Ensemble contre la Terreur takfirî… [2]

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Comme nous l’a confirmé François Kao sur AGORA Actualités, Alger & Moscou seraient prêts à se bouger (sic) au Mali ! & Paris dans tout ça ? dans la mesure où – comme nous l’avons fait avant eux – Algériens & Russes auraient, semble-t-il, opté pour un cavalier seul, qui ne suffira pas pour éradiquer (comme l’ont fait les Birmans) la terreur takfirî & ses métastases ? En ces jours où nous nous souvenons – mais, in fine, ne faisons que ça – du 13 novembre, n’est-il pas, enfin, pour Alger & Paris (leurs têtes politiques, je veux dire) temps de se comporter en adultes ? Depuis 1962, il serait temps, non ? Partie 2.

« 12 des combattants islamiques ayant massacrés ou aidés logistiquement aux boucheries de Paris, Saint Denis et Bruxelles sont passés par les flux de migrants en revenant de Syrie et d’Irak.
Ils sont passés soit par la Grèce, soit par la Hongrie.
Donc oui, il connaissait le danger, mais n’a pas agit en conséquence.
Combien d’autres au milieu des migrants amassés à la frontière polonaise ? ».
Sam Uel.

« Les familles ont fait des efforts incommensurables pour trouver la force de témoigner (…) de trouver le chemin de la réconciliation y compris avec les terroristes eux-mêmes et les personnes qui sont poursuivies ».
Raquel Garrido, ex-porte parole LFI et élue PCF.

« Finalement! c’est l’armée rouge qui sera envoyée au Mali à la place de Wagner… fin de la polémique ».
Sergueï V. Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères.

« 1994 – Pasqua: ‘Terrorisons les terroristes!’
2021 – Garrido (France Insoumise ): ‘Réconcilions-nous avec les terroristes” ».
Eber Haddad.

| Q. Et ceux qui vous dirons qu’Alger n’est pas vraiment notre ami ?

Jacques Borde. Plusieurs choses à ces propos que, dans un instant de bonté, je qualifierai de niaiseux, comme disent nos amis québécois :

1- la situation entre Paris et Alger est, internationalement parlant, stable, reposant sur des accords et des traités, à commencer par celui d’Evian.
2- nos militaires se parlent, sans soucis majeurs, avec une régularité de métronome.
3- idem pour nos Renseignements.
4- où voyez-vous que nous soyons en situation de tension géostratégique ou de crise ouverte avec Alger ?

Par pitié, ne mélangeons pas les genres, pour occuper l’espace médiatique à n’importe quel prix. Pour ce qui s’en souviennent, nous n’en sommes pas, comme en 1967, lorsque l’Égypte avait décidé de bloquer le Détroit de Tiran1. Un blocus étant au regard du Jus foedi, un casus belli. Les querelles verbales – outre qu’elles sont souvent convenues, cela permettant d’éviter de traiter des vrais sujets – entre Alger et Paris étant du niveau du préau d’école.

Quand bien même. Je vous ferais remarquer que d’une guerre mondiale à l’autre, Paris et Rome ont été successivement : alliés, ennemis, puis, aujourd’hui, à nouveau alliés et membre de l’Alliance atlantique et de l’OTAN.

Cessons d’extrapoler des crises qui n’en sont pas à partie de propos de politiciens dépassés par les réalités et de billevesée de niveau CM2 tenues par des chroniqueurs analphabètes géopolitiquement.

| Q. Et lorsque Éric Zemmour Twitte que « Macron se fait traiter comme un écolier par les Algériens » ?

Jacques Borde. C’est le propre, hélas, des relation franco-algériennes que d’être polluées par des déclarations de ce type qui ne vont jamais bien loin. À peine jetées en pâture aux media, elles n’impactent guère les professionnels qui ont autre chose à faire. Cela dure depuis 1962.

Ainsi, le ministre des Affaires étrangères & de la Communauté nationale établie à l’étranger, Ramtane Lamamra, qui en a vu d’autres au cours de sa longue carrière diplomatique2, saluait, dès le 10 novembre 2021, des déclarations de l’Élysée manifestant « du respect » envers l’Algérie, et annoncé qu’Alger participerait bien à la conférence sur la Libye à Paris.

Encore une fois Éric Zemmour qui ne sait évidemment RIEN de ce qui se passe en coulisses, et qui prend ses lubies algérophobes pour des réalités, extrapole.

À un moment que le bocal médiatique (sic) se calme et laisse les gens sérieux – barbouzes, diplomates, stratèges, etc. – travailler.

| Q. Qu’est-ce qui avait provoqué ce dernier coup de chaud entre Paris et Alger ?

Jacques Borde. Des propos de Macron, rapportés le 2 octobre 2021, par Le Monde :
-sur le système « politico-militaire » algérien accusé d’entretenir une « rente mémorielle » -sur « la construction de l’Algérie comme nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question (…) ».

| Q. Et, c’est vrai ou faux ?

