Grand jeu en Afrique : Qui y veut Quoi ? [2]

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Le terme grand jeu fut inventé (par les Anglo-Saxons) pour décrire l’âpre lutte les opposant aux locaux (Afghans) & aux Russes, en cet Orient que, plus tard, un certain Charles de Gaulle qualifiera de Compliqué. Ce me semble – vu l’état des querelles byzantines mêlant confusément Européistes, Africains, Anglo-Saxons, & Russes encore – ce terme de Grand jeu s’applique aujourd’hui tout autant au continent africain. À s’y demander même, si à y couper aussi confusément les dreadlocks en quatre, les Occidentaux y défendent encore (ce qui pourrait, géopolitiquement, se comprendre) leurs intérêts ou bien – permissivité valant action – ceux de ce terrorisme takfirî qu’ils prétendent combattre ? Partie 2.

« Cette crise diplomatique entre Bamako et la CEDEAO n’est que la face cachée d’une confrontation diplomatique et géopolitique entre Paris et Bamako sur les intérêts géopolitiques au Sahel ».
François Kao sur AGORA Actualités.

« Pour le moment, les Russes n’agissent pas dans la zone d’opération de Barkhane. Les missions s’enchaînent normalement, indique l’état-major, les unités légères de reconnaissances et d’interventions mêlant la force Takouba et les Maliens se poursuivent et il n’y a pas d’opérations de Barkhane sans les FaMa ».
Joseph-Félix Quiñones.

« Le comportement de la CEDEAO envers le Mali est proportionnel à la rage de la France de perdre ce qu’elle considère être sa chasse-gardée géopolitique et surtout, sa réserve de ressources naturelles. Les ennemis noirs et blancs du peuple malien avancent à visages découverts ».
Nathalie Yamb.

« Intervenir au Mali ? Cela va renforcer le terrorisme takfirî. Est-ce votre But, MM. de la CEDEAO ? Comme ce fut celui du “régime de Paris” avec Al-Nosra ? ».
Jacques Borde

| Q. Réunir les 27 ministres de la Défense européens ? les 12 et 13 janvier 2022 ? dans le cadre de la présidence française de l’Union, oui. Mais pourquoi Brest ?

Jacques Borde. Pour une fois, l’idée avait du sens. Brest étant un environnement plus que symbolique quant aux questions de Défense. Rappelons que :

-Brest, en effet, se situe à côté de l’Île Longue, là même où sont basés nos quatre Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE)
-la France, depuis le Brexit, est le seul pays de l’Union à disposer de la panoplie complète de l’arsenal nucléaire. Une panoplie 100% française.

Or, cet aparté brestois s’inscrivait, bien sûr, dans le prolongement logique des discours d’Emmanuel Macron, voulant que la dissuasion nucléaire soit « la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux ».

Donc (qui peut le plus, peut le moins), plutôt bien joué de la part du locataire de l’Élysée.

| Q. Bon, autre puissance qui, elle, ne fait pas dans la galanterie : Berlin lâche Paris au Mali ?

Jacques Borde. Oui, on en prend résolument le chemin. Mais à quoi fallait-il s’attendre du Bundeskanzler1, le SPD Olaf Scholz, si ce n’est une veulerie et un bassesse encore plus grandes que celles dont nous avait gratifié Angela D. Merkel, qui, déjà, a toujours eu à son hidden agenda l’abaissement de la France.

Le Bundestag, qui n’attendait visiblement que ça, exige donc le retrait des troupes allemandes du Mali.

À souligner, outre cela, le basculement idéologique de l’Auswärtiges Amt (AA)2: son Staatsminister étant désormais la co-présidente de Bündnis 90/Die Grünen3, Annalerna Barbock.

Les Allemands ne sont pas les seuls à se carapater. L’Irlande vient, elle aussi de retirer ses (maigres) à forces dans le pays. Dublin avait déployé des membres de ses forces spéciales au siège de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à Bamako ainsi qu’à Gao.

Simple question : combien d’autres vont suivre ?

Sans surprise comme l’avait annoncé Le Drian, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères & la politique de sécurité4, Josep Borrell i Fontelles, peu brillant (eh, oui, c’était possible) sucesseur de Federica Mogherini5), a annoncé la suspension de l’aide budgétaire au Mali.

| Q. Outre que nos protestations, du Quai d’Orsay ou de l’Élysée, n’ont guère empêché de déploiement de mercenaires Wagner, à quoi servent-elles, au juste ?

Jacques Borde. On se le demande.

Sinon, concernant Wagner, je parlerai plus de contractors.

| Q. Un anglicisme, dîtes-moi ?

Jacques Borde. Certes, mais ce sont bien de contractors dont-il s’agit. Appartenant à ces Sociétés militaires civiles (SMP) russes ou à capitaux russes. Comme Sewa. Ni plus ni moins que ce que font les Occidentaux, depuis plus de 20 ans, à travers le monde.

