De Stepanakaert à Almaty : Roll back Kazakhstan !…

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Premier RETEX de Jean Cuny sur l’Affaire kazakhe. Bonne lecture. Le titre est de l’auteur.

En Ukraine, les États-Unis ont positionné plusieurs centaines de conseillers militaires, ils lui ont vendu des missiles anti char FGM-148 Javelin : 37 postes de tir et 215 missiles en 2018, 10 postes de tir et 150 missiles en décembre 2021.

La fin de l’année 2021 a vu les Occidentaux mettre la pression sur la Russie, l’accusant de vouloir envahir l’Ukraine, multipliant la présence de navires de guerre de l’OTAN en Mer Noire, réalisant parfois des manœuvres conjointes avec la marine ukrainienne, envoyant quotidiennement des avions en Mer Noire faire la navette le long des côtes de Crimée et poussant à l’est jusqu’à Novorossïïsk.

En Syrie, quid novi ?

Les forces américaines sont toujours présentes dans la région d’Al-Tanf, au sud du pays et empêchant l’Al-Jayš al-’Arabī as-Sūrī (AAS)1, de reprendre le contrôle des champs pétrolier et gazier du nord-est du pays.

Après les dernières élections présidentielles au Bélarus les Occidentaux ont pris de lourdes sanctions contre le pays et ses dirigeants. Mais à l’automne 2021 il y a eu l’affaire des migrants (sic).

Abomination de la désolation, le Bélarus laisse passer des migrants vers l‘Union Européenne (UE), celle-ci s’est mise à pousser des cris d’orfraie. Ce qui est bizarre c’est que lorsque les navires négriers de notre Gauche financiarisée, qui opèrent avec souvent des subventions publiques déchargent de pleines cargaisons de migrants en Europe, on n’entende pas les mêmes cris d’indignation !

Dans le sud Caucase, du 27 septembre au 10 novembre 2021, la guerre éclate entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie à propos du Haut-Karabagh (république d’Artsakh), l’affaire est multidimensionnelle : la Turquie soutient les Azéris pour accroître son influence dans la zone (néo-ottomanisme) elle fournit des armes, en particulier des drones qui ont joué un très grand rôle dans la guerre, des conseillers militaires, des mercenaires syriens et libyens.

Les Américains et les Israéliens – une station du Ha’Mosad Ley’Modi’in Ley Tafkidim Méyuh’Adim (MOSSAD)2 est installée en territoire azéri, Israël est un des plus gros fournisseur d’armes de l’Azerbaïdjan – y voient le moyen de contrer l’influence iranienne.

Il suffit d’avoir parcouru la route Erevan-Stepanakaert comme je l’ai fait en tant que délégué international à la surveillance des élections présidentielles au Nagorno-Karabagh pour se rendre compte du flux de camions iraniens qui circulait sur cette route, il ne faut pas oublier que les Arméniens sont représentés par un député au parlement iranien.

Bien que l’Arménie soit membre de l‘Organizatsiya Dogovora o kollektivnoy bezopasnosti (OTSC/ODKB)3, que la Russie ait une base en Arménie : la 102e Base militaire à Gyumri avec 5.000 hommes, les Russes, englués par leurs relations avec la Turquie n’ont pas bougé en dépit du fait que les Azéris aient abattu un Mi-24 Hind russe prés de la frontière du Nakhichevan, expliquant que l’Artsakh n’est pas couvert par le Traité OTSC.

Nous en arrivons à l’Asie centrale et plus précisément au Kazakhstan. Ce pays de 20 millions d’habitants où vivent encore 3,5 millions de Russes est un grand producteur de matières premières : pétrole, gaz naturel ; il possède d’énormes ressources minières : 40% de la production mondiale d’uranium, 2èmes réserves mondiales de manganèse, 8ème de fer, un tiers des gisements de chrome, 9ème producteur mondial de charbon.

