Éructer n’est pas gouverner ! Petit état des lieux 2021… [1]

| Occident | Géostratégie | Questions à Jacques Borde |

Une année qui se termine mal & une qui devrait commencer aussi mal. Entre les imprécations sanitaires & géostratégiques d’un régime de Paris passablement à l’agonie & les éructions de faux prophète médiatique aux origines encore peu claires, Une occasion, comme une autre de faire un petit état des lieux. Partie 1 ?

« Une intervention d’un groupe de ce type [Wagner] serait incompatible avec notre présence ».
Jean-Yves Le Drian.

« Oui, c’est l’Europe depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, toutes ces vielles terres où naquit, où fleurit la civilisation moderne, c’est toute l’Europe qui décidera du destin du monde ».
Charles de Gaulle, discours de Strasbourg (23 novembre 1958).

| Q. 2021/2022 : des hommes en armes pour protéger nos églises. Comment, en France, en est-on arrivé la ?

Jacques Borde. Oh, rien de plus simple à comprendre !

N’en déplaise à notre régime de Paris (sic) totalement dépassé par les événements : on place nos lignes de défense là où est arrivé l’ennemi. C’est basique et c’est comme ça.

Si, désormais, nos soldats sont positionnés devant nos églises, c’est parce que ces dernières font partie des cibles du Front du djihâd choisi et déterminé par les Unlawful combatants1 de la doxa takfirî. Si vous en doutez encore : allez donc jeter un coup d’œil sur les sites takfirî. Comme Dabiq, celui de Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)2, par exemple.

| Q. Mais les attaques de type militaire restent relativement peu nombreuses. Pourquoi parler de Front du djihâd ?

Jacques Borde. Pour trois raisons principales :

1- pour bien nommer (et identifier) ce à quoi et à qui nous avons affaire. Ce sont les terroristes takfirî eux-mêmes qui usent de ce terme de Front du djihâd. Je n’invente rien.
2- des attaques, de type militaire (plus paramilitaire, en fait) comme vous le dites, ont bien eu lieu. Le Bataclan était bien une opération planifiée et conduite par des individus dotés d‘armes de guerre. Et, avec pour seul objectif, y causer le maximum de pertes sur un public tenu pour la cible légitime de cette frappe.
3- des armes de guerre ne sont pas forcément indispensables pour nous porter des coups sévères. Que je sache au Ruanda – où déjà, comme au Bataclan, je veux dire, victime d’un commandement dépassé dépendant trop d’ordres politiques, notre armée de Terre était bien sur place – des gourdins et des outils aratoires de base (contrairement à la légende, peu de machettes ont été utilisés) ont permis de causer des pertes hallucinantes à des civils désarmés et désignés à l’avance comme cibles.

Quant aux résultats…

Mon opinion, pour revenir au Bataclan, est que du grade de colonel, à celui du général commandant la Place de Paris, la cour martiale s’imposait.

| Q. Et vous croyez ce type de scenario Ruanda possible en France ?

Jacques Borde. Tout à fait. Et j’ajouterai que nous n’y sommes guère préparés. Nous avons failli lamentablement au Ruanda. Et, nous échouerons de même sur notre territoire national, parce que le pouvoir politique refuse de voir le danger.

| Q. Mais, pourquoi des églises ?

Jacques Borde. Parce que pour DA’ECH et consorts, ce sont des cibles :

-légitimes, parce que chrétiennes ;
-faciles à repérer ;
-emblématiques ;
-faciles à attaquer.

| Q. Rien à voir avec le hasard, donc ?

Jacques Borde. Jamais. Les cibles religieuses ne le sont jamais. Relisez mon livre : Pourquoi l’Amérique, 11 Septembre 2001.

Là, je dirais même que nous commettons une grave erreur analytique face aux terroristes inspirés par la doxa militaire takfirî : toute cible qui peut être reliée aux religions chrétiennes et/ou juives (voire chî’îte, soufies, etc.) ne sont pas des cibles secondaires, visées par hasard.

À Toulouse, Mérah n’a pas attaqué une école juive par hasard et/ou par défaut. L’École Ozar Hatorah était, à ses yeux, une cible légitime dont il avait, par avance, les coordonnées.

| Q. Les choses peuvent-elles s’améliorer. Ou prendre un tour moins dramatique ?

