eu un autre impact.

| Q. Mais, dans la vraie vie, si l’ont peut dire, DAIA peut-il faire sans les Américains ?

Charlotte Sawyer. Soyons francs, ça va être difficile. Et, surtout, pourquoi ?

Le porte-parole du Bureau politique des Tāliban, Muhammad Suhail Shaheen5, a, ainsi, indiqué, qu’après la réouverture des principales banques, l’objectif pour le nouveau gouvernement était d’achever la construction du gazoduc Turkmenistan -Afghanistan-Pakistan-India (TAPI) qui doit répondre aux besoins énergétiques des Indiens en acheminant l’hydrocarbure depuis le champ gazier de Galkynysh.

Or, le projet est financé par la Banque Asiatique de Développement (BAD), dont les deux principaux bailleurs de fonds sont les États-Unis et le Japon.

| Q. Vous ne considérez pas les Tāliban comme nos ennemis ?

Jacques Borde. Difficile, objectivement, de continuer à traiter d’ennemi (sic) des gens qu’on a, nous Français, cessé de combattre depuis 7 ans, soit quasiment nos deux guerres mondiales mises bout à bout.

Un ennemi, c’est quelqu’un contre qui on conduit des opérations militaires, que l’on combat sur le terrain. À un moment, il faut en finir avec ces tartarinades, qui n’ont plus rien à voir avec la réalité, non ? Qui plus est, les situations sont toujours difficilement comparables entre elles.

Ce que rappelle justement Marc Palacz par rapport à l’Algérie :

« Les force françaises étaient en Afghanistan dans le cadre de l’OTAN, il s’agissait donc d’une force d’occupation. Hors pour ce qui est du Maghreb, la France était une puissance coloniale et les liens avec les populations locales n’étaient pas les mêmes. D’autre part, nous avons colonisé l’Afrique du Nord pendant quasiment deux siècles alors que en Afghanistan nous y sommes aller moins de deux décennies ! ».

Quant aux Afghans, d’une manière générale, quand je lis qu’à Paris, 600 migrants (sic) dont des Afghans s’installent au pied de la préfecture d’Île-de-France « jusqu’à ce que tous·tes obtiennent un hébergement digne » ; je me demande si ces types oseraient tenir ce langage face à une escouade de Tāliban ? Comme quoi !…

| Q. Donc, si je vous suis bien : à la fois : 1- vous ne voulez pas de réfugiés afghans ; 2- vous voulez qu’on noue des relations avec le nouveau régime de Kaboul ?

Jacques Borde. Tout à fait. Tout ça porte un nom : géopolitique. Mais,ce qui se fait en Afghanistan devra rester en Afghanistan.

Notez, que Paris se pose beaucoup moins de questions à propos de Téhéran. Le ministre de l’Europe & des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est entretenu avec son homologue, le tout nouveau titulaire du Vezârat-é Omur-é Khârejé6, Hossein Amir Abdollahian, sur la reprise des discussions sur le nucléaire iranien. Mieux (ou, pire, c’est selon…), Le Drian à aussi invité Hossein Amir Abdollahian à Paris pour renforcer les relations diplomatiques franco-iraniennes, après l’arrivée aux affaires du Rayis Jomhur-é Irān7, le Sayyed Ebrahim Raïssi8.

Pourquoi ? Parce que c’est comme ça que se font les relations internationales.

À propos de l’Afghanistan, vingt ans ont pavé la voix d’un échec sur lequel il n’est pas possible de revenir. Il faut donc passer à autre chose. Et cet autre chose implique forcément le Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA). Ce sont eux les vainqueurs, pas nous.

Or, le perdant ne peut parler d’un voix aussi assurée que le vainqueur. Surtout lorsque, comme les Latins crétins européistes, ses poches sont désespérément vides et ses capacités décisionnaires réduites aux acquêts.

| Q. Les Américains ont-ils un agenda similaire à celui de l’Afghanistan pour le reste de l’Orient compliqué ?

Charlotte Sawyer. Ça commence à y ressembler. Restons, toutefois, sur ce qui et sûr et certains. Au 1er septembre 2021, les États-Unis avaient évacué trois de leurs bases en Syrie :

1- dans le gouvernorat de Deir ez-Zor, la zone du champ d’Al-Omar, à proximité des puits de pétrole.
2- dans le gouvernorat d’Al-Hasakah, près d’Al-Qamishli, zone de Tal Al-Baydar.
3- Dans le gouvernorat d’Al-Hasakah, zone de Qasrak, au sud de Qamishli.

Un début, espérons.

| Q. Les Français opposés à la reconnaissance du pouvoir à Kaboul ?

Jacques Borde. Oui. Semble-t-il à 53%. Des Français qui admirent des matchs de foot d’une équipe financée par un émirat (Qatar), vont en vacances à Dubai (Émirat) et vont à l’autre bout du monde à bord d’avions d’émirats (Emirate, Etihad, entre autres). Dont le mythique Airbus A380 : 10 A380 pour Etihad. Et 118 A380 pour Emirates.

Charlotte Sawyer. Quitte à me répéter et à être désagréable : en quoi, chers amis français, votre avis importe-t-il à propos d’un pays que vous avez choisi d‘abandonner à son sort en 2014. Moi qui vous prenait pour des Cartésiens !…

C’est, un peu se donner bonne conscience à peu de frais.

Notes

1 Film de guerre de 2019 écrit et réalisé par Matthew Michael Carnahan. Le film est basé sur la Bataille de Mossoul de 2016, qui a vu les forces du gouvernement irakien et ses alliés reprendre la ville à DA’ECH), qui la tenait depuis juin 2014.
2 Ou Émirat islamique d’Afghanistan. Dont la devise est classiquement la Aš-šahāda (Chahada) : Lā ʾilāha ʾillà l-Lāh, Muḥammadun rasūlu l-Lāh (Il n’est point de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est le messager de Dieu).
3 Précédemment 18th Deputy Secretary of State.
4 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement du Congrès, a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
5 Qui fut aussi le patron du Kabul Times.
6 Ministère iranien des Affaire étrangères.
7 Ou président de la République islamique d’Iran (RII).
8 Ancien directeur du Bonyad Astan-é Qods-é Razavi, ex-chef du Système judiciaire iranien et vice-président du Majles-é Khobregān, ou Assemblée des experts.

A Propos Jacques Borde

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