Grand jeu au Sahel : Des Fâcheries au Golpe ? [3]

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Du grand jeu – inventé (par les Anglo-Saxons) pour décrire la lutte les opposant aux locaux (Afghans) & aux Russes –  au Golpe, pronunciamiento, coup d’État, appelez-le comme vous voulez, celui qui risque de se jouer au beau milieu du continent africain nous offre (sic) les relents bien glauque d’une Françafrique qui se refuse à rendre l’âme. Seul aléa pour Paris & son régime, nous ne sommes plus les seuls à faire dans le grand jeu. Alors qui tirera les marrons maliens du feu & pour qui ? Avec au coin de l’Adansonia digitata1 à compter les points, des terroristes takfirî, toujours aux aguets !… Partie 2.

« Je ne suis pas Thomas Sankara,ni Jerry Rawingls. Je suis Assimi Goïta. L’homme qui sourit chaque jour avec la mort,le poignet fermé. Je sais les aspirations de notre peuple et je vous promets de ne jamais trahir cette confiance. J’irai Jusqu’au bout. Mais si je meurs avant d’atteindre notre idéale à tous,continuez le projet sans moi et posez les jalons du changement avec mon sang et ma chair ».

Assimi Goïta

« Si Wagner n’était pas russe, les réactions auraient été différentes ».
Général Babacar Gaye, ancien chef de la MINUSCA.

« “Z” sur Tebboune: Si “vrai”, là, ça relève de l’internement psy ».
Jacques Borde.

« Nos relations diplomatiques avec l’Afrique doivent être claire et le continent africain doit expliquer clairement leur position par rapport à nos relations et nos engagements militaires dans la lutte contre le terrorisme au Sahel ».
Emmanuel Macron.

« Vous [Macron] avez fait de l’Europe l’arrière-cour de Washington, la proie de Pékin, le paillasson d’Erdoğan et l’hôtel de l’Afrique. De votre mandat, il ne restera que le cynisme et le mépris : pour la France comme pour l’Europe, il est vital qu’il reste unique ».
Jordan Bardella.

« Nos relations avec l’Afrique sont à revoir. Seuls des gens ayant le sens de leur PATRIE des deux côtés y parviendront. Le président Goïta m’a bien l’air d’être l’un de ceux-là. Soutien aux courageuses FaMa qui combattent aux prix de leur sang la terreur takfirî ».
Jacques Borde, sur sa page FB.

| Q. Éric Zemmour qui aurait dit : “Si je suis élu président, Le président algérien #Tebboune sera interdit d’entrer sur le sol français” ?

Jacques Borde. Les propos exacts seraient : « Je bloquerai les avoirs des dirigeants algériens. Même leur président sera interdit en France ».

Outre, si ces propos sont avérés et n’ont pas été déformés, que ce délire onaniste et irresponsable me semble plus relever de l‘internement psychiatrique que de la géopolitique, cela confirme bien l’inaptitude mentale du chroniqueur-in-chief égocentorique accouché par le bollorisme, Éric Prompteur Zemmour, à occuper la moindre fonction officielle.

| Q. C’est grave, ce genre de propos ?

Jacques Borde. Ça le deviendra, si Prompteur Zemmour occupait, un jour ou l’autre, un poste officiel.

Il n’échappera cependant à personne que :

-l’Algérie est un pays indépendant et souverain.
-la dévolution du pouvoir – que ce soit au président Tebboune ou à toute autre personne – ne nous regarde en rien. Les propos prêtés au “Z” relevant, je pèse mes mots, d’un délire obsessionnel passéiste tout à fait hors de propos.

| Q. Et ça a une importance ?

Jacques Borde. On va voir. Ça dépendra des réactions que vont provoquer les éructations du personnage. Mais, à ce stade, nous avons d’un côté :

-un chroniqueur égocentorique se répandant sur les plateaux TV pour y déverser son fiel contre une Algérie fantasmée qui l’obsède au-delà du raisonnable et qui, de toute évidence, n’est plus celle des années 60.

-notre chef d’État-Major des armées (CEMA), le général d’armée Thierry Burkhard, qui, au prix d’un travail acharné, s’échine à maintenir les contacts nécessaires avec la puissance régionale qu’est Alger, de l’autre côté de la Méditerranée.

Quand bien même l’Algérie serait toujours celle des années 60, ce ne sont pas les affaires d’Éric Zemmour (ni les miennes, d’ailleurs), mais celles des… Algériens.

| Q. Que, penser, par ailleurs, du président Tebboune ?

Jacques Borde. Je n’ai pas d’info précises à son sujet. Il est le chef légitime de l’État algérien (imparfait comme tous les États) et doit être considéré et traité comme tel.

Il y a bien des années, j’ai rencontré (à Amman, Bagdad, Téhéran, etc.) des officiels algériens. Nos entretiens, sur les questions de l’Orient compliqué bien évidemment, ont toujours été courtois et particulièrement intéressants. Mes interlocuteurs connaissant parfaitement mon passé d’activiste du camp national, pour être précis sur ce point.

Il est évident qu’on ne peut avoir de relations bilatérales avec qui que ce soi en déversant les incongruités (pour rester poli) dont Prompteur Zemmour s’est fait la spécialité depuis quelques temps déjà.

| Q. Revenons au Mali : pourquoi Paris agit-il comme si le colonel Assimi Goïta y était l’un de ses problèmes ?

Jacques Borde. Au dernières nouvelles, selon le ministère danois de la Défense, la Force Takuba va recevoir le renfort d’une centaine de soldats danois. En bon français, ça porte un nom : replâtrage. Quant au cas posé par le président Goïta, laissons la parole à François Kao d’AGORA Actualités, ça sera plus simple :

« Le colonel Assimi Goïta est le premier souci de Paris et ses alliés du simple fait que le colonel Assimi Goïta et ses hommes sont déterminés à résoudre l’équation sécuritaire et de ramener la paix au Mali, mais aussi des penchants envers Moscou qui n’avait pas de colonie en Afrique, même principale soutien des pays africains pour leur indépendance. La diplomatie française consciente des revenus de la guerre et la protection des multinationales au Sahel, des intérêts égoïstes lié aux ressources minières,la main mise sur le Sahel pour la domination géoplitiques au Mali sont des véritable questions inacceptable pour Bamako ».

Qui plus est pour Paris, habitué à plus être suivi dans ses recommandations (sic), Assimi Goïta ne mollit pas dans ses choix et convictions. Loin de là.

Comme l’écrit encore François Kao :

« L’arrivée du groupe Wagner au Mali est une victoire diplomatique et géopolitique pour le colonel Assimi Goïta et ses hommes qui restent imperturbable malgré les sanctions punitives de l’UE,la CEDEAO, de Washington et de la France ».

| Q. Et ça, ça ne passe pas à Paris ?

Jacques Borde. En fait, ce qui ne passe pas au Niais d’Orsay, c’est, citons encore François Kao, que