Quid des Guerres & des morts “rayés de la carte du temps” (sic) zemmourien ? [1]

| Liban /France | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

Affichant des connaissances du niveau CM2, le candidat putatif Éric Zemmour, n’en finit pas de réécrire l’Histoire, de la France d’abord : 1- dynamitage en règle de la damnation memoriae qui nous avait, à bon compte, débarrassé de Pétain : 2- tentative de nous faire passer Papon pour un gentil (sic) fonctionnaire ; 3- accuser les femmes de France de passer leur temps à se taper de l’occupant puis du libérateur ; voilà que “Zéro-Éric” s’attaque à l’Histoire du Liban, où il oublie (sic), entre autres, les Quatre guerres de facto menées par son puissant voisin du Sud, Israël… Partie 1.

« Le Liban a connu une invasion de populations musulmanes, puis la guerre civile, puis la division selon les communautés, puis la destruction de l’État, et aujourd’hui la misère. C’est ce qui attend la France si l’on ne fait rien ».
Éric Zemmour.

« Quels que soient les États actuels, leur configuration ou leurs régimes, la seule justification spirituelle de la chrétienté orientale demeure sa transcendance en tant que famille d’Églises liées organiquement entre elles et toutes ensemble aux non-chrétiens par l’amour, sans aucune politique calculatrice, car l’Église n’est pas une nation parmi les autres. Les horizons imposent à ces Églises un œcuménisme mû par un élan de fidélité à tous et à la volonté d’une croissance de l’humanité levantine tout entière (…). Il s’avère impossible d’être ensemble dans la vérité sans l’être au service des autres. C’est seulement le sens que nous avons du musulman d’une part, de l’arabité de l’autre, de la judéité un jour, qui nous guérira de notre verbosité œcuménique. Être connus de Dieu seul pour nous fonder ensemble en Église créative de ses membres, de ses valeurs et de la culture, me semble être l’exigence première du renouveau ».
Mgr. Georges Khodr, métropolite grec-orthodoxe de Byblos et Batroun, exarque du Mont-Liban.

| Q. Vous avez lu, le résumé saisissant que fait Zemmour, de l’Histoire récente du Liban ?

Jacques Borde. Oui, hélas. Cela confirme l’analphabétisme chronique du personnage pour tout ce qui touche à l’Histoire, la géostratégie, la géopolitique et les relations internationales.

Zéro date, zéro repère factuel=zéro pointé à un devoir sur table ! C’est tellement énorme et affligeant qu’on se demande par où commencer pour traiter du sujet et redresser les choses. En fait, les propos de Zemmour sont tellement réducteurs donc, par là, faux, qu’il faudrait quasiment un livre entier pour remettre les choses dans l’ordre.

Tout ceci nous venant d’un journaliste (sic)qui, à ma connaissance, n’a jamais mis les pieds au Liban. Pas plus, semble-t-il, que dans d’autre pays de ce Proche et Moyen-Orient à qui, comme BHL1 d’ailleurs, il distribue force leçons de gouvernance.

| Q. Pour vous le plus énorme, c’est quoi ?

Jacques Borde. Plusieurs choses, en fait.

D’entrée, Zemmour oublie (sic) que les musulmans libanais, à 99%, SONT Libanais. Plus précisément et, techniquement, Syriens. Ou Grands-Syriens, si l’on veut être précis. Et, surtout, que le Liban, qui est un territoire mandataire issu directement des disputes coloniales incessantes entre Londres et Paris, a été créé par et pour une force occupante : la France.

Si l’on prend, plus précisément, les Maronites, leur nom, maronite, leur vient de Saint Maron (ou Maroun), qui a vécu à Barad, ville relevant du gouvernorat d’Alep, en… Syrie, où les premières communautés maronites se sont formées au début du Ve siècle.

À titre indicatif, la distance, à vol d’oiseau entre Alep et Beyrouth nous donne : 299,15 km. Le trajet par la route : 369,70 km. Ce qui, en des temps plus anciens, voulait dire autre chose.

Quant aux chiffres globaux concernant le Liban, le CIA World Factbook, une source qui en vaut d’autres, nous offre une approche intéressante qui nous donne la répartition suivante : les musulmans légalement enregistrés forment environ 61,1% de la population qu’ils soient sunnî (30,6%), chî’îtes(30,5%), alaouites ou ismaélites et autres. Les chrétiens enregistrés représentent environ 33,7% (essentiellement maronites, mais aussi grecs orthodoxes, grecs catholiques, arméniens orthodoxes, arméniens catholiques, protestants, romains catholiques, syriaques catholiques, syriaques orthodoxes, assyriens, chaldéens et coptes) et enfin les Druzes avec 5,2%1.