Jacques Borde. Sans véritable et profond changement de cap, je n’y crois guère.

| Q. Pourquoi ?

Jacques Borde. Parce que nous restons obsédés par de faux sujets, de fausses analyses et de fausses solutions.

Tout ça ne rime à rien.

La lutte contre la terreur takfirî ne se réglera :

-ni par les rodomontades d’un ministre de l’Europe & des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, à propos du Groupe Wagner et son déploiement en Afrique, qui n’est qu’une partie – et même pas la principale – du dossier ;
-ni par les pitreries à répétition d’un chroniqueur-in-chief, tiré du mediatic circus. Comme lorsqu’il nous parle de revenir sur les Accords d’Evian.

| Q. Le Drian n’a pas été à la hauteur ?

Jacques Borde. L’a-t-il jamais été ? Là, notons que ses gesticulations n’auront servi à rien.
Sauf à faire, tragique méprise, que nous combattons les terrorismes takfirî en ordre fatalement dispersé : Occidentaux (pour ceux qui le font vraiment) de leur(s) côté(s) et Russes du leur.

Quant au Groupe Wagner, comme l’a écrit François Kao, sur AGORA Actualités :

« Après plusieurs années d’affrontement diplomatique et géopolitique entre Paris et Bamako sur le groupe Wagner, la Russie annonce l’arrivée de plus de 500 officiers du Groupe Wagner au Mali (…). Selon plusieurs sources du Kremlin, une deuxième vague des paramilitaires Wagner est en cours vers le Mali ».

Triste tropiques, où « ce déploiement du Groupe Wagner au Mali vient fermer les tensions géopolitiques entre Paris et Bamako, mais aussi une victoire pour le colonel Assimi Goïta et la Russie (…). Le président français Emmanuel Macron et ses ministres Jean-Yves Le Drian, Florence Parly ainsi que Washington, l’Europe et la CEDEAO ont lamentablement échoués ».

| Q. Mais, même séparément, ça ne fait pas davantage de monde à combattre le terrorisme ?

Jacques Borde. Justement, non.

Parce que les guerriers d’opérette que sont les puissances européistes, loin de faire des efforts dans le sens de l’engagement véritable sur le terrain tournent casaques et déguerpissent.

Comme l’a encore noté François Kao :

« Les forces européennes (EUTM) qui participaient à la formation des FACA plient badge pour cause du Groupe Wagner en Centrafrique ». En fait, dans cette « Europe unie contre le Groupe Wagner en Afrique », qui « Après plusieurs mois de menaces et d’avertissement contre le président centrafricain Faustin Archange Touadera et son gouvernement sur la présence du Groupe Wagner en Centrafrique, La force European Training Mission (EUTM) qui participaient à la formation des FACA plient bagages en Centrafrique pour protester contre la présence du Groupe Wagner ».

Par ailleurs, « l’UE menace la Centrafrique de sanctions économiques qui pourraient coûter cher au pays, en plein crise sécuritaire et économique selon une source diplomatique rapporté par AGORA Actualités. Accusé de ménager la paix dans le monde et en particulier au Sahel, le Groupe Wagner est visé par une batterie de sanctions punitives de l’UE et Washington pour ses actions en Centrafrique, au Mali et dans le monde ».

Il est évident que cette division – organisée sciemment par le camp otano-occidental – ne profite qu’à un seul camp dans cette partie de l’Afrique : celui de la terreur takfirî.

À se demander si, en cette affaire qui pue l’arnaque géostratégique à 100 km à la ronde, les Européistes sont stupides, complices, suicidaires. Ou les trois à la fois.

[À suivre]

Notes

1 Traduite par combattant illégal, combattant ennemi ou encore combattant ennemi illégal. Défini dans le PATRIOT Act, ou plus précisément le Uniting & Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept & Obstruct Terrorism Act of 2001, pris sous la présidence de George W. Bush, qui permet de soustraire au droit commun les combattants armés capturés dans le cadre de la guerre contre le terrorisme.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Grand jeu en Afrique : Qui y veut Quoi ? [2]

| Afrique / Occident(s) | Géostratégie | Questions à Jacques Borde | Le terme grand …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer