Kaboul : Tout y a été perdu, l’Honneur en tête ! [1]

| Afghanistan / Irak | Géostratégie | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

Une vieille expression souvent mis en avant par nos establishments militaires (sic) européistes – j’abandonne, à leur sujet tout terme national tellement ils en sont si peu dignes – à l’orée de leurs échecs dit : « tout est perdu, fors l’honneur ». À parler de l’Afghanistan, c’est peu de dire que l’ISAF-FIAS, en tant que machin à produire de la pensée stratégique, y aura sacrifié : 1-en vain, une part de notre valeureuse jeunesse ; 2-l’honneur dont elle se pare, mais qu’elle a si peu en magasin. RETEX, donc, sur cette énième page de honte & de déshonneur, dont la gagneuse en guenilles (sic) bruxelloise aura fait preuve en tant que lige otanien. L’Afghanistan apaisé – au sens de fin de cette guerre sans fin, dont nous parlent les stratèges étasunien, ou en prenant le chemin, car talibanisé – : que dire de l’Irak, où les élections auront réservé leur lot de surprises. Partie 1.

« L’engagement est au maximum de la part de notre Défense pour évacuer ceux qui ont collaboré avec l’Italie »
Lorenzo Guerini, ministro della Difesa della Repubblica Italiana.

« Même le coût financier de la guerre se révèle, au final, assez modeste. Environ 2.260 Md$US ont été dépensés par les États-Unis pour cet engagement sur vingt ans. Dans la même durée, le PIB des États-Unis est passé de 11.000 à 22.000 Md$US par an, soit environ 326.000 Md$US de PIB cumulés sur la période. Le coût de ce ‘désastre’ serait donc de 0,7% de la richesse nationale. Il faut garder en outre à l’esprit que la majorité de ces dépenses a concerné les forces armées américaines : des soldes versées sur des comptes bancaires aux États-Unis et dépensées par des familles américaines, des achats auprès d’entreprises quasi exclusivement américaines, qui versent des salaires sur le sol américain… Bref un excellent retour fiscal stimulant la consommation intérieure. On peut s’en désoler, à la fois sur le plan humaniste ou économique, mais les États-Unis sont (pour l’instant) capables de mener des guerres prolongées sans se ruiner. Le problème principal de ces dépenses est qu’elles ont été financées non pas par des impôts comme les guerres de Corée ou du Viêt-Nam, mais par des emprunts. Mais, à l’ère des émissions monétaires massives liées à la pandémie actuelle, il faut relativiser les quelques 4.000 milliards d’intérêts à payer pour ce conflit : la monétisation de la dette par l’inflation est dans l’air du temps, même si elle prendra des chemins plus détournés qu’en 1920. Pour paraphraser Nixon, c’est toujours leur dollar, c’est toujours notre problème ».
Stéphane Audrand, sur Theatrum Belli.

« Lo Stato, le Instituzione, Chi le sente. Chi li vede ? ».
La mère d’un des 53 soldats italiens mort en Afghanistan.

| Q. Vous qui appréciez les armes, Vous avez vu cet accident de tournage sur un Western avec Alec Baldwin ?

Jacques Borde. RIP, oui. Avec des armes, l’accident est TOUJOURS possible. Y compris avec les meilleurs, la série Colombo a, si ma mémoire est bonne, connu un drame similaire. Perso, si j’ai assisté à quelques trucs sans gravité, je n’ai jamais eu d’accident, mais j’aurais pu et je touche du bois. Quelques soient le lieu, les conditions, les personnes, une arme doit toujours être considérée comme chargée et ne doit jamais être pointée sur quelqu’un. Personne, et je dis bien personne, n’est à l’abri.

Bon, au cinéma, les manips – nécessaires au tournage – sont aussi très encadrées. Je pense que pour Baldwin1, ce 22 octobre 2121, il y a eu un enchaînement de circonstances qui ont entraîné ce drame. Ayant été, brièvement, consultant (et figurant) auprès d’une école de cinéma, je pense avoir une petite idée de ce qui a pu se passer. Comme on dit : « … la faute à pas de chance ! ». On n’est jamais à l’abri à 100% d’un accident. La preuve.

