Villepinte : Suite & RETEX !… [3]

| France | Présidentielles | Jacques Borde |

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Villepinte aura généré une avalanche de commentaires politiques (ce qui était prévisible), notamment sur le rôle de voiture-balai joué par la candidature “zédiste” ad usum Precressi (sic), in fine. Mais aussi techniques sur le fil des événements. Bon ! Puisque les autres en parlent. Pourquoi pas nous ? Partie 3.

« Zemmour sur le plateau de Cyril Hanouna ce jeudi soir, répondant, avec un sourire qui en dit long, à l’animateur qui lui demandait si il ne craignait pas que Pécresse et Macron ne fassent bloc auprès des élus pour l’empêcher de se présenter: “si je n’avais pas mes 500 signatures, madame Le Pen serait à 25%”. Donc devant Macron. Avec toutes les chances, sur la dynamique acquise, de l’emporter au second tour. Quel aveu du rôle véritable qu’il joue dans cette campagne au service des intérêts de ceux qu’il prétend dénoncer, d’un système qu’il est supposé combattre et d’une caste dont il est de fait la marionnette ».
Jean-François Touzé.

« Alors que Zemmour créait un cluster criminel de 15.000 personnes à Villepinte, Pécresse préférait courageusement annuler sa fête de quartier prévue Porte de Versailles.
C’est beau une campagne responsable… »
Étienne Lombard, un brin cynique.

« Sa pupille, Valérie Pécresse, candidate de la droite classique. Elle est en effet la fille de Dominique Roux, ancien président de… Bolloré Telecom. Une Sarkozy en jupe est au coin de la rue et pour l’imposer, on va déstructurer la droite radicale et affaiblir l’électorat de Marine ».
Gabriele Adinolfi.

« … Valérie Pécresse a toujours clamé sa détestation de la représentante du Front national, puis du Rassemblement national – qu’elle persiste, d’ailleurs, à appeler Front national –, en martelant à quel point ce parti était éloigné de ses valeurs. Comme ses semblables de la droite proprette, elle n’a jamais cru bon de détailler de quelles valeurs il s’agissait, mais bon, une fois pour toutes, le FN devenu RN, c’est caca. Ses électeurs sentent le pâté de cochon et Valérie préfère l’odeur des merguez de la Fête de l’Huma ».
Marie Delarue

« C’est comme si le groupe Bolloré lançait des formats spécialement calibrés pour Éric Zemmour. Avant C8, Jean-Marc Morandini inaugurait avec le candidat le premier Face à la rue sur CNews. Cette fois, c’est le premier à tester Face à Baba. On a plutôt l’impression que l’idée c’est de faire plusieurs ‘Face à Zemmour (…). Éric Zemmour vient de cette école. Celle du débat spectacle télévisé, où s’affrontent, dans un brouhaha, des opinions très tranchées (il a été chroniqueur d’On n’est pas couché sur France2 de 2006 à 2011, NDLR). Il est rôdé et objectivement très fort là-dedans, ça lui convient parfaitement ».
Alexis Lévrier, Historien, spécialiste des media.

« Vous êtes un journaliste ne l’oubliez pas. Pendant des années vous avez pratiqué les plateaux télé, rencontré tous les journalistes de la France entière, vous les avez aimés… Et tout à coup vous les dénoncez (…) .Personne ne vous accuse. Pourquoi êtes-vous toujours une victime ? Vous êtes une victime de rien du tout ! ».
Jean-Jacques Bourdin,

« Quoi de plus normal que VP/EZ les favoris des télés ayant bénéficié de 2 mois de télés non stop, montent au lendemain de leur week-end ? ».
Maurice Gosseaume.

| Q. Les choix et les références historiques de Zemmour vous inspirent ?

Jacques Borde. Ça pourrait. Sauf que tout ça, ça sent un peu le vieux papier peint moisi et les années 50.

Dernier avatar, si je puis dire, la campagne Rejoignez les Pionniers, qui nous dit : « Vous avez jusqu’au dimanche xxx décembre à minuit pour obtenir la distinction Adhérent Pionnier de RECONQUÊTE ».

Les Pionniers ! Décidément quelle référence : là, ça fait un peu RDA. Manque plus que les VoPos1, les miradors et les barbelés.

| Q. Où en est sa campagne ?

Jacques Borde. La, visiblement, on entre dans le dur.

Deux choses me laissent penser que tout ne se déroule pas aussi bien que nous le disent les “Zédistes” sur les réseaux sociaux !

-étrangement, Éric Zemmour a annulé son déplacement à Lyon, ce qui n’est pas de bon augure.
-il vient de lancer un appel aux maires de France pour avoir ses signatures. Selon les sources, il a déjà dépassé le barre de 300. mais, ton à peu près aussi lugubre que son clip de campagne, soit dit en passant.

Serait-ce que Reconquête n’alignerait pas les 60.000 et plus adhérents dont le parti “zédiste” se vante ?

| Q. Revenons au terme barbaresque lui-même, je suis sûr que vous avez encore bien d’autres choses à nous dire ?

Jacques Borde. Oui. Le mot français barbaresques n’est, visiblement, que la transcription de l’italien Barbareschi, qui dérive lui-même de Barberia ou Berberia, employés dès le XIIIe siècle pour désigner le Maghreb2. Donc, quelque part, cette Algérie dont nous vient Zemmour.

