Kaboul : La Chute (toute similitude avec un film connu…) ! [1]

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Vae victis ! Sans véritable surprise, l’Afghanistan – aura vu la victoire écrasante des Tāliban. En toute logique, les journalistes que nous sommes devraient, désormais, plutôt parler du Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA). À moins, bien sûr que les Tāliban ne décident de se donner une autre appellation. Retour indispensable sur ce que beaucoup considèrent comme le plus humiliant revers militaire infligé aux Occidentaux que nous sommes depuis la Chute de Saïgon. Partie 1.

« Tant qu’ils se sentent en position de force, les Américains commandent, occupent, imposent et exploitent. Quand vient le temps des déboires, ils fuient et abandonnent les populations qui avaient eu le tort de leur faire confiance, aujourd’hui en Afghanistan comme ils le firent jadis avec les Vietnamiens ou plus récemment avec les Kurdes.
Les massacres habituels aux jours de “libération” vont pouvoir commencer ».
Jean-François Touzé.

« [Les responsables de Biden] ont l’air paniqués. Cela va encourager les Tāliban et encourager Al-Qaïda ».
Michael Richard Mike Pompeo1.

« Oui, il y aura des vagues migratoires venant de l’Afghanistan composées des victimes des Tāliban mais aussi des djihâdistes aguerris et des mercenaires missionnés, dont le transit sera assuré par la Turquie qui contrôle, et l’aéroport de Kaboul et la frontière de l’UE… » .
Mohamed Louizi.

« Un Afghan de 60 ans avec une fille de 12 ans qui dit : ‘C’est ma femme’. Les Américains constatent de nombreux cas d’hommes fuyant Kaboul avec des épouses mineures ».
Louis Montpellier.

« L’autre enseignement qui, à mon avis, saute aux yeux, c’est que l’OTAN ne signifie plus rien. Après la Syrie, aujourd’hui l’Afghanistan, si les Européens n’ont pas compris, c’est qu’ils ne veulent pas comprendre. L’OTAN est mort ».
Bernard Bajolet, ex-ambassadeur de France à Kaboul (février 2011-avril 2013), ex-patron de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE).

| Q. Vae victis. Et après : la France, comme l’a demandé le maire écologiste de Grenoble Éric Piolle, doit-elle « faire preuve de solidarité et d’humanité », en « accordant l’asile » à ceux qui fuient l’Afghanistan ?

Jacques Borde. Évidemment que non. À l’exception de ceux des Afghans, une poignée en fait, qui ont réellement aidé nos militaires dans l’accomplissement de leur mission. Et le Minimum minorum2 d’entre eux, Au-delà : aucune exception, aucun passe-droit. Basta avec l’angélisme victimaire de la Gauche financiarisée.

Sinon : quelle solidarité ? Avec qui ? Et, à quel titre Comment voulez-vous trier le bon grain de l’ivraie. Qui sait, par ailleurs, si nous n’allons pas nous retrouver avec des cohortes de ces adeptes du Bacha bazi, qui furent légions au sein de cet Afghanistan-là que nous soutenions, parmi nos gentils réfugiés (sic) ?

| Q. Bacha bazi ?

Charlotte Sawyer. Ah, oui, vos Khmers verts ne vous ont pas prévenu ? Un oubli. À moins que !… Bacha bazi veut dire « jouer avec les garçons ».

Il s’agit de la pratique d’esclavage sexuel qui consiste à entretenir des garçons de 10 à 18 ans contre exhibitions de danse et faveurs sexuelles. Us auxquels la police et l’armée afghanes, nos si gentils alliés, contraignaient donc des garçons pré-pubères. Y compris sur des bases de l’OTAN, ce qui, quelque part, fait de nous les complices de ces crimes sexuels. Car, bien sûr, jamais en vingt ans, rien ne sera fait pour y mettre fin.

Sévèrement réprimée sous les Tāliban, la pratique du Bacha bazi a explosé (sic) en Afghanistan dès le début de l’occupation américaine, les alliés et proxies de Washington en étant de grands amateurs.

Plus généralement, passé ce point précis, je rejoins David Duquesne lorsqu’il dit :

« Et comment faites vous pour savoir s’il y a des islamistes parmi ces migrants ?
En sachant que la très grande majorité des Afghans, s’ils ne sont pas Tāliban, sont pour la Charia et structurés par un code de l’honneur très féroce qui n’a pas sa place en France, avec un tribalisme solidaire qui fait passer celui des Tchétchènes pour un épisode de la Guerre des boutons ».

En fait, comme l’a résumé Brigitte Goy, l’évangile selon Piolle, c’est « Faites entrer plus d’islamistes en France, on n’en a pas assez ! ».

| Q. Certains catholiques justement…

Jacques Borde. Qu’ils aillent se faire voir. Au Vatican, par exemple. D’ailleurs, la place n’y manque pas et, en plus, c’est un État souverain. Au moins, les plus douteux d’entre eux devraient s’adapter sans trop de difficultés aux mœurs si spécifiques d’une partie de la Curie romaine, ou plutôt argentine

C’est curieux cette habitude qu’ont nos cathos de gauche et nos Khmers verts de vouloir nous refiler leurs foutus migrants (sic), dont, en majorité, ils ne voudraient pas chez eux, même pour prendre un café.

| Q. Sinon, maintenant : que faire face aux Tāliban ?

Charlotte Sawyer. Ite missa est. Soyons cyniques : pourquoi, au juste, devrions-nous faire quelque-chose ? Nous venons à peine de nous sortir de ce bourbier.

Pour une fois, Joseph Joe Robinette Biden, Jr. a dit quelque-chose de censé à propos des « Afghans qui ne veulent pas voir les Tāliban3 prendre le pouvoir ». Ils « n’ont qu’à rentrer chez eux. Et se battre ».

