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Après Bir al-Abd, que faire ? Frapper vite & fort !

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Une fois encore la terreur takfirî vient de frapper. Cette fois-ci les victimes sont d’innocents Soufî d’Égypte en prière. Que faire ? Laissons au président as-Sīssī, le choix des armes, il est assurément le mieux placé pour prendre les décisions qui s’imposent & interrogeons-nous plutôt ce que, nous Français, nous ne devons surtout pas faire : 1- illuminer une fois de plus la Tour Eiffel ; 2- cherchez motivations & explications aux auteurs de cette énième boucherie nazislamiste ; 3- sortir nos leçons de modération & autre prurit droit-de-l’hommiste aux premiers coups qu’assénera l’Égypte aux ennemis du genre humain qui l’ont frappé. Que soient lâchés sur eux avec toute la fureur nécessaire les chiens de guerre1 de la première armée arabe. La région & le monde ne s’en porteront que mieux.

| Q. Nous sommes tous sous le choc face à ce qui vient de se passer dans le Sinaï ? Que va-t-il se passer et que pouvons-nous y faire ?

Jacques Borde. Votre question mériterait tant de réponses. Limitons-nous à deux qui me semblent essentielles :

Primo, le président ‘Abdu l-Fattāḥ Sa‘īd Ḥusayn Khalīl as-Sīssī qui conduit avec la juste fermeté qu’on lui connaît l’Égypte dans sa lutte contre la terreur takfirî née dans les bras du Jamiat al-Ikhwan al-Muslimin2 et portée par le traître Morsi trouvera dans le soutien du peuple d’Égypte la force et les moyens nécessaires de faire payer leur crime aux terroristes. Laissons-le, lui et ses généraux, trouver la voie du châtiment la plus dure et la plus efficace possible pour traquer et punir les ennemis de l’Égypte, que ceux-ci soient intérieurs ou extérieurs.

Secundo, pour répondre au second volet de votre question, je pense que l’Égypte ne sera pas seule.

| Q. Vous pensez que la France sera, comme toujours, a ses côtés ?

Jacques Borde. Désolé, je pensais à des gens un peu plus sérieux…

| Q. Parce que vous pensez que Paris n’est pas réellement aux côtés du Caire ?

Jacques Borde. Sérieusement, pour y faire quoi au juste ?

Nos Services de Renseignements collaborent déjà avec ceux du Caire. Donc, sur ce point pas de soucis. Mais au-delà ?

Je vous rappelle que les Égyptiens combattent à la fois un ennemi extérieur et intérieur. Or, quelle expertise peut bien avoir un État aussi laxiste et faible que le nôtre dans sa lutte contre ses propres ennemis intérieurs. À part dire à l’administration Sīssī de ne pas répéter nos abyssales erreurs ? Égrenons-en quelques unes, si vous le voulez bien :

1- les taupes d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)3 passées par le gruyère migratoire que sont nos frontières.
2- les Fichés S laissés libres dans la nature.
3- les mosquées salafistes laissées libres de prêcher la haine sectaire et antisémite.

Qu’allons-vous faire de plus pour aider l’Égypte ? Lui demander d’illuminer les Pyramides au couleur du drapeau national ?

| Q. Alors qui peut aider l’Égypte ?

Jacques Borde. Réellement ? Prenez une carte et regardez qui a en commun une partie du territoire, le Sinaï, d’où sont partis si ce n’est les hommes pour le moins les consignes ou les ordres de ce carnage. Et, si ce ne sont pas eux, ce sont leurs frères ! Alors que les flammes d’Até les engloutissent enfin et pour toujours !

Autant je suis sceptique quant aux moyens et aux enjeux entre Jérusalem et Riyad, face à la complexité qu’il y a s’opposer à l’Arc chî’îte avec un allié aussi peu fiable et peu courageux que les Séoudiens, autant je crois à l’efficacité d’une lutte – et, là, mettons les pieds dans les plat – parlons d’une offensive aéroterrestre âpre et brutale qui associerait les armées des deux pays, Israël et l’Égypte, de manière à purger définitivement le Sinaï des métastases de la terreur takfirî qui y prospèrent.

| Q. Par « âpre et brutale », vous entendez quoi ?