Une appellation découlant, très certainement, de l’arabe Barbar ou Brabar concernant ceux des Maghrébins qui n’étaient ni Roum (chrétiens), ni Afariq (citadins romanisés). L’origine du terme reste encore discutée entre universitaires, mais peut aussi remonter au bas-latin Barbari qui s’appliquait aux mêmes populations.

Le mot Barbareschi, qui apparaît dans Boccace, répond à la nécessité de nommer ces gens d’origine mal-définie (sic) avec lesquels les populations côtières, de notre côté de la Méditerranée entretenaient des rapports épisodiques et généralement violents et forcés.

Existe, couvrant tout ça, le vocable de Moros, mais qui implique autant de catégories :

Alarbes (Arabes) ;
Berbères africanos (Berbères) ;
Azuaguos (Kabyles), etc.

L’emploi de Berberesco, qui ne figure pas dans les dictionnaires étymologiques, est récent et relève du vocabulaire historique.

En géographie, si la Barbarie continue, tout au long du XIXe siècle, de désigner la région allant d’Agadir à Tripoli, les États dits barbaresques sont ceux des régences d’Alger, Tunis et Tripoli, donc des entités de la sphère d’influence turque. Donc, nous sommes bien dans une connotation géopolitique.

Évidemment, l’usage du terme en prend un sacré coup en 1830 : la France s’installe (sic), en effet, en Algérie. Difficile de ranger la fille aînée de l’Église, même si ce terme est un peu passé de mode, parmi les États Barbaresques.

Aussi l’usage veut d’en limiter l’emploi à la période dite turque (sic), soit du XVIe au début du XIXe siècle. Parallèlement, les habitants de ces régions ne seront plus Barbaresques, et cette qualification s’appliquant, historiquement, à leurs comportements antérieurs, comme Corsaires en particulier.

À noter que les corsaires barbaresques pouvaient aussi être… Chrétiens. Avec nombre de Catalans et, surtout, de Gascons en leurs rangs. À ce stade, je n’ai noté aucune référence qui attestât de l’existence de corsaires séfarades au service d’Alger ou de la Sublime porte.

Évidemment, à parler de Moros, comment ne pas penser à la figure de Santiago matamoros

| Q. C’est-à-dire ?

Jacques Borde. Saint Jacques tueur de Maures. Le nom donné à la représentation de l’apôtre Jacques, en tant que figure miraculeuse donnée pour être apparue lors de la Bataille de Clavijo, aidant les Chrétiens à battre les Moros.

Le Matamore, qui serait, à plusieurs reprises, venu en aide aux troupes catholiques lors de la Reconquista.

| Q. Par ricochet : la Bataille de Clavijo, plus précisément ?

Jacques Borde. C’est la bataille légendaire qui opposa, le 23 mai 844, les troupes du roi Ramire Ier des Asturies à l’armée maure d’Abd al-Rahman II. Monté sur un destrier immaculé, l’apôtre Jacques mène les Asturiens à la victoire.

Il s’agit de la première manifestation de Santiago en matamoro. Ces événements mythiques auront un impact décisif sur la population chrétienne de la Péninsule. La victoire de Clavijo transforme ce qui n’était qu’un ensemble de combats régionaux en croisade nationale : la Reconquista.

| Q. Excusez-moi : pas un peu poussiéreux tout ça ?

Jacques Borde. Eh, bien non, figurez-vous. Lors de déploiements de contingents espagnols en Irak, cela posera quelques problèmes de com.

| Q. Comment ça ?

Jacques Borde. Très populaire dans l’armée espagnole, notamment la Legión Española3 ou Tercio, Santiago matamoros figure sur nombre d’emblèmes et bannières militaires. Signes extérieurs que les Espagnols emmènent, tout naturellement, dans leurs OPEX.

Leurs homologues irakiens, et encore plus les paramilitaires de milices locales, en découvrirent assez vite le sens.

À ma connaissance, mais je peux me tromper, les Espagnols choisirent majoritairement de conserver leurs emblèmes, optant pour des explications parfois longues et difficiles.

Le comportement assez irréprochable des Espagnols en Irak, a contrario des Anglo-Saxons et nombre de leurs contractors, aplanira beaucoup les choses avec les Irakiens.

Ceci posé, ayant eu (à l’époque) d’interminables conversations sur le sujet avec mes contacts irakiens et iraniens, donc Sunnî et chî’îte, j’avoue que des controverses – au sens intellectuel de celle de Vallodolid – entre des officiers du Tercio et ceux des Hachd al-Chaabi (PMU)4, si elles s’étaient produites, auraient été passionnantes à suivre.

Rappelons aux profanes et/ou incultes que les Hachd al-Chaabi avaient promis à leurs frères chrétiens que « les cloches de Mossoul sonneront de nouveau ».

Promesse tenue.

Voir (ou revoir) notre vidéo  sur ce sujet.

Les nôtres concernant le Sahel, ça rame (sic) passablement, d’où la décision – positive, mais à risque – de Macron de se rendre sur place.

Notes

1 Ou Volkspolizei, en français Police du peuple, la police de la République démocratique allemande (RDA) entre 1945 et 1990.
2 À signaler le Traité de 1231 entre Venise et Tunis, signalé par Turbet-Delofï.
3 Appelée autrefois Tercio de Extranjeros (le Bataillon des étrangers).
4 Ou Popular Mobilisation Unit/Unité de mobilisation populaire.

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Grand jeu en Afrique : Qui y veut Quoi ? [2]

| Afrique / Occident(s) | Géostratégie | Questions à Jacques Borde | Le terme grand …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer