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Le Poids des mots, le Choc des formules ! & après ?…

| Ordo rerum | Questions à Jacques Borde |

Air du temps, les principaux acteurs du grand jeu planétaire, assurent une partie du rôle qui est le leur par des discours, plus ou moins aboutis. Poids des mots & chocs des formules destinés à sous-tendre leur action. Tout ceci, faisant partie de la tension dialectique ordinaire entre gens du même monde. Passé ce choc des doxa (souvent peu convaincantes) : que reste-t-il, in fine, de ces pantomimes & joutes verbales ?

| Q. Précédemment, vous nous disiez de M. Hariri qu’il avait tout d’un otage entre les mains des autorités de Riyad ?

Jacques Borde. Oui. Cela semble de plus en plus évident. D’ailleurs, vous noterez sur ce sujet trois choses bien précises :

1- le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, déclarait encore le 10 novembre 2017 qu’« il importe que lui-même (Saad al-Hariri) fasse ses choix ».
2- le Quai d’Orsay, le même jour, disait souhaiter « que M. Saad Hariri dispose de toute sa liberté de mouvement ».
3- que Saad Hariri « soit pleinement en mesure de jouer le rôle essentiel qui est le sien au Liban ».

Ce qui signifie, si les mots ont un sens :

1- que Saad Hariri ne serait pas maître de « ses choix ».
2- qu’il ne disposait pas, au moment où le porte-parole du Quai faisait cette mise au point, de sa « liberté de mouvement ».
3- que, en contradiction totale avec les forgeries des néo-barbaresques wahhabî telles qu’énoncées par ses principaux représentants, la France voit toujours en la personne de Saad Hariri, le Premier ministre du Liban.

| Q. Autre sujet et autre partie du monde : Trump n’a pas jugé bon d’évoquer les droits de l’Homme lors de sa rencontre avec son homologue philippin Duterte ?

Jacques Borde. (Sourire) Et alors ? En quoi cet exercice était-il un passage obligé de son escale à Manille ? De toute évidence, le président américain, Donald J. Trump, avait largement de quoi discuter avec le président philippin, Rodrigo Rody Duterte. Je veux dire des préoccupations autrement plus sérieuses que la manière (forte) dont use Duterte avec le crime organisé, les dealers et autres engeances du même type, qui méritent amplement une fin aussi expéditive.

| Q. Dois-je comprendre que vous approuvez de telles exécutions extrajudiciaires ?

Jacques Borde. Oui. Pleinement, sans la moindre réserve et quelle que puisse en être l’ampleur ou la sévérité. Dura lex, sed lex.

Ceci posé, je note d’emblée que :

1- nos intelligentsia occidentales reprochent à Trump de ne pas avoir évoqué les droits de l’Homme lors de sa tournée en Asie auprès de son homologue philippin. Pourquoi ? Macron a t-il évoqué les droits l’Homme à Abu Dhabi ou à Riyad ? Et nos bobos donneurs de leçons s’en sont-ils offusqué ?
2- En 2014, la population des Philippines était estimée à environ 100 millions d’habitants. Rapportées à cette population, les légitimes opérations conduites par les forces de sécurité locales contre les cartels de la drogue et les criminels impliqués dans les violences qui y sont liées se seraient soldée par à peine 4.000 morts. Désolé, pas de quoi fouetter un chat !
3- la guerre des drones conduite par le président américain, Barack H. Obama, que j’approuve également, s’est soldée par plus de 2.000 morts. Notre cloaque intellectuel germanopratin en fait-il autant des gorges chaudes ?
4- alors que le Quai d’Orsay se formalisait encore hier de la perte d’une trentaine de (supposés) civils en Syrie, a-t-il seulement même eu un mot de compassion pour les milliers d’autres civils tombés, c’est la loi de la guerre, lors de la reconquête de Mossoul, réalisée (notamment) à l’aide de bombes larguées par notre armée de l’Air ?

Non, évidemment. Alors qu’on laisse les Philippins conduire leur guerre contre la drogue comme ils l’entendent. Et, également, la Syrie sa guerre contre la terreur takfirî

| Q. La guerre des hommes est souvent celles des mots, diriez-vous que les propos souvent martiaux de Trump font peur à ses ennemis. ?

Jacques Borde. (Sourire) Votre question appelle, en fait, trois réponses.

