Après Abou Dabi, Djakarta ? : Pas très Chrétiens nos clients !…

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Sacrebleu & mortes-couilles : si, enfin, les ventes de notre avion de combat omnirôle Rafale, grimpent en flèche, c’est (pour large partie) en raison de pays musulmans &/ou à majorités musulmanes qui nous commandent l’appareil. Arghh ! Quel casse-tête pour la partie la plus néo-cons de notre classe politique & tout particulièrement le chroniqueur-in-chief de Reconquête aux ambitions présidentielles réaffirmées. En attentant Trappier1 & ses boys font le vrai job : contribuer à la richesse du pays…

« “Z”, le votant à gauche, se sert du mot “patrie” pour un discours de guerre civile. Nous n’avons pas besoin d’illuminé à la tête de l’État ».
Maurice Gosseaume.

| Q. Dites-moi : on ferait quoi sans nos clients et partenaires arabo-musulmans pour caser nos avions de combat ?

Jacques Borde. (Sourire) On se le demande.

Tout un chacun aura noté que parmi nos plus importants contrats en aéronautique militaire, une partie d’entre eux se font avec des armées de l’Air de pays pays… musulmans et/ou à majorités musulmane. Clients qui nous commandent notre avion de combat omnirôle Rafale.

Ça tombe bien, remarquez : c’est le seul que nous ayons en catalogue.

| Q. Lesquelles, au juste ?

Jacques Borde. Simple :

-l’Al-Qūwāt al-Gawwīyä al-Misrīya2,
-l’Al-Qūwāt al-Jawiyya al-Imārātiyya al-Qatariya (QEAF)3,
-l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Imārātiyya (UAEF)4.

| Q. Et, l’aéronautique civile ?

Jacques Borde. Idem. Voire pire.

| Q. À ce point là ?

Jacques Borde. Oui.

À savoir que certains appareils auraient disparu – et, parfois même, n’y seraient même pas apparu – du catalogue d’Airbus sans les commandes du trio de tête des compagnies du Golfe :

Emirates (172 Airbus livrés ou commandés). Emirates étant la compagnie qui possède le plus grand nombre d’A380 (101 + 41 commandes fermes), qu’elle a commencé à retirer du service.
Qatar Airways (189 Airbus livrés ou commandés). À rappeler que Qatar Airways est la compagnie de lancement de l’A350-900 et de l’A350-1000. Pour cette dernière référence, elle est le plus gros client avec 42 appareils commandés.
Etihad (83 Airbus livrés ou commandés).

Sans parler de quelques autres moins gourmandes (et encore) :

Kuwait Airways (23),
Ethiopian Airlines (18 A350-900)
Saudia (99).

On remarquera la place notable de Türk Hava Yolları Anonim Ortaklığı (Turkish Airlines), fidèle d’Airbus depuis un bon moment, avec ses plus 250 Airbus livrés ou commandés (filiales exclues).

À cette aune, est-il réaliste d’accorder un once de crédibilité à la partie la plus demeurée et la plus analphabète de notre classe politique qui n’a de cesse d’insulter les plus riches de nos actuels (et, potentiellement, futurs) partenaires ?

| Q. Vous dites : partenaires. Dans quel sens ?

Jacques Borde. Là aussi, simple à comprendre. Outre s’équiper elles-mêmes, ces opulentes pétromonarchies que sont le Qatar et les Émirats arabes unies (EAU), mais également l’Arabie Séoudite et le, très discret Koweït, sont souvent les trésoriers-payeurs et/ou les garants financiers d’autres de nos clients :

-l’Égypte,
-le Liban,
-la Turquie, etc.

| Q. Revenons aux armées de l’Air, c’est positif de voir les Marocains revenir vers nous ?

Jacques Borde. Tout à fait. Mais, quoi qu’en disent certains, Rabat, n’a pas trop le choix non plus.

L’Al-Qūwāt al-Malakiyyah al-Jawwīyä al-Maghribiya5 devra quasi-obligatoirement passer par Dassault-Aviation et ses sous-traitants pour la MCO de ses 2000-9. Une dépense évaluée à quelques centaines de M€. Jusqu’à 400 M€, affirment certaines sources.

Là encore, n’en déplaise à l’onanisme géopolitique rance qui prévaut chez une fausse droite, compte tenu de l’état des finances du Royaume chérifien, il y a fort à parier que ce soient de vilains Salafistes (sic) qui règlent aussi la note !

| Q. Comment ça des Salafistes ?

Jacques Borde. Désolé de le rappeler, si le Qatar se rattache, dans une forme moins hard (sic) que les Séoudiens, à la doxa wahhabî ; les Émirats arabes unis (EAU) relèvent bien intellectuellement de la Salafiyyâ.

| Q. Et l’Indonésie qui réclame, elle aussi, des Rafale, donc ?