C’est pour ça qu’on ne joue jamais avec une arme. Qu’on s’appelle Alexandre Benalla, entre amis. Ou Éric Zemmour, à Milipol.

| Q. Vous mettez Benalla et Zemmour sur le même plan ?

Jacques Borde. Quand des armes entrent en jeu, il n’y a ni Benalla, ni Zemmour, ni Borde, non plus. Il y a des règles d’airain à appliquer et à suivre. S’en affranchir est, pour moi, la preuve d’une rare stupidité. Surtout pour faire le pitre.

| Q. Quel regard portez-vous de notre fin de parcours en Afghanistan ?

Jacques Borde. Le même que lors de la Chute de Kaboul, mais en pire. Hélas.

Pour faire simple, et se baser sur quelques exemples difficiles à réfuter, le rôle des supplétifs otaniens que sont les Européistes – à ce stade, je renonce à user, à leur endroit, du terme Européens – aura été de projeter (au sens militaire du terme) en une Europe déjà submergée par des flux migratoires incessants, sans trop vérifier quoi que ce soit, plusieurs milliers d’Afghans qu’il eût été facile de laisser en l’Orient compliqué…

| Q. Vous voulez dire les abandonner aux Tāliban2 ?

Jacques Borde. Ça, c’est la légende dorée que nous narrent ad nauseam les media à la solde de la Gauche financiarisée européiste : nos projections aéroportées – Opération Apagan, côté français, et Aquila Omnia, côté italien, pour ne parler que d’icelles – auraient arraché à la mort, voire pire, des milliers de personnes. Comprendre, en fait, récupérer aux frais de la princesse de la main d’œuvre bon marché pour les usines et les latifundiae de cette Gauche financiarisée qui, in fine, n’a cure de ce sous-prolétariat. Les faire littéralement crever de faim pour des salaires de misère, en Europe, sera tellement plus cool.

Bien sûr, cette légende dorée est, vous vous en doutez, de la pure invention. Du bourrage de crâne, et rien d’autre.

Charlotte Sawyer. Ce que veut dire Jacques est que ces gens n’ont jamais été abandonnés.

Par exemple, si vous prenez les Italiens, les appareils du 14e Stormo de l’Aeronautica militare (AM), des KC-67A Pegasus et des C-130J Hercules de la 46e Brigata aera, déployés par le Comando Operativo di Vertice Interforze (COVI), ont, d’abord, évacués quelques 4.890 Afghans au… Koweït.

Un des plus riches émirats du Golfe Persique – membre, par ailleurs, du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG)3, au pognon de dingue, pour reprendre l’expression de votre Macron – qui avait, parfaitement, les moyens de les prendre en charge.

Les moyens, mais pas la volonté. Comme ses autres petits camarade du CCEAG. Rien de nouveau sous le soleil, autrement dit.

Jacques Borde. Bien évidemment, le régime de Paris s’est enfourné strictement dans la même stupidité géopolitique.

Trois types d’avions-cargos militaires ont effectué leurs aller-retours entre la Base aérienne Al-Dhafra aux Émirats arabes unis (EAU), laquelle abrite abrite la Base aérienne 104 de l’armée de l’Air & de l’Espace (aAE) créée le 1er septembre 2008, et l’Aéroport de Kaboul : nos Airbus A400M, Lockheed C-130J Super Hercules et Lockheed C-130H.

Ces évacuations aériennes au départ de l’Aéroport de Kaboul ont duré du 15 au 27 août 2021. Inutile de vous dire que tous ces Afghans, majoritairement des hommes, contrairement aux Italiens qui auront pris soin, sur les 4.832 civils projetés, d’embarquer 1.062 femmes et 1.146 enfants, ont été acheminés en France.

| Q. Ne peut-on pas espérer un minimum de reconnaissance de la part de ces gens ?

