Idlib Ou la Partie nulle de Moscou…

| Guerre de Syrie | Questions à Yves Bataille |

Est-il encore utile de présenter Yves Bataille, unde nos rares vrais connaisseurs des Balkans & de l’Est européen ? Disons simplement ceci : Yves Bataille a successivement dirigé la Lettre de la Françité, la Lettre Géopolitique & collaboré aux Cahiers du CDPU. Avant de conseiller une partie de la classe politique serbe & d’apporter son concours à la défense de Radovan Karadžić devant le ô combien controversé Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Une manière de dire que ses propos de la Guerre au Levant où se jaugent & s’affrontent Ankara Vs Moscou ne doivent pas être pris à la légère. même ce texte n’est pas récent, l’analyse reste, hélas, actuelle & d’une rare pertinence !…

« Alors que l’offensive des forces syriennes et de leurs alliés dans la province d’Idleb se poursuit, d’innombrables politiciens, experts, journalistes, humanitaires et artistes occidentaux dénoncent la soi-disant « inaction » de nos dirigeants en Syrie depuis 2011. Cet argument serait recevable si les puissances occidentales s’étaient contentées d’initiatives diplomatiques stériles depuis le début de ce conflit. En réalité, c’est précisément leurs actions dans cette guerre qui nous ont menés vers la catastrophe actuelle. En effet, pour renverser Assad, elles se sont clandestinement impliquées dans l’une des plus vastes guerres secrètes de l’histoire de la CIA, aux côtés de leurs alliés turcs, israéliens et pétromonarchiques. Au lieu de dénoncer la prétendue ‘inaction’ occidentale, les personnalités qui s’indignent de la crise humanitaire à Idleb devraient renouer avec le réel. Elles prendraient alors conscience des effets délétères de cette gigantesque guerre secrète, qui suscita la montée en puissance de la nébuleuse djihadiste anti-Assad, l’intervention russe de septembre 2015, et l’aggravation persistante de ce conflit »1.
Maxime Chaix, Deep-News.media.

| Q. L’aparté entre Poutine et Erdoğan, ça vous a inspiré ?

Yves Bataille. Le Sultan s’en sort bien ! Je l’ai déjà écrit, Poutine gagne, Poutine perd, Poutine avance, Poutine recule, Poutine fait quelque chose, Poutine ne fait rien mais Poutine a toujours raison. L’idolâtrie ne se discute pas, ceux qui ne chantent pas l’ode à Poutine sont des imbéciles qui n’ont rien compris.

En fait c’est le Sultan qui mène la barque. Il obtient un répit en Syrie, des avantages à Bruxelles et des promesses à Washington !

| Q. Et plus concrètement ?

Yves Bataille. Dans l’entrevue d’hier à Moscou avec la délégation turque conduite par Erdoğan, qu’a gagné la Russie ? Le passage des Détroits (Bosphore et Dardanelles) que certains en Turquie voulaient remettre en question a été maintenu. Cette menace ne pouvait toutefois être appliquée que si les deux pays, la Turquie et la Russie, avaient été en guerre or ils ne le sont pas.

L’Article 5 de solidarité otanesque avec un membre attaqué ne joue pas.

| Q. Pas grand chose de positif, donc ?

Yves Bataille. L’accord s’est fait sur un bout d’autoroute au Sandjak d’Idlib, c’est ainsi qu’Erdoğan voit les choses. Même si on nous dit que les Barbus ne sont pas d’accord, le Sultan peut rentrer à Constantinople occupé et faire croire à ses sujets que Poutine a cédé.
On nous rétorquera que cela n’a pas d’importance et que le Sultan est en train de s’ensabler en Syrie et en Libye mais l’Etat syrien semble absent de ces grandes négociations et les Grecs en Thrace et dans les îles continuent de subir le lancer de migrants, cela ne pouvant s’arrêter que si l’Union Européenne augmente la rançon.

Rien sur l’Iran qui paie un prix fort pour aider la Syrie libre ni sur les Kurdes éternellement gros-Jean comme devant mais c’est un peu de leur faute…

| Q. Et la trêve ?

Yves Bataille. La trêve d’Erdoğan a duré exactement 18 minutes. La Turquie n’a pas l’intention de remplir ses obligations…

| Q. Pourquoi si peu ? La faiblesse de l’un (Moscou) et la détermination de l’autre (Ankara) ?

