Sahel : L’Armée française à toutes les Sauces !…

| France / Afrique | Défense | Jean Cuny & Jacques Borde |

Le régime de Paris, à défaut d’être efficace, sait ouvrir de vieux placards & (tenter de) recycler des idées poussiéreuses. Dernière vieillerie déterrée les PIM. Quitte à faire du neuf avec de l’ancien & compte tenu de nos enjeux au Sahel, ne serait-il pas plus à propos de redéployer des Bat’d’Af ? En attendant, la situation sur le terrain s’aggravant, Macron a décidé de se projeter (sic) au Sahel. Un effort, à souligner, sans trop se bercer d’illusions.

« Contrats sabotés, pressions sur les États, ce comportement de voyous est une constante de la politique états-unienne. Diplomatie coercitive et OTAN servent à imposer leurs produits. La bourgeoisie atlantiste de droite comme de gauche est congénitalement incapable de résister à cela, on l’a vu encore récemment avec les achats suisses, finlandais et polonais. L’OTAN sert aussi à faire la guerre économique contre ses propres membres. C’est pourquoi il faut que la France quitte l’OTAN, cet instrument de l’anglosphère impérialiste ».
Yves Bataille.

« Il est sur la terre africaine
Un bataillon dont les soldats
Sont tous des gars qui n’ont pas eu de veine
Sac au dos dans la poussière
Marchons bataillonnaires ».

Le régime de Paris incapable de lutter contre la délinquance, vient de relancer une idée déjà utilisée dans les années 1980 à l’initiative de l’amiral Christian Brac de la Perrière, d’Albin Chalandon alors Garde des Sceaux et d’André Giraud alors ministre de la Défense : utiliser l’armée – dont ça n’est, bien évidemment ni le rôle ni la fonction – afin de réinsérer (sic) les jeunes délinquants.

En octobre 2018, Jean Michel Blanquer notre brillant ministre de l’Éduc Nat avait proposé l’accompagnement (sic) des élèves ayant des problèmes de discipline par de jeunes retraités de l’armée.

Éric Dupont Moretti avait repris ces idées et le 27 juillet 2021 les ministères des Armées et de la Justice signaient un protocole visant à « favoriser l’insertion sociale et professionnelle de jeunes Français confiés par l’autorité judiciaire à la PJJ (Protection judiciaire de la Jeunesse) ». Protocole prévoyant la mise en place d’un « parcours d’inspiration militaire dans le projet pédagogique d’un établissement de la PJJ ».

En novembre 2021, ce partenariat s’est concrétisé avec l’annonce de l’expérimentation d’un « parcours d’inspiration militaire » (PIM). Le bureau des sigles de l’armée semble avoir oublié, quel manque de formation historique, mais faut-il même s’en surprendre ! que durant la Guerre d’Indochine les PIM (Prisonniers et Internés Militaires) étaient d’anciens Viêt-Minh que l’on utilisait pour des tâches logistiques).

En quoi consiste ce PIM sauce Jupi-Atlas-Macron ?

Il s’agit, en fait, de « pratique intensive d’activités d’inspiration militaire en pleine nature, stage de génie écologique et découverte du monde militaire » afin de « remobiliser les jeunes autour de valeurs fortes pour la vie en société ».

Fermez le ban.

Cette expérimentation met en partenariat le Centre d’Éducatif Renforcé (CER) d’Évreux et l’Académie militaire de Saint Cyr Coëtquidan.

Concrètement, il s’agit de proposer à ces jeunes « une période de rupture et d’immersion en pleine nature de quatre semaines » via un « stage de pratique intensive d’activités militaires mêlant marches, bivouac, secourisme et chantier de génie écologique » qui sera suivi par une semaine de découverte du monde militaire et de visite d’unités des Armées.

En 2003, un rapport du Sénat sur le dispositif mis en place dans les années 1980 n’avait pu qu’établir un constat d’échec.

Que faire pour éviter un nouvel échec ? Un ancien proverbe nous dit « c’est dans les vieux pots que l’on fait les bonnes soupes ».

Au XIXe siècle avaient été créé les Bat’d’Af (Bataillons d’infanterie légère d’Afrique) regroupant des militaires condamnés. La Loi du 21 mars 1905 sur le service militaire prévoyait que les gens ayant été condamnés à au moins un mois de prison y seraient envoyés.

Étant donné l’implication des forces françaises en Afrique, il serait bon de recréer une telle structure ce qui permettait de répondre au programme proposé : en pleine nature au Mali avec marches bivouac, ouverture de routes, génie écologique avec la plantation d’arbres au Sahel, découverte du monde militaire avec un stage au sein de l’armée tchadienne.

Mais nous savons bien qu’au sein du régime de Paris la connaissance de l’histoire est limitée et l’imagination n’est pas au pouvoir.

Faute de mieux, et vu la complexité et l’urgence de la situation, le président français, Emmanuel Macron, a décidé de d’un périple au Sahel afin d’y recoller, si possible, les morceaux, avec les acteurs régionaux fortement courtisés (sic), à la fois par Pékin et Moscou.

En attendant l’arrivée de Macron himself en ces terres de l’Afrique compliquée, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a eu une séance de travail, le 14 décembre 2021 au matin, avec l’ambassadeur de France au Burkina Faso, accompagné du directeur Afrique du Quai d’Orsay, Christophe Bigot, et d’une délégation d’officiers généraux français.

À cette rencontre, le président du Faso était entouré du :

-ministre de la Défense nationale & des Anciens combattants, Moumina Chériff Sy ;
-ministre de la Sécurité, Ousséni Compaoré ;
-ainsi que du Chef d’État-Major des armées (CEMA) burkinabè, le colonel-major Gilbert Ouedraogol1 et son adjoint2.

Réunion a été suivie d’une autre séance de travail, élargie à différents acteurs civils et militaires des deux délégations.

« Nos échanges ont porté sur le renforcement de la coopération militaire entre nos deux pays pour plus d’efficacité dans la lutte contre le terrorisme », a indiqué le président Kaboré.

Une révision de la coopération militaire franco-burkinabé qui se tient dans un contexte de recrudescence des attaques terroristes takfirî dans le pays et la sous-région.

Le 11 décembre 2021, à l’occasion de son entretien radio-télévisé, le président du Faso avait annoncé pour « bientôt » la tenue d’une rencontre pour « définir le cadre dans lequel nous allons travailler avec la France ».

Ne manque donc plus que Macron.

Il serait, quelque part, plus que temps de faire baisser les tensions. À noter, les propos du71st US Secretary of State, Antony Tony Blinken3, qui à propos du Groupe Wagner prétend que « Ce groupe criminel qui sème le chaos et met en danger la paix dans le monde ne va rien apporté au Mali si ce n’est pas de Semer l’instabilité ».

Quid des terroristes takfirî  – qui doivent rire sous taub – pendant ce temps ?

Notes

1 Remplace à ce poste, le général Moise Miningou, qui aura passé moins de trois ans à la tête de l’armée burkinabè.
2 À la vitesse où se font les changements de postes : noms et grades sous réserve.

3 Précédemment 18th Deputy Secretary of State. A été Secrétaire adjoint & conseiller à la Sécurité nationale sous Obama. Partisan de la guerre en Irak et d’une ligne dure contre la Chine. Après Obama, Blinken a été consultant es plus grandes entreprises d’armement, avec Michèle Angélique Flournoy, Under Secretary of Defense for Policy d’Obama & co-fondatrice du Center for a New American Security (CNAS), mais également Avril Danica Haines, l’actuel Director of National intelligence (DNI).

 

A Propos Jacques Borde

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