Et à une toute autre échelle.

Rappelons ici, que l’hêgêmon thalassocratique étasunien finira par avoir davantage de contractors en l’Orient compliqué que de troupes régulières. Autre chose que Wagner.

| Q. Et pourquoi cet émoi, alors ?

Jacques Borde. Parce que ces contractors ne sont pas ceux de l’Occident, mais de la Russie. Qui, pourtant, ont pour finalité ultime de s’opposer tous deux au même ennemi : la terreur takfirî. Sauf, si…

En fait, tout ce cirque diplomatique a des relents de forgeries géopolitique et géostratégique. Et, évidemment, tout ce cirque n’aura rien empêché.

| Q. Mais était-ce le but recherché ?

Jacques Borde. Lorsque Paris et ses (si peu alliés) nous sortent que « Nous, partenaires internationaux résolus à soutenir le Mali et son peuple (…) condamnons fermement le déploiement de mercenaires sur le territoire malien », à quoi cela sert-il ?

En fait, pour certains, surtout à se débiner et à faire plier bagages à leurs maigres effectifs déployés sur le terrain. On parle, on parle, mais – dans les faits, le réel quoi – le 15 décembre 2021, l’Union européenne (UE) suspendait ses missions de formation à destination des soldats centrafricains. Tiens, pas des Maliens!!!!

Argument avancé par le machin européiste :

-le « manque d’assurance que les militaires centrafricains ne seront pas ensuite employés par les mercenaires de Wagner ».

Tout ceci, si ce n’était la guerre contre le terrorisme qui perdure, serait assez grotesque.

Serait-ce à se demander si des militaires centrafricains et/ou maliens – armées nationales de pays souverains et indépendants, aux dernières nouvelles – ne le seraient que pour être placés sous des commandements et des dispositifs étrangers (comprendre occidentaux) ?

Comme le soulignait François Kao sur AGORA Actualités :

« Arrivé au Mali dans un processus légal et légitime du droit international. La France devrait appuyer les forces armées maliennes FaMa de Renseignement et aériennes. Mais dommage ».

| Q. Mais les Russes s’installent bien au Mali ?

Jacques Borde. Oui. Mais en bonne entente avec les autorités maliennes et les FaMa.

Actuellement, 500 militaires (ou paramilitaires, à préciser) russes sont bien positionnés sur l’ancienne Base militaire française de Tombouctou (sic). Mais icelle a été remise à l’armée malienne. Les FaMa en disposent donc à leur guise.

Comme l’a précisé François Kao sur AGORA Actualités :

« Ce détachement militaires est le fruit de coopération militaire entre les deux pays affirme le porte parole de l’armée malienne. Les 300 militaires s’ajoute sur des instructeurs russe et des paramilitaires du Groupe Wagner pour appuyer les FaMa dans le nettoyage des groupes djihâdistes ».

Quant à ce qui se passe sur le terrain :

« Plusieurs sources proches du chef d’état major de l’armée malienne », note encore François Kao, « affirment que plusieurs terroristes ont été tués par des interventions militaires conjointe entre les #FaMa et l’armée russe ».

| Q. Donc, des premiers heurts (sic) entre Wagner et les groupes armés djihâdistes  ?

Jacques Borde. Oui.

D’après plusieurs témoignages concordants, dont celui de Wassim Nasr, de France24, et de RFI, un convoi des Forces armées maliennes (FaMa), accompagné (sic) par des Russes, est tombé dans une embuscade, attribuée au Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn (JNIM)6, après l’explosion d’un engin explosif improvisé (EEI) sur son passage, alors qu’il circulait près de la localité de Mandoli, dans le centre du Mali.

Durant cet accrochage, qui a eu lieu le 3 janvier 2022, l’un des formateurs (sic) russes aurait été blessé. Selon France24, il aurait ensuite été évacué vers Sévaré.

Toujours, selon Wassim Nasr, « Les djihâdistes du JNIM se sont probablement attaqué aux FaMa pendant un cours d’instruction donné en présence d’instructeurs russes. La réponse des forces armées maliennes était en conséquence et n’a pas fait dans le détail selon des témoignages locaux ».

Donc, encore des terroristes takfirî au tapis. À cet éclairage, à se demander ce qui motive vraiment les aigreurs persistante du régime de Paris : les Russes sont bien là pour casser du terro (sic). Alors, pourquoi s’en plaindre ?

[À suivre]

Notes

1 Chancelier fédéral.
2 Ministre allemand des Affaires étrangères.
3 Ou Alliance 90/Les Verts, raccourci en Grüne.
4 En moins ronflant, chef de la diplomatie européenne.
5 Membre du Parti démocrate (PD, ex-communistes notamment), a été ministre des Affaires étrangères du gouvernement Renzi avec délégation aux Affaires européennes.
6 Ou Groupe de soutien à l’islam & aux musulmans (GSIM).

 

A Propos Jacques Borde

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