Avec qui ? & Jusqu’où ?

| France / Irak | Défense | Jacques Borde |

Indispensable rencontre entre deux armées & leurs chefs combattant, eux, vraiment le terrorisme : l’une en l’Orient compliqué, ‘autre au Sahel (principalement). Mais, étonnamment, pas chez nous !…

« Rencontre à Bagdad hier avec mon homologue irakien, le général Yarallah », nous apprend la page Facebook du chef d’État-Major des armées (CEMA), le général d’armée Thierry Burkhard, qui nous parle, « d’échanges sur la coopération bilatérale. Les armées françaises contribuent au renforcement de l’armée irakienne, dont le rôle est essentiel pour la sécurité de la région (…). A Bagdad, avec le général Abdel Wahab Al-Saadi, commandant l’ICTS , pour échanger sur la coopération opérationnelle avec les armées françaises et pour un hommage à ceux qui sont tombés face au terrorisme. DA’ECH n’a pas complètement disparu. Le combat continue ».

De toute évidence, notre chef d’État-Major des armées (CEMA) prend et reprend son bâton de pèlerin dans le souci de notre Défense. Qu’il en soit donc remercié. Même si je trouve la classe politique au pouvoir très en-deçà de ces enjeux défendus au prix de leur sang par nos militaires. Car, eux, se battent sous le feu de l’ennemi, et pas sous les spots des plateaux-TV.

Sans nullement vouloir empiéter sur le domaine de compétence du général Burkhard, je me permettrais, toutefois, quelques remarques générales et particulières.

Notant, ainsi, que le général Burkhard use, à la fois, de la terminologie plurielle d’« armées françaises », mais singulière d’« armée irakienne », rappelons à ce qui nous lisent que :

1- l’armée irakiennes est, elle aussi plurielle, intégrant des forces paramilitaires importantes, à commencer par celles, relativement nombreuses, des Hachd al-Chaabi (PMU)1.
2- bis repetitas, les Hachd al-Chaabi qui avaient promis à leurs frères chrétiens que « les cloches de Mossoul sonneront de nouveau », en participant, aux prix de pertes sévères, à la libération de (notamment) Mossoul, ont tenu leur promesse.
3-nos « armées françaises » qui « contribuent au renforcement de l’armée irakienne, dont le rôle est essentiel pour la sécurité de la région », aident, de facto, une armée nationale dans une guerre sur son territoire national, qui comprend la défense de communautés chrétiennes visées, persécutées et passées au fil de l’épée par les Jound al-Khilafah2 de la terreur takfirî, représentée, entre autres, par :
Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH);
Al-Jayš al-Fateh (Armée de la conquête)4.
4- notre engagement au Sahel, se fait aux côtés d’effectifs, la plupart du temps symboliques, de contingents européistes (sic) non-musulmans qui n’ont jamais remporté une seule victoire de l’ampleur de celles remportées par une de ces armées à 95% musulmanes (sunnite et chî’îte, principalement), en l’Orient compliqué.

Ne serait-il pas temps de se demander si, quelque part, nous ne devons pas revoir notre copie.

De toute évidence, n’en déplaise aux thèses propagées par des chroniqueurs-in-chief géopolitiquement analphabètes, la pugnacité et l’efficacité des armées musulmanes (algérienne, égyptienne, irakienne etc.) sont à mille coudées au-dessus de celles de nos supposés alliés et partenaires de l’UE.

Et ne parlons même pas des résultats. Quelque part, une guerre se livre pour être gagnée. Ce qui, désolé de le dire, est de moins en moins le cas au Sahel.

Une question de motivation, ad minimo. Et surtout de courage politique. Je parle, bien sûr, là, de nos faux amis européistes. Car, comme le dit le proverbe chinois : le poisson pourrit toujours par la tête.

Quant à ceux qui s’accommodent de la situation actuelle au Sahel, qu’ils notent qu’après le Mali, le président du Faso5, Rock Marc Kaboré, vient à son tour, de demander des explications à Paris sur notre engagement militaire au Burkina Faso,

Cf. « Nous allons avoir une rencontre avec la France le lundi prochain pour que la France nous donne des clarifications nettes sur ses engagements miliaires au Burkina Faso ». Et d’ajouter qu’il « est temps de réévaluer les relations diplomatiques et coopération militaire avec Paris » .

Copie à revoir, donc, et passant par la remise à plat de :

-nos engagements et partenariats militaires.
-l’engagement de nos « armées françaises », sur le sol national. Comme l’a fait l’« armée irakienne » en Irak ; et comme cela fut demandé, un temps, par une ex-sénateur socialiste, Mme. Samia Ghali6.

Des pistes de réflexion et de RETEX, bien sûr.

Ou, alors c’est à se demander si nos « armées françaises », ont encore le souci de défendre le territoire national et ses communautés chrétiennes. À noter que ce souci – voir la vidéo  sur ce sujet – a bien été celui de l’« armée irakienne » et des Hachd al-Chaabi (PMU).

Notes

1 Ou Popular Mobilisation Unit/Unité de mobilisation populaire.
2 Ou Soldats du califat. Terme officiel de DA’ECH pour qualifier ses combattants armés. Vient en droite ligne de Jound al-Khilafah fi Ard al-Jazair, groupe armé terroriste salafiste, qui s’est fait connaître par l’assassinat d’Hervé Gourdel. A fait scission d’AQMI (officiellement en septembre 2014) et prêté allégeance à DA’ECH.
3 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
4 Coalition articulée autour d‘an-Nusrah li-Ahl ach-Chām (Front Al-Nosra), le bras armé d’Al-Qaïda en Syrie. Se compose, pour être complet, de : Ahrār ach-Chām (Mouvement islamique des hommes libres du Cham), Jund al-Aqsa (Les soldats de Jérusalem), Liwāʾ al-Haqq, Jayš al-Sunna, Ajnad ach-Chām et de la Légion de Cham.
5 Titulature officielle du chef de l’État, au Burkina Faso.
6 Des Bouches-du-Rhône, de 2008 à 2020.

A Propos Jacques Borde

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