Joséphine Baker, Grande dame de la France libre enfin au Panthéon.

Joséphine Baker, Grande dame de la France libre enfin au Panthéon.
| France | Mémoire | JosephFélix Quiñones |

Texte & mise au point de Joseph Félix Quiñones sur le Panthéon & qui y entre. Le titre est de la rédaction.

« La France a fait de moi ce que je suis, elle peut me demander ce qu’elle veut ».
Joséphine Baker.

Joséphine Baker est une célèbre chanteuse et danseuse des années folles de renommée mondiale mais c’est aussi, et on le sait moins, une figure de la Résistance et de la lutte antiraciste. Décédée en 1975, elle fait sont entrée au Panthéon ce 30 novembre 2021.

Qu’est-ce que le Panthéon et pourquoi y fait-elle sont entrée ?

Le Panthéon, dessiné en 1764, devait d’abord être une église dédiée à Sainte Geneviève, patronne de Paris.

En 1791, en pleine Révolution, l’Assemblée Nationale décide d’en faire un temple laïc baptisée Panthéon en référence aux dieux grecs pour honorer la mémoire des nouveaux héros de la Patrie.

Le premier à être « panthéonisé » est Mirabeau en 1791, c’est aussi le premier à en ressortir, victime de disgrâce.

Au fil des changements politiques du XIXe siècle, l’édifice est devenu un temple avant de retrouver sa première fonction en 1885 à l’occasion des funérailles de Victor Hugo. Un décret précise même que « Le Panthéon est rendu à sa destination primitive et légale. Les restes des grands hommes qui ont mérités la reconnaissance nationale y seront déposés ».

Plus de la moitié des « grands hommes » sont entrés au Panthéon sous l’empire, ce sont pour la plupart des militaires ou des dignitaires, aujourd’hui peu connus. Citons parmi les plus célèbres Voltaire, Rousseau, Jean Jaurès, Emile Zola, Pierre et Marie Curie, Simone Veil, ou encore Jean Moulin.

Pendant plus de 200 ans, aucune femme n’est entrée au Panthéon. La première à y être entrée est Sophie Berthelot, en 1907, pour ne pas être séparée de son mari, le scientifique Marcellin Berthelot. Il a fallu attendre 1995 pour qu’une femme entre au Panthéon en reconnaissance de son travail : il s’agit de Marie Curie qui a découvert le radium et le polonium et a reçu deux prix Nobel. Elle est entrée au Panthéon aux côtés de son mari, Pierre Curie.

Joséphine Baker, de son véritable nom Freda Joséphine McDonald est née à Saint Louis, dans le Missouri en 1906.

La petite fille vie misérablement avec sa mère, son frère et ses deux sœurs. Son père a délaissé la famille lorsque Joséphine avait un an.

Pour subvenir aux besoins de la famille, sa mère la place très tôt dans une famille « de Blancs » afin qu’elle travaille. Elle quitte définitivement l’école en 1920 pour se marier avec Willie Wells, elle a treize ans mais divorce rapidement et se remarie avec Willie Baker à quatorze ans.

Passionné par la danse dès son plus jeune âge elle imagine et organise des spectacles pour ses amis. À seize ans elle se fait engager comme habilleuse dans la troupe Booker Washington Theater ; un jour elle est amenée à remplacer une danseuse malade, c’est là que commence la merveilleuse carrière de Joséphine : elle gagne son premier cachet. A partir de là et jusqu’à ses dix huit ans elle voyage entre New York et Chicago et multiplie les aventures artistiques.

En 1925 elle est repérée et engagée pour une revue à Paris et s’embarque alors pour la capitale française. Elle donne une centaine de représentations en France et à l’étranger mais décide de rompre son contrat pour signer aux Folies Bergères où elle aura un des premiers rôle dans La revue nègre. Quasiment nue, vêtue d’un pagne elle danse le charleston.

En 1930, sa carrière de chanteuse explose avec le titre J’ai deux amours. Elle gagne alors une notoriété considérable et l’argent coule à flots. Elle fait alors preuve d’une grande générosité en faisant des dons aux hôpitaux et aux œuvres caritatives.

Elle ouvre son propre cabaret Chez Joséphine tout en continuant à se produire au Casino de Paris et aux Folies Bergères.

En 1937 Joséphine épouse Jean Lion, entrepreneur français d’origine juive qui lui donne la nationalité française en 1938. Ce mariage est, lui aussi, éphémère mais elle aide son mari et sa belle-famille à fuir aux États-Unis les sauvant certainement des camps de la mort.

Sous l’Occupation elle prend une part active dans la Résistance.

Elle est recrutée dès 1939 par le 2e Bureau des Forces Françaises Libres. Elle est nommée sous-lieutenant.

Grâce à sa renommée internationale qui lui permet de circuler librement elle aide des réfugiés à quitter le pays. Au cours de soirées mondaines, elle récolte des informations, elle se sert également de ses partitions pour transmettre des messages codés. Elle se mobilise également pour la Croix-Rouge.

Lors d’une mission à Lisbonne, elle cache dans son soutien-gorge un microfilm contenant
une liste d’espions nazis.

Elle s’installe au Maroc de 1941 à 1944, où elle chante bénévolement pour les troupes Françaises et alliées malgré des problèmes de santé.

Après la guerre, Joséphine continue ses activités pour la Croix-Rouge, elle mène aussi un autre combat : la lutte contre le racisme. Elle adhère au mouvement Renaissance de Harlem qui prône l’émancipation des noirs américains.

Elle se marie en 1947 avec Jo Bouillon, chef d’orchestre qu’elle a rencontré pendant la guerre lors d’une tournée. Ensemble ils fondent un « village du monde, capitale de la Fraternité universelle »au château des Milandes, que Joséphine a acheté, ils veulent montrer que des enfants de nationalités et de religions différentes peuvent vivre ensemble en paix. Ils accueillent régulièrement des enfants en manque d’amour ou dans le besoin. C’est au total douze enfants que Joséphine adoptera de toutes origines et de toutes religions. Elle les appellent la Tribu arc en ciel.

Ayant risqué sa vie à plusieurs reprises pour la liberté de la France, elle est décorée de la Médaille de la Résistance en 1946 et reçoit en 1961 la médaille de la Légion d’Honneur ainsi que la Croix de Guerre 1939-1945 des mains du Général Vallin.

Malheureusement, le grand cœur et la naïveté de Joséphine la ruine : elle est criblée de dettes.

En 1968, le château des Milandes est vendu aux enchères, elle se barricade dans la cuisine mais les nouveaux propriétaires n’auront aucun scrupule à la mettre dehors.

A 62 ans elle remonte sur scène pour rembourser ses dettes.

Une revue au Casino de Paris qui retrace sa carrière est un triomphe cependant Joséphine est épuisée, après quelques représentations elle est retrouvée inanimée dans son appartement parisien et transporté à la Salpêtrière. Elle décède le 12 avril 1975 des suites d’une hémorragie cérébrale. Ses funérailles ont lieux à la Madeleine le 15 avril, elle est inhumée à Monaco.

Joséphine Baker est, ce 30 novembre 2021, la sixième femme a faire son entrée au Panthéon, c’est aussi la première femme de couleur noire à y entrer.

 

 

A Propos Jacques Borde

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