Jacques Borde.(Sourire) Là, n’est pas la question. Les relations internationales et a la diplomatique c’est aussi :

-éviter les sujets qui fâchent. Surtout lorsque s’approchait à grand pas notre conférence internationale sur la Libye où, regardez une carte, la présence algérienne avait quelques raisons d’être.
-éviter des sujet qui n’ont, géopolitiquement et géostratégiquement plus aucun intérêt. Imaginez qu’à l’orée d’une rencontre France-États-Unis, portant quant au fond sur l’aide logistique que nous concède l’ombrageux l’hêgêmon thalassocratique étasunien que notre chef d’État-Major des armées (CEMA), le général d’armée Thierry Burkhard, ait à l’idée de rappeler aux Yankees que Washington, planteur esclavagiste, ne valait pas grand-chose comme commander-in-chief et que c’est le Français Rochambeau3, ses petits camarades et ses troupes, qui lui ont gagné sa Guerre d’Indépendance.

Je vous laisse imaginer le tableau.

Notez, à propos de l’incident avec Alger, que le président de la République algérienne démocratique & populaire, Abdelmadjid Tebboune, qui n’est pas tombé de la dernière pluie, avait déclaré à Der Spiegel, que Paris « a rouvert un vieux conflit de manière totalement inutile (…). Pourquoi a-t-il dit ça ? Je pense que c’était pour des raisons électorales stratégiques ».

Comme quoi, personne de sérieux, des deux côtés de la Méditerranée, n’a jamais nourri d’illusions sur quoi que ce soit. Alors, pourquoi perdre son temps en querelles d’Allemand ?

| Q. Et la réalité, alors, elle se niche où ?

Jacques Borde. La réalité, c’est que« L’Algérie est prête à intervenir au #Mali si les autorités maliennes font une demande ». Et, ça, ça n’est pas moi qui l’affirme, mais bien le président Tebboune. « Tout est clair maintenant sur les relations diplomatiques et coopération militaire entre l’Algérie et le Mali depuis plusieurs jours de soupçon », note ainsi François Kao sur Agora Actualités.

Une déclaration qui intervient après le réchauffement des relations diplomatiques et de coopération militaire entre les deux pays après des visites des hauts responsables du Mali en Algérie et d’Algérie au Mali. Donc, les choses sont bien en train de bouger. Et, ce qui est en train de se produire au Mali et en Méditerrannée avec la projection de la marine russe :

-aura des répercussions indirectes sur ce qui se passe à la frontière algérienne.
-pourrait avoir des des répercussions plus directes encore, Moscou étant un vieux partenaire d’Alger quant aux questions de Défense.

Et, pour Moscou, se projeter durablement en Algérie lui sera beaucoup facile qu’en Syrie.

| Q. Quid de Paris, dans le scenario régional qui se dessine ?

Jacques Borde. Comme l’a noté François Kao :

« L’Algérie est la deuxième puissance militaire en Afrique et un éminent responsable de l’accord d’Alger. Selon plusieurs sources secrète, les militaires algériens ont bénéficié des formations de l’armée russe pour être déployé au Mali dans le cadre avec l’arrivée du groupe Wagner. Ce qui est choses inacceptable par la France ».

Sur le long terme, n’est-il pas plutôt temps qu’un vrai gouvernement national – et pas celui d’agitateurs de plateau TV – prenne les commandes de ce pays. Et qu’un vrai front commun Vs la terreur takfirî se mette en place ?

Aujourd’hui, il est clair que les efforts d’une France – aussi peu soutenue qu’on puisse l’être par la camarilla OTANO-européiste – en fait seule au Sahel, sont voués à l’échec. Or, il est aussi à craindre que le duo Alger/Moscou face à la terreur takfirî ne suffise pas à la tâche. Manquera en ces régions l’expertise de nos forces armées.

Il est donc temps que de gens de la trempe de M. Mariani ou du général (CR) Vincent Desportes4 se mettent au travail. Et que les seconds couteaux restent chez eux.

Assez joué…

Notes

1 Le blocage du Détroit de Tiran est un des éléments déclencheurs de la Guerre des Six Jours de 1967.
2 Représentant notamment l’Algérie près les Nations-unies à New York de 1993 à 1996 et Commissaire à la paix & à la sécurité de l’Union africaine de 2008 à 2013.
3 Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau, né le 1er juillet 1725 à Vendôme et mort le 10 mai 1807 à Thoré-la-Rochette (Loir-et-Cher). 1780, il est envoyé, avec le rang de lieutenant-général, à la tête de 6.000 hommes pour aider les colons américains dirigés par George Washington contre les troupes de la Couronne britannique, mais largement germaniques.
4 ex-Commandant du Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), ancien directeur de l’École de guerre (ex-Collège interarmées de Défense), Professeur associé à Sciences Po Paris, diplômé de l’United States Army War College (équivalent US du Centre des hautes études militaires de l’armée de Terre).

 

A Propos Jacques Borde

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