Afghanistan : Fiasco, lâchetés & conséquences [3]

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Le vainqueur d’un conflit l’emporte par ses qualités propres mais aussi en raison des faiblesses de l’ennemi. S’il est évident d’admettre que les Tāliban sont d’excellents combattants & tacticiens – leurs qualités (sic) morales étant un tout autre sujet, mais ce blog ne traite pas de philo ou de morale –. Quid de ceux de l’autre camp ? À se parer de toutes les vertus, militaires & autres, les Occidentaux que nous sommes ont-ils été à la hauteur de leur verbe toujours haut & suffisant ? Simple exemple : à nous vautrer dans notre onanisme moralisateur, pompeux & moderniste, ce sont, nous, les militaires occidentaux, qui décidions qui faire monter à bord de nos avions (pas les Tāliban, que je sache), comment se fait-il que nous ayons laissé autant de femmes & d’enfants derrière nous ? Poser la question, c’est, largement y répondre. Mais de Napoléon à Churchill, abandonner ceux qui se sont engagés à nos côtés à toujours été la honte de l’Occident. Partie 3.

« Joe Biden est plus dévoué à s’évacuer de ses propres conférences de presse que d’évacuer les Américains bloqués derrière les lignes ennemies ! ».
Rep. (R, Ohio) Brad R. Wenstrup.

« Quand un imam toulousain appelle à tuer les juifs, ce n’est pas du racisme, c’est de la théologie ».
Jcrp Waza.

« Mourir pour le Mali. Au nom de je ne sais quoi,vous êtes encore d’accord pour envoyer nos enfant-soldats se battre pour l’inutile ? ».
Alex Gaffez.

« Au lieu d’importer des Tāliban infiltrés et la menace terroriste, il est urgent de mettre hors d’état de nuire toutes celles et tous ceux qui se font les relais de l’islamisme chez nous et constituent un danger pour la sécurité des Français ».
Julien Odoul.

| Q. Et si Biden avait prolongé la date limite, du 1er septembre (2021), de retrait d’Afghanistan ?

Charlotte Sawyer. Deux questions en fait.

Primo, cette prolongation, pour être efficace, n’aurait pu se faire – à moins d’aller au choc frontal avec les Tāliban1, qui encerclaient l’aéroport, et de remettre de facto le couvert en Afghanistan – qu’en accord avec le Da Afghanistan Islami Amarat2 (DAIA). Or, il est clair que DAIA n’en voulait pas. Et l’idée a été rapidement enterrée.

Secundo, si une forme d’entente DAIA/É-U sur le sujet de l’évacuation était impossible à atteindre, notre hêgêmon thalassocratique aurait abandonné à un sort peu enviable ceux qui l’on aidé à leur sort. Une honte, certes, mais pas une nouveauté.

Jacques Borde. Une mauvaise habitude à la limite. Qui plus est, un modus operandi assez répandu en Occident :

-Napoléon à quatre reprises (Égypte, Espagne, Russie, Belgique).
-Londres (Polonais et Russes anti-communistes, au point d’en livrer une partie à Moscou).
-Washington (Asie du Sud-Est, Chî’îtes irakiens, etc.).

Charlotte Sawyer. Vis-à-vis de Kaboul, je pense qu’une forme d’accord a minima était possible. Mais en se limitant aux seuls Occidentaux et Asiatiques encore coincés en Afghanistan. Et à une partie seulement des Afghans ayant collaboré avec les Occidentaux.

Pas tous. Le porte-parole du Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA), Ẕabīḥullāh Mujāhid, a été très clair : Kaboul veut garder sa matière grise. Après, pour en faire quoi ?

| Q. Mais pas une situation bloquée ?

Jacques Borde. Évidemment que non. Les deux camps étant amenés à s’entendre sur un point essentiel : les choses de devaient pas s’éterniser.

Du côté de Kaboul, le feuilleton de l’aéroport et de ses norias de C-17 Globemaster III avait assez duré. Et, dixit Ẕabīḥullāh Mujāhid, le Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA) n’a pas vocation à laisser partir de futurs cadres.

Charlotte Sawyer. Côté US, la volonté a toujours été de ne pas s’enkyster. Ce qu’a (pour une fois) clairement rappelé le président des États-Unis, Joseph Joe Robinette Biden, Jr., : « Plus tôt nous pourrons finir, mieux ce sera (…). Chaque jour d’opérations apporte un risque supplémentaire à nos troupes ».

In fine, tout le monde s’est tenu à l’agenda initialement fixé. À noter que même les tirs de ad-Dawlah al-Islāmiyah fī ‘l-ʿIrāq wa-sh-Shām (ISKP)3 n’ont pas réussi à faire capoter le plan d’évacuation mis en place par Washington et Kaboul. Plutot un bon signe pour la suite.

Jacques Borde. Était-il si utile que ça, d’ailleurs, de trouver un juste milieu entre nos deux larrons ? Je pense, même si cela est de nature à faire hurler certains, que la discipline de fer régnant chez les Tāliban y a été pour beaucoup dans le bon déroulement des évacuations.

| Q. Et les Européens ?