Primo, je ne suis pas certain que les propos (les tweets bien souvent) du président américain, Donald J. Trump, soient tant que ça destinés à faire peur à qui que ce soit. Ils relèvent plus du discours, au sens polémologique du terme, et s’inscrivent dans la tension dialectique qu’entretient Trump, en tant que locuteur principal de l’hêgêmon étasunien qu’il représente au plan international, avec les concurrents, adversaires et même partenaires de l’Amérique.

Secundo, quelque part, c’est plus urbi qu’orbi que Trump nous fait profiter de ses coups d’humeur. Savamment planifiés, j’en suis persuadé. Ses saillies, coups de gueule et avis péremptoires sont largement destinés aux Américains eux-mêmes. Et, au premier rang d’entre eux, ses partisans et électeurs. Avec en point de mire, les mid terms, ces élections de mi-mandat au cours desquelles, Trump envisage très sérieusement de placer des personnes sûres au sein des deux chambres.

Tertio, non je ne pense par que les envolées trumpiennes impressionnent grand-monde. Ce qui n’a guère d’importance puisque tel n’est pas leur rôle.

À cet égard, prenons l’exemple de la de la Chosŏn Minjujuŭi Inmin Konghwaguk1 de Kim Jong-un : plus de quatre millions de Nord-Coréens (4,7 millions pour être précis) auraient déposé une demande d’enrôlement ou de réintégration dans les rangs de Chosŏn Inmin’gun2, durant les six derniers suivant le communiqué de Kim Jong-un battant le rappel des troupes. C’est du moins ce que nous a annoncé le Rodong Sinmun, le journal officiel du Parti des Travailleurs au pouvoir.

Par ailleurs, selon un récent rapport d’experts du Conseil de sécurité des Nations-unies, onze pays d’Afrique violent allègrement l’embargo décrété contre la Corée du Nord : l’Angola, le Bénin, le Botswana, l’Érythrée, le Mali, la Namibie, l’Ouganda, la République démocratique du Congo (RDC), la Tanzanie et le Zimbabwe.

Comme quoi…

| Q. Diriez-vous que le discours est par essence inefficace ?

Jacques Borde. Non.

Pour les puissants de ce monde leur manière de se toiser par discours interposés est, de toute évidence, une forme de dialogue.

Sinon, ne rien dire peut aussi être l’expression de quelque chose. Parfois, même de manière fort inquiétante. Prenez le cas des Musulmans en diaspora. Alors que des dizaines de milliers de leurs coreligionnaires paient de leur vie leur combat contre Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)3. Y compris de nombreuses femmes qui ont pris leurs armes, on reste effaré par le si petit nombre d’entre eux qui, de ce côté-ci de la Méditerranée (alors que les risques encourus sont, somme toute, peu importants) osent simplement dire leur rejet du terrorisme.

Pourquoi dire ça ? Alors qu’ils sont des millions en France, les courageux musulmans français et belges qui avaient organisé une Marche contre le terrorisme à Paris le 13 novembre date anniversaire du Bataclan et d’autres horreurs similaires, n’étaient pas plus de… cinquante. Dont une bonne moitié venue de Belgique.

À comparer avec les centaines d’autres mahométans, qui, avec une régularité de métronome, violent les lois de la République en organisant et participant à des prières de rue parfaitement illégales. Où les milliers de Hooligans marocains qui ont profané l’Arc de triomphe pour fêter une victoire sportive (sic). Du foot, il est vrai…

| Q. Les actes c’est toujours mieux que les paroles, c’est ce que vous voulez dire ?

Jacques Borde. Oui, toujours. Dans tous les domaines.

Vous m’interrogiez sur l’impact du périple d’Emmanuel Macron, dans le Golfe. Alors, notez que quatre jours après l’inauguration du Louvre d’Abou Dhabi par le président de la République, celui d’Emirates4, la plus grosse compagnie aérienne du Moyen-Orient, annonçait sa commande de 40 Boeing 787-10 Dreamliner, le concurrent direct de l’Airbus A380. Prix au catalogue 15 Md$US (environ 13 Md€). Et ça n’est pas le fait qu’aucun client ne paye jamais ses commandes au prix catalogue qui nous remontera le moral…

Là, a contrario des tweets à répétition de Trump, le poids des mots, le choc des formules n’auraient donc pas suffi à sorti le programme A380 de l’ornière. À moins que… Selon des bruits de couloir persistants, Emirates devrait bien commander des A380. Plus précisément 40 A380neo. Cela va être annoncé dans les prochaines semaines et lancerait la nouvelle version du gros porteur d’Airbus

Notes

1 Ou République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).
2 Pour Armée populaire de Corée (APC).
3 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
4 Le Britannique Timothy Clark.

 

A Propos Jacques Borde

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