Dès la disparition de l’URSS, les sociétés occidentales se sont précipités vers cet eldorado : une grande partie de la production pétrolière est gérée par des firmes occidentales (Chevron 30%).

Vu sa position géographique, le pays a intéressé les États-Unis qui y ont vu le moyen de menacer la Russie par le sud.

Le National Endowment for Democracy (NED) lié à la CIA y finance une vingtaine de programmes à raison de 50 ?000 $US chacun par an. La Fondation Soros se vante d’y avoir dépensé 100 M$US depuis 1995, formant 300 élèves et 700 journalistes.

Le gouvernement kazakh a permis à la Defence Threat Reduction Agency (DTRA) d’ouvrir un certain nombre de laboratoires.

Depuis 2003, le Kazakhstan organise presque chaque année des manœuvres militaires avec les pays de l’OTAN.

Il ne faudrait pas croire cependant que le pays est tombé dans l’orbite occidentale, en effet il est membre de l’Organizatsiya Dogovora o kollektivnoy bezopasnosti (OTSC/ODKB), sur son territoire se trouve le Cosmodrome de Baïkonour, un régiment d’aviation russe est basé à Kostanaï, une station radar près du lac Balkach, un nœud radio technique des forces spatiales au polygone de Sary Chargan à Priozersk.

Le Kazakhstan a aussi signé des accords avec la Chine dans le cadre des nouvelles Routes de la soie.

Comment expliquer cette révolte ?

On nous dit que tout est parti d’un doublement du prix du gaz : celui-ci sert au chauffage, mais aussi aux automobiles, un mouvement des Gilets jaunes (sic) kazakh quoi, c’est bien au Kazakhstan mais en France c’était pas bien, s’attaquer au régime de Paris du bon président Macron quelle horreur.

Ce que l’on ne nous dit pas c’est qu’il y a eu des licenciements massifs dans l’industrie pétrolière en particulier chez Tenghizchevroil (50% Chevron, 25% Exxon Mobil).

Le 16 décembre dernier, l’ambassade américaine dans le pays annonçait des manifestations (quelle prescience).

Il y a donc eu manifestations, pacifiques au départ, mais très vite, des groupes bien organisés se sont attaqués aux établissements publiques, l’arsenal du Comité de sécurité national à Almaty à été pillé et l’on s’est mis a tirer sur les forces de l’ordre dont certains membres ont été décapités.

Les émeutiers réclament un gouvernement composé de citoyens « réputés », le retrait de toutes les alliances avec la Russie, ils vantent la voie occidentale mais réclament aussi la polygamie et la Charîa. Que de confusion !

Des groupes Whatsapp basés en Ukraine ont participé à la coordination des actions des émeutiers.

Le président de la Qazaqstan Respublikasy4, Kassym-Jomаrt Kemelūly Tokaïev, a demandé l’aide de l’OTSC qui s’est empressée de répondre par la voie de Nikol Pashinyan, président du Conseil de sécurité collective de l’OTSC/ODKB, le Premier ministre arménien invoquant une « menace pour la sécurité nationale et la souveraineté du Kazakhstan causée, entre autres par une ingérence extérieure ». L’OTSC a donc « décidé d’envoyer des forces de maintien de la paix pour une durée limitée ».

De fait, à parti du jeudi 6 janvier 2022, une noria de 70 IL-78 et An-124 a amené ces forces. Intervention rapide et massive donc !

Des événements qui se produisent, comme par hasard, quelques jours avant les discussions prévues à Genève le 10 janvier 2022 entre les États-Unis et la Russie.

Cette affaire semble une première passe d’armes à fleurets mouchetés : vous voyez comme on peut vous embêter, vous voyez comme nous pouvons réagir vite !…

Notes

1 Ou Armée arabe syrienne.
2 Ou Institut Central de Renseignements & des Opérations Spéciales, MOSSAD signifiant l’Institut.
3 Ou Organisation du Traité de sécurité collective.
4 Ou République du Kazakhstan.

 

A Propos Jacques Borde

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