Jacques Borde. Jusqu’à présent, seuls les media indonésiens spécialisés traitaient du Rafale F4 et de son arrivée possible au sein de la Tentara Nasional Indonesia-Angkatan Udara (TNI-AU)6. Or, nos confrères asiatiques viennent d’être rejoints par La Tribune, très au fait des questions de Défense, qui confirme une intention d’achat ramenée, toutefois, à entre 12 et 18 appareils.

Rafale F4 qui devraient permettre aux Indonésiens de remplacer deux de ses modèles actuellement en parc, leurs :

-10 General Dynamics F-16A/B Fighting Falcon,
-5 Sukhoi Su-27SKM Flanker.

Le premier étasunien, le second russe.

À noter, également, que Djakarta a lancé des pourparlers avec Boeing pour l’acquisition de 10 à 12 exemplaires de son nouveau appareil de supériorité aérienne, le F-15EX Eagle II, actuellement en phase de tests au sein de l’Air Force.

Un tradition d’achat diversifiée affirmée, la TNI-AU alignant, généralement deux modèles de chasseurs.

Sur ce point, rien de bien nouveau sous le soleil.

| Q. Mais de bonnes nouvelles concernant nos exportations ?

Jacques Borde. Certes. Ce que confirme le ministère des Armées rappelant fort opportunément que « la supply chaîne du Rafale s’appuie sur 400 PME et ETI et la production d’un Rafale par mois mobilise 7.000 personnes (…). La commande des 80 Rafale annoncée la semaine passée représente 14 Md€ ainsi qu’un contrat d’armement de 2 Md€, pour un montant total de 16 Md€ ».

| Q. Tout ça donne un peu d’air à notre économie, non ?

Jacques Borde. Un peu beaucoup même.

Ainsi, à lire Capital, citant le directeur du Développement international de la Direction générale de l’Armement (DGA), l’ingénieur-général de l’armement Thierry Carlier, « nos exportations d’armements devraient dépasser 30Md€ en 2021-2022, “un chiffre tout à fait considérable” et bien plus que la moyenne des années précédente ».

En fait, comme le confirme Capital :

« les exportations d’armements constituent une des principales sources d’excédent de la balance commerciale française. Elles s’élevaient jusqu’à récemment en moyenne à dix milliards d’euros par an (9,1 Md€, 4,9 Md€ en 2020 en raison notamment de la crise COVID) ».

Encore, une fois – et contrairement aux âneries (restons courtois) colportées par les zélotes audiovisuels d’une fausse droite de bazar – la part de ces exportations à destination de pays arabo-musulman est telle que, sans elle, nous serions dans une situation difficilement tenable.

| Q. C’est à ce point ?

Jacques Borde. Hélas, oui.

« Les exportations soutiennent le maintien et la création d’emplois en France : 200 000 personnes, souvent très qualifiées, occupant donc des emplois peu délocalisables, travaillent au sein des entreprises de défense, grandes industries mais aussi PME et ETI », écrivait Actu Défense, le 9 décembre 2021.

De son côté, le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean7, soulignait que cette Base industrielle & technique de Défense (BITD) fonctionne « parce que, d’une part, il y a des commandes très significatives des armées, 180 Md€ d’investissements dans l’économie entre 2019 et 2025 et une jambe qui est celle des exportations d’armement sans laquelle on ne pourrait pas avoir des bureaux d’études pérennes et des chaînes de production qui fonctionnent toute l’année, tous les ans ».

| Q. D’autres commandes en vue ?

Jacques Borde. Qui sait.

Ce me semble, se déroule ces jours-ci une importante réunion de la Munaẓẓamat at-Taʿāwun al-islāmī (OCI/OIC)8, du lourd.

S’y croiseront et s’entremettront nos pétromonarchies golfiques – et leur pognon de dingue, comme dirait Macron – et des pays moins bien dotés côté portefeuille. Donc quelques-uns des acheteurs potentiels de notre Rafale F4. Alors croisons les doigts et Incha’Allah9 !…

Tout ça pour aussi, dire que le sort de nos armées et de l’ensemble de nos industries sont des sujets bien trop sérieux pour être mis entre les mains inexpertes d’une poignée de comiques-même-pas-troupiers, tirés du lisier audiovisuel.

Notes

1 Éric Trappier, le 5ème président-directeur général (PDG) de Dassault-Aviation depuis sa création en 1929.
2 Armée de l’Air égyptienne.
3 Qatar Emiri Air Force, Force aérienne de l’Émirat du Qatar.
4 United Arab Emirates Air Force, Force aérienne des Émirats Arabes Unis.
5 Ou armée de l’Air marocaine.
6 Ou Force aérienne indonésienne.
7 Hervé Grandjean était précédemment conseiller pour les Affaires industrielles de la ministre des Armées, Florence Parly. Diplômé de l’École polytechnique et de l’ENSTA Paris. Hervé Grandjean est docteur en Mécanique des fluides et lauréat du prix de thèse de l’Académie de Marine.
8 Ou Organisation de la coopération islamique, en anglais : Organisation of Islamic Cooperation (OIC).
9 « Si Dieu le veut », en français.

 

A Propos Jacques Borde

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