Jacques Borde. Quelque chose qui pourrait être une application de la doctrine Shock & Awe4 avec l’importance de la puissance de feu et la rapidité du mouvement. Plus l’expertise de Tsahal. Notamment celle acquise face au Katā’ib Izz al-Din al-Qassam5 qui, comme les Takfirî du Sinaï, est, techniquement parlant, un adversaire asymétrique.

| Q. Dites-donc, Choc & effroi : combien de fois m’en avez-vous parlé pour en souligner les limites ?

Jacques Borde. Parce que, en l’espèce, je vous parlais d’autres terrains, d’autres engagements. Principalement, parce que n’y existai(en)t :

Primo, ni la volonté sérieuse d’éradiquer l’ennemi. Le cas des Occidentaux, Américains et Français en tête, face à Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH), Jabhat an-Nusrah li-Ahl ach-Chām6, Al-Jayš al-Fateh (Armée de la conquête)7, Al-Qaïda, etc., pour ne parler que de ceux-là.

Secundo, ni les moyens pour y parvenir :

1- clairement le cas de la Russie en Syrie qui – regardons sérieusement, la réalité quantitative de l’engagement russe – n’est pas à la hauteur des enjeux. Rappelons, ici, que la Russie ne dispose que de ses moyens, qui ne sont plus ceux du Bloc soviétique.
2- tout aussi clairement le cas de la France dans la Bande Sahélo-saharienne (BSS). Où tels Sisyphe nos troupes roulent le même fardeau depuis le début de notre engagement dans la région. Aussi seules que les Russes en raison de, appelons un chat un chat, la lâcheté des autres Européens trop pleutres pour s’engager réellement à nos côtés.

Tertio, de manière générale la volonté, quel que soit le front extérieur, de ne pas y engager de troupes au sol. L’onaniste coalition (sauf la France au Sahel) : combien de divisons face aux terroristes takfirî ?

Comptez bien ! Nada ! Niente ! Zéro ! L’époque des coups d’épingles dévolus aux drones et aux forces spéciales est dépassé. Il est temps de passer aux choses sérieuses.

| Q. Et vous ne craignez pas des dommages collatéraux ?

Jacques Borde. Soyez plus clair : des pertes civiles. Non. Ni plus ni moins que celles que nos dirigeants ont minimisé lors de la Bataille de Mossoul et de la reconquête de l’Irak. Vae victis.

| Q. Et, là c’est différent ?

Jacques Borde. Cela pourrait. Là encore, regardons simplement la carte de la région. ce qui s’offre à nos yeux, c’est une magnifique tenaille – avec d’un côté Tsahal et de l’autre, l’armée égyptienne – pour broyer définitivement tout ce qui ressemble de près ou de loin à un soldat du califat8, un soutien ou un obligé de la terreur takfirî.

Aux armes de parler…

| Q. Et dans cette perspective, Paris n’a aucun rôle à jouer ?

Jacques Borde. Et lequel ?

Je ne parle, évidemment pas, de l’immense qualités de nos personnels. Voyez encore leur efficacité dans la Corne de l’Afrique où ce sont bien des forces spéciales françaises qui ont sauvé du désastre leurs consœurs américaines…

Non. Certes, techniquement, nous pourrions apporter notre écot à une Opération Mousquetaire9 new look, en associant nos Rafale à une opération en tenailles israélo-égyptienne sur le Sinaï sous la coupe des terroristes. Mais, entre nous, croyez-vous que l’Al-Qūwāt al-Gawwīyä al-Misrīya10 et l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal11 aient besoin de nos services ?

Je crois que la seule chose que nous puissions faire pour aider l’Égypte en cette affaire, c’est de la fermer…

| Q. Pardon ?

Jacques Borde. De nous taire ! Comme, de toute évidence, nous devrions aussi le faire vis-à-vis de ce qui se passe en Syrie.