Yves Bataille. La Turquie mène une guerre illégale et sournoise dans le pays voisin de Syrie et la moindre des choses aurait été de lui demander de mettre au pas les groupes islamiques qui dépendent d’elle et de libérer le territoire d’Ilib. Eh bien au lieu de cela, la présence turque à Idlib est légitimée et l’accord ne porte que sur un cessez-le feu déjà violé et des patrouilles communes sur un tronçon d’autoroute.

Le Sultan qui pouvait s’attendre à être grondé ne l’a pas été et est reparti dans son pays la tête haute.

Washington qui n’a pas de problème de migrants asiatiques à la frontière a pondu un communiqué de satisfaction, son Cheval de Troie otanesque est conforté dans sa fonction de défendre et d’entretenir les héritiers d’Al-Qaïda et autres amis de Fabius qui continuent de faire du bon boulot. Le Sultan peut continuer à penser la région qu’il occupe comme le nouveau Sandjak d’Idlib et le voyage à Canossa que certains disaient s’est révélé être un coup pour rien. On connaît la suite qui est la poursuite de la guerre impérialiste contre la Syrie avec un protecteur qui risque de perdre du crédit chez des alliés dont il a besoin (Syrie, Iran…).

| Q. Vu de Washington, on voit ça comment ?

Yves Bataille. Comme toujours, les fauteurs de guerre US font la morale. Et inversent les rôles !

Et qu’on ne vienne pas nous parler d’État profond et d’État légal, hors de certaines questions sociétales, tout cela se confond…

Mentionnée en grand dans l’agence Anadolu, l’inversion des rôles par les États-Unis mérite son pesant de pois-chiche. Il est évident qu’Erdoğan se sert de ce « soutien » pour toiser Moscou.

Tout est faux et inversé dans ce que dit le secrétaire d’État US Pompeo (à noter qu’il insiste sur le fait que la Turquie est un allié de l’OTAN) mais l’individu reste vague sur les « demandes » d’Ankara…

« Nous sommes entièrement convaincus que la Turquie, notre alliée à l’OTAN (…), a pleinement le droit de se défendre contre le danger que crée (le président du Régime syrien Bachar) el-Assad, les Russes et les Iraniens l’intérieur de la Syrie ».
Pompeo a ajouté que des « centaines de milliers de Syriens, toutes croyances confondues, mais à majorité des musulmans, subissent les affres de ce que font le Régime d’el-Assad, les Russes et les Iraniens, à l’intérieur d’Idlib. Le gouvernement turc nous a demandé certaines choses et à notre tour nous procédons à l’évaluation de ces demandes ».

| Q. Et la posture de l’Europe ?

Yves Bataille. Mais l’Europe est un syndicat germano-américain surtout depuis l’adhésion des anciennes dépendances soviétiques de l’Est qui ont troqué une soumission pour une autre. C’est à la porte ouverte qui rapporte. Les Eunuques (sic) de Bruxelles qui ont ruiné la Grèce, Allemagne en tête, font du bon boulot !…

Pourquoi le Sultan se gênerait-il ? Il a le soutien de Bruxelles et de Washington. 500 M€ et des visas pour les Turcs. Merci à l’allemande Ursula von der Leyen et à ses eunuques !

| Q. La crise semble aussi se déplacer vers les Balkans, ou je me trompe ?

Yves Bataille. L’Albanie prépare six centres pour recevoir les Syriens (sic). Au milieu des années 1990, les Anglo-Américains avaient transféré des milliers d’Afghans pour leur guerre en Bosnie (et au Kossovo).

À surveiller car, comme le disait l’ex-banquier Holbrooke2 de venu envoyé spécial de Clinton pour es Balkans, l’État albanais ne contrôle que son immeuble et encore. Évidemment les titulaires albanais vont être payés gras pour ça mais ces faux réfugiés qui ne sont pas tous syriens pourront servir à autre chose. Il faut savoir que le groupe des Moudjahidines du Peuple3 qui sert à mener des actions terroristes en Iran est basé lui aussi en Albanie…

Notes

1 Deep-News.media.
2 Il s’agit de Richard Charles Albert Holbrooke, Assistant Secretary of State for European & Eurasian Affairs, qui, en 1995, mis en place les Accords de Dayton.
3 Yves Bataille parle là du Sazéman-é Mujaheddin-é Khalq-é Iran (MeK), aussi basé en… France.

 

A Propos Jacques Borde

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