Jacques Borde. C’est ce que fait mine de croire la majorité de nos classes politiques made in Brusells.

C’est, évidemment, complètement illusoire et même dangereux.

Je m’explique. Parmi les toutes premières réactions recueillies auprès des premiers réfugiés (sic) à débarquer, le 16 août 2021, à l‘Aéroport Roma-Fiumicino, ne furent entendus, par la radio qui les interrogeait, aucun remerciement, mais, a contrario, des paroles lourdes de sens, à propos du sentiment de « trahison » qui les habitait quant au rôle des États-Unis, principalement. Quant à remercier les militaires italiens présents à qui ils devaient tant. Ne rêvons pas.

| Q. Les Américains, pas les Européens ?

Charlotte Sawyer. (Sourire) Well. Vous vous attendiez à quoi ?

Primo. Je ne suis pas certaine que l’Afghan lambda, s’il souhaite manifester concrètement sa rancœur à l’égard des vilains Yankees que nous sommes s’évertuera tant que ça à trouver de mes compatriotes. Je pense que le premier Européen, ou Européenne, qui lui tombera sous la main, ou plutôt le couteau, fera l’affaire.

Secundo. Petit détail qui a son importance, arrivent plus de 90% de ces réfugiés (sic) afghans ? Dans le Delaware ? Ça ne serait pas plutôt en Espagne, France et Italie que s’échinent à les faire débarquer les compradores de vos Gauches financiarisées ?

Tertio. Qu’espérer réellement, de personnes ayant fui comme des pleutres leur pays sans lever le petit doigt pour le défendre ?

Jacques Borde. Plus inquiétant me semble ce ressentiment à 100% occidentalo-centré. Ces Afghans – dans une réaction, au contraire, fortement ethnico-centrée – n’ont semblé retenir aucun grief contre leurs propres compatriotes. Notamment les centaines de milliers de membres de l’Afghan National Army (ANA), qui ont détalé sans tirer même un coup de feu sur les Tāliban. C’est à cette lie que nous ouvrons les bras ?

Charlotte Sawyer. Last but no least, cet épisode impliquant un officier étasunien à l’Aéroport de Kaboul. S’enquérant de savoir si la fillette, visiblement terrorisée, qui accompagnait un de nos si aimables réfugiés (sic) d’âge mur était bien sa fille, l’officier aurait eu droit à la réponse suivante :

-Non, c’est ma femme.

À ce que j’en ai entendu dire, le couple (sic) aurait embarqué sans problème dans un de nos rutilants C-17 Globemaster III. Au passage, ce sont quelques 123.000 civils (sic) afghans (dont 79.000 par notre Air Force ) qui ont été sortis du pays. Où sont-ils donc autant qu’ils sont ?

Ça promet. Et, au fait, combien de cas similaires ?

Sinon, à propos de la dignité des uns et des autres, le ministro della Difesa della Repubblica Italiana, Lorenzo Guerini4, aura été bien seul, le 30 août 2021, à accueillir les 79 derniers militaires italiens de la Joint Evacuation Task Force (JETF).

Comme l’a dit, en cette sombre occasion, la mère d’un des 53 soldats italiens morts en Afghanistan, présente ce jour-là :

« l’État, les institutions : qui les entend ? Qui les voit ? ».

[À suivre]

Notes

1 Par ailleurs connu en tant que Gun control activist.
2 Littéralement : Ceux qui exigent [le savoir], pluriel de Talib (Taliban s’écrit donc sans ‘s’ final) terme pour désigner des étudiants en religion. En ouzbek Tolibon À traduire plus classiquement par Chercheurs ou encore Séminaristes.
3 Il regroupe six pétromonarchies du Golfe Persique : Arabie Séoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis (ÉAU), Koweït, Oman et Qatar.
4 Passé par la Democrazia Cristiana (DC, dite la Baleine blanche) et aujourd’hui encarté au Partito Democratico (PD).

 

A Propos Jacques Borde

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