D’éviter les commentaires inappropriés du Quai d’Orsay et de son locataire à chaque dommage collatéral que nous croyons déceler dans l’action de l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)12 dans sa reprises des dernières poches terroriste en Syrie. Relisez tout ce qu’a pu écrire Eric Denécé sur ce pays. Nous nous sommes trompés du tout au tout. Et du début jusqu’à aujourd’hui. C’est aussi simple que ça.

| Q. Vous évoquez une participation de Jérusalem au nettoyage du Sinaï. Y est-on prêt côté israélien ?

Jacques Borde. Vous avez raison ; rien n’est acté. Ni même décidé.

Mais, jamais du coté hiérosolymitain, on n’a été aussi ferme dans le soutien au voisin égyptien.

Sur Twitter, le ministre des Renseignements, le Likudnik Yisrael Katz, a, non seulement, présenté ses « condoléances aux familles des douzaines de personnes assassinées dans un attentat terroriste commis dans une mosquée du Sinaï », mais il a surtout assuré que l’État hébreu « se tient épaule contre épaule avec l’Égypte et d’autres pays de la région et de la scène internationale dans la guerre contre le terrorisme islamique radical ».

De son côté, le ministre de l’éducation Naftali Bennett (Ha’Bayit Ha’Yéhudi) a évoqué la nécessité « d’instaurer une unité internationale dans la guerre contre le terrorisme partout où il se présente : En Russie, en Europe, aux États-Unis, en Israël et dans le monde arabe – nous avons tous été touchés par le terrorisme et nous devons nous unir dans notre bataille contre lui. Si le monde éclairé s’unit, alors nous nous imposerons et nous gagnerons ».

Dont acte, messieurs !…

Notes

1 Référence à la tirade de Marc-Antoine, Scène 1, Acte 3, in Julius Caesar, William Shakespeare : « Le sang, la destruction seront des choses si communes, et les objets effroyables deviendront si familiers, que les mères ne feront plus que sourire à la vue de leurs enfants déchirés des mains de la guerre.Toute pitié sera étouffée par l’habitude des actions atroces : et conduisant avec elle Até, sortie brûlante de l’enfer, l’ombre de César promènera sa vengeance, criant d’une voix puissante dans l’intérieur de nos frontières : Carnage ! et alors seront lâchés les chiens de la guerre, jusqu’à ce qu’enfin l’odeur de cette action exécrable s’élève au-dessus de la terre avec les exhalaisons des cadavres pourris, gémissant après la sépulture ».
2 Ou Association de la Confrérie des musulmans, autrement dit les Frères musulmans (FM).
3 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
4 Ou Choc & effroi. Référence aux travaux de les travaux de Harlan K. Ullman & James P. Wade. Leur doctrine Shock & Awe: Achieving Rapid Dominance est basée sur l’écrasement de l’adversaire par l’emploi d’une très grande puissance de feu, la domination du champ de bataille, et des démonstrations de force spectaculaires destinées à paralyser la perception du champ de bataille par l’adversaire et annihiler sa volonté de combattre.
5 Ou Brigades Ezzedine Al-Qassam, la branche armée du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (Hamas). Anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les combattants palestiniens.
6 Ou Front pour la victoire du peuple du Levant, ou de manière abrégée Front al-Nosra.
7 Coalition articulée autour d’An-Nusrah li-Ahl ach-Chām (Front Al-Nosra), le bras armé d’Al-Qaïda en Syrie. Se compose, pour être complet, de : Ahrār ach-Chām (Mouvement islamique des hommes libres du Cham), Jund al-Aqsa (Les soldats de Jérusalem), Liwāʾ al-Haqq, Jayš al-Sunna, Ajnad ach-Chām et de la Légion de Cham.
8 Nom officiel des combattants armés de DA’ECH.
9 Opération militaire franco-israélo-britannique qui, durant la Crise du Canal de Suez en 1956, vit des unités de ces pays intervenir pour envahir le Canal de Suez, nationalisé par le colonel Nasser, raïs d’Égypte.
10 Armée de l’air égyptienne.
11 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
12 Armée arabe syrienne.

Shock & Awe, Sinaï, DA’ECH, AAS, Bir al-Abd,

A Propos Jacques Borde

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