Jacques Borde. Encore une fois, ils n’ont rien compris au film.

Même l’Opération Apagan, a dépassé les capacités cognitives des énarco-bobos du régime de Paris.

En cas de danger, de guerre, etc., ce sont les personnes âgées, femmes et les enfants d’abord… Même sur le Titanic, ils l’ont fait. Ici, on va encore se retrouver avec de jeunes hommes en pleine forme – et donc, appelons un chat, un chat, aptes au djihâd – sur les bras au lieu des vraies victimes que sont les femmes, les enfants et la minorité chrétienne…

Merci à ceux qui tiennent les commandes à l’Élysée.

| Q. Les Tāliban jouent-ils un rôle dans l’arrivée de terroristes takfirî chez nous ?

Jacques Borde. Indubitablement, oui. Mais pas forcément celui qu’on croit ?

La ligne rouge des futurs partenaires du Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA), c’est que l’Afghanistan, cesse :

-d’être un exportateur (sic) de terroristes takfirî.
-d’être le sanctuaire de groupes comme Al-Qaïda et Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)4, ainsi que leurs filiales. Sans parler de la kyrielle de groupes ouïghours.

Ces points, sont très certainement les éléments centraux des accords secrets conclus, à Doha et ailleurs, avec Beijing, Moscou et Washington.

Le souci est que faire de ces bien encombrants Unlawful combatants5. Ainsi, si la présence d’ad-Dawlah al-Islāmiyah fī ‘l-ʿIrāq wa-sh-Shām (ISKP) est avérée à Kaboul, rien ne permet de dire c’est du fait des Tāliban. Et encore moins que ces derniers y aient été favorables. Bien au contraire.

Charlotte Sawyer. Le fait est qu’il se trouve des pays assez stupides pour accepter sous couvert de réfugiés (sic) des éléments aussi incontrôlés, au point de les évacuer dans leurs propres aéronefs militaires, est vrai sujet de RETEX à lui tout seul. En quoi, au juste, cette exfiltration totalement improvisée de sujets aussi peu sûrs est tant que ça la faute du nouveau régime de Kaboul qui, ainsi, s’en débarrasse à peu de frais est une question à ne pas négliger non plus ?

N’avons-nous pas à cette occasion, tiré les marrons takfirî du feu, pour Kaboul où l’on doit rire sous achkan, face à une telle imprudence de notre part ?

| Q. Vous avez parlé de terrorisme ouïghour ?

Jacques Borde. Oui. Une palette assez large d’individus eux aussi peu fréquentables. Soit, pour faire court :

-le Shärqiy Turkistan Khälq Inqilawi Partiyisi (PRPTO)6.
-le Shärqiy Turkestan Azatliq Teshkilati (OLTO)7.
-le Doğu Türkistan İslâm Hareketi (MITO)8.

Selon la Global Defence Review, il est largement admis qu’Al-Qaïda a participé au financement et à l’entraînement des combattants de l’OLTO et du MITO. Et l’OLTO s’est alliée, un temps, aux Tāliban.

| Q. Mais, à Kaboul, que pouvait faire la France, en pareille situation ?

Charlotte Sawyer. Faire simple : limiter ses exfiltrations à ses seuls ressortissants et à quelques familles, triées sur le volet.

Aller au-delà a été, selon moi, une prise de risque d’une rare stupidité et d’une immense gravité.

| Q. Et, vous me dites, qu’en France, des gens sont prêts à ouvrir grand nos portes ?

Jacques Borde. Tout à fait. La responsable EELV, Sandrine Rousseau, continue de réclamer que l’on fasse venir des Afghans chez nous, y compris s’ils sont terroristes.

Cf. « Si vraiment il y a des personnes qui sont dangereuses, des potentiels terroristes, c’est pas parce qu’ils restent en Afghanistan qu’ils sont moins dangereux. Donc quelque part les avoir en France ça nous permet aussi de les surveiller ».

Autrement dit, nous en sommes arrivés à un point où certains idiots utiles de la Gauche financiarisée affirment la nécessité de projeter (au sens militaire du terme) des terroristes takfirî en France.

Relisez bien, ils le disent eux-mêmes.

Notes

1 Littéralement : Ceux qui exigent [le savoir], pluriel de Talib (Taliban s’écrit donc sans ‘s’ final) terme pour désigner des étudiants en religion. À traduire plus classiquement par Séminaristes.
2 Ou Émirat islamique d’Afghanistan. Dont la devise est classiquement la Aš-šahāda (Chahada) : Lā ʾilāha ʾillà l-Lāh, Muḥammadun rasūlu l-Lāh (Il n’est point de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est le messager de Dieu).
3 Ou ISIS-Khorassan.
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
5 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal. Défini dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 2001, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.
6 Ou Parti révolutionnaire du peuple du Turkestan oriental.
7 Ou Organisation de libération du Turkestan oriental.
8 Ou Mouvement islamique du Turkestan oriental.

 

A Propos Jacques Borde

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