Jacques Borde. Contre d’autres Afghans, car les Tāliban le sont au même titre que leurs adversaires. Voire plus à les comparer à ceux qui fuient leur pays sans même tenter de tirer un coup de feu.

| Q. Justement, ces Afghans en diaspora font-ils vraiment le poids face aux Tāliban ?

Charlotte Sawyer. Bonne question, seraient-ils capables de se battre contre un adversaire résolu ? En tout cas, la violence en elle-même ne semble pas leur faire peur. Du moins, à voir le nombre des membres de cette diaspora impliqués dans des crimes de sang, et, surtout, des crimes sexuels, à travers l’Europe…

Jacques Borde. Pour reprendre le général (2S) François Chauvancy4, sur Theatrum Belli : « Est-il bien acceptable que les Occidentaux finissent toujours par faire la guerre pour des causes qui ne sont pas directement les leurs, à leurs frais, au prix de la vie de leurs soldats. Comment comprendre que les Afghans migrants soient bien souvent des jeunes hommes en âge de porter une arme pour défendre leur pays contre l‘obscurantisme taliban mais il est vrai qu’il n’est pas correct selon nos normes d’imposer à quelqu’un de se battre pour son pays, au nom de la liberté de conscience… À ce titre, une réforme du droit d’asile devrait être engagée avec ce critère sélectif : tout ressortissant susceptible d’être un combattant pour le gouvernement d’un pays reconnu par la communauté internationale devrait être débouté du droit d’asile et y être expulsé ».

Autant vous dire que je trouve la proposition du général Chauvancy (un homme de terrain, rappelons-le) particulièrement adaptée à la situation présente.

| Q. Donc, en Afghanistan, tout est écrit, en quelque sorte ?

Jacques Borde. Dans l’Art de la guerre, où « Polémos est le père de tous », rien n’est jamais acquis ni joué d’avance.

La surprise pourrait venir des Chinois qui, depuis quelques temps, s’affichent beaucoup avec les Tāliban. Mais, sur cet aspect du dossier, je reste assez réservé.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Jusqu’à présent, leur quant-à-soi leur a plutôt réussi aux Tāliban. Pourquoi intégrer spécifiquement la sphère d’influence de Pékin ? Est-il si utile que ça pour le Da Afghanistan Islami Amarat (DAIA)5, de trop se lier à l’hêgêmon de l’Asie, après s’être défait de l’encombrante présence de l’hêgêmon étasunien et de ses liges ?

Quant à nous, évitons de commettre avec les Tāliban, l’erreur que nous continuons à faire avec le Cumhurbaşkanı6, le très Naqshbandi7 Reccep Tayyip Erdoğan, en qui nos chancelleries européistes voient un simple asset du Jamiat al-Ikhwan al-Muslimin8.

Désolé, aussi éloignés qu’ils soient des valeurs dont nous nous parons, les Tāliban sont :

1- des gens intelligents ;
2- d’habiles négociateurs ;
3- militairement, de redoutables adversaires.
4- last but not least : des Afghans.

Sinon, ils n’auraient pas progressé aussi vite. Les Tāliban sont tout sauf un mouvement importé. Leur soutien populaire, qui est indéniable, est une explication :

-de leur résilience.
-de leurs succès militaires.
-de leurs chances de garder la main, une fois en place.

Après, si d’autres Afghans ont à l’esprit de s’opposer à eux, en quoi est-ce tellement notre problème ?

[À suivre]

Notes

1 Ex-directeur de la CIA, élu républicain du Kansas, siégeait à la Commission du Renseignement du Congrès, a participé à la Commission d’enquête sur l’attaque du consulat des États-Unis à Benghazi, en septembre 2012, où l’ambassadeur Christopher Stevens et trois autres Américains ont été tués.
2 La plus petite part des plus petites parts, en français.
3 Littéralement : Ceux qui exigent [le savoir], pluriel de Talib (Taliban s’écrit donc sans ‘s’ final) terme pour désigner des étudiants en religion. À traduire plus classiquement par Séminaristes.
4 Auteur (notamment) de Blocus du Qatar : l’offensive manquée. Guerre de l’information, jeux d’influence, affrontement économique (2018).
5 Ou Émirat islamique d’Afghanistan. Dont la devise est classiquement la Aš-šahāda (Chahada) : Lā ʾilāha ʾillà l-Lāh, Muḥammadun rasūlu l-Lāh (Il n’est point de divinité si ce n’est Dieu, Muhammad est le messager de Dieu).
6 Ou président de la République de Turquie.
7 Soit membre de haut vol de la Tariqa naqshbandiyya, une des quatre principales confréries soufies. Elle tire son nom de Khwaja Shâh Bahâ’uddîn Naqshband, qui est considéré comme son maître, bien que ne l’ayant pas fondée. Abû Ya’qûb Yûsuf al-Hamadânî, né en 1140, et ‘Abd al-Khâliq al-Ghujdawânî, né en 1179, sont les fondateurs des principes de cette voie soufie. Le soufisme compte 41 branches initiales de confréries soufies, dont 40 tirent leurs secrets spirituels de Ali ibn-Abi Talib, le gendre du prophète. Les Soufis expliquent ce fait par cette tradition prophétique (hadith) rapportée par Tirmidhi où Mahomet dit : « Je suis la cité de la science et Ali en est la porte ». L’initiation d’Ali a été faite par le dhikr (évocation, mention, rappel, répétition rythmique, du nom de Dieu) Lâ ilâha illa-llâh, en français : Je témoigne qu’il n’y a pas de divinité autre que Dieu (tawhid).
8 Ou Association de la Confrérie des musulmans, autrement dit les Frères musulmans (FM).

 

A Propos Jacques Borde

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