La seule chose qui puisse correspondre à ce que “Zéro-Zemmour” nomme « invasion de populations musulmanes » (sic), et vu ce qu’il en dit par ailleurs, c’est l’arrivée, en masse de réfugiés palestiniens, mais, qui, dommage pour sa démonstration (sic), étaient musulmans et chrétiens, en 1948. Quant à appeler ces réfugiés « envahisseurs » (sic)…

Ensuite, je trouve un peu fort le café de réduire plusieurs décennies d’heurs et malheurs du Liban en ces quelques mots : « puis la guerre civile, puis la division selon les communautés, puis la destruction de l’État, et aujourd’hui la misère ».

Mais, il y pire, et la plus grosse bourde de Zemmour n’est pas là.

| Q. Où donc, alors ?

Jacques Borde. Zemmour oublie (sic) les quatre guerres de facto menées, sur le sol libanais, par son puissant voisin du Sud, Israël. Quand – indépendamment de ses motifs, et raisons stratégiques qui ne sont pas notre sujet, aujourd’hui – la première puissance militaire du Proche-Orient vous tombe dessus, ça cause pas mal de dégâts…

| Q. Quatre, vous dites ?

Jacques Borde. Oui, quatre :

-1978, Opération Litani.
-1982, Opération Paix en Galilée.
-1996, Opération Raisins de la colère.
-2006, Guerre Hezbollah-Tsahal.

Reprenons dans l’ordre chronologique, ces guerres rayées de la carte du temps (sic) zemmourien :

-1978, Opération Litani, ou ‘Mivtsa Litani’), partie de la Guerre du Liban du 14 au 21 mars 1978 au cours de laquelle Tsva Haganah Ley’Israel (IDF)2 envahit une partie du Sud Liban sur une profondeur d’environ 40 km, pour y détruire le maximum possible des infrastructures de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP)3, et repousse l’Organisation au-delà du Litani, vers Saïda ou Beyrouth.
-1982, Opération Paix en Galilée, ou Mivtsa Shalom La’Galil, aussi appelée Invasion du Liban de 1982, en arabe Ghazou Loubnan ‘Am 1982. Là, Tsahal envahit le Sud du Liban à partir du 6 juin 1982. But affiché : faire cesser les opérations tant de l’OLP que du Jabhah al-Sha`biyyah li-Taḥrīr Filasṭīn (FPLP), lancées depuis le Liban.
-1996, Opération Raisins de la Colère, ou Mivtsa Enavi Zaam, et, côté libanais, connue sous le nom d‘ʿUdwān Nīsān (Agression d’avril), opération visant, 16 jours durant, les forces du Hezbollah au Sud Liban afin de faire cesser les tirs contre les villes du Nord d’Israël, et particulièrement contre la ville de Kiryat Shmona. À la suite de la médiation de la France et des États-Unis, un cessez-le-feu est obtenu le 27 avril 1996. Cette offensive a fait en 16 jours 175 morts et 351 blessés, pour l’essentiel des civils, et jeté sur les routes du Liban plus de 300.000 réfugiés.
-2006, la Guerre Hezbollah-Tsahal, ou Milhemet Levanon Ha’Shniya (2ème Guerre du Liban) pour les Israéliens. Et, au Liban Ḥarb Tammūz, soit la Guerre de juillet. Ce à compter du 12 juillet 2006. Une trêve correspondant à la Résolution 1701 de l’ONU est intervenue le 11 août, au plus fort des combats. Est usitée dans les milieux spécialisés la dénomination Guerre des 33 Jours.

Le propos de cet entretien n’étant pas, à proprement parler, ces guerres du Levant, leurs tenants et  aboutissants, libre à ceux que le sujet intéresse plus avant, d’aller faire un tour sur le blog.

À titre de comparaison, le raccourci (sic) adopté par Zemmour reviendrait, appliqué aux relations franco-allemandes, à faire totalement l’impasse sur :

-la Guerre de 1870 ;
-la 1ère Guerre mondiale ;
-la 2ème Guerre mondiale.

Et à n’évoquer que la Commune de Paris en tant que « guerre civile ».

Enfin, qu’attendre d’un historien (sic) qui en arrive à confondre Attila et Gengis Khan ?

[À suivre]

Notes

1 Qui, lui, a fait l’effort de se déplacer sur zone. Même si c’est avec d’infinies précautions et limitations…
2 Ou צְבָא הַהֲגָנָה לְיִשְׂרָאֵל; acronyme Tsahal, צה”ל, en anglais, Israel Defense Forces.
3 Ou Munadhamat al-Tahrir al-Filastiniyah, منظمة التحرير الفلسطينية, Palestine Liberation Organization (PLO), rapidement contrôlée pat, notamment, par Yasser Arafat (Mohamed Abdel Raouf Arafat al-Qoudwa al-Husseini, pour l’état civil) et connu aussi sous son nom de guerre (kounya) Abou Ammar.

A Propos Jacques Borde

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Plantu, Soral, Zemmour : Qui a le droit de dire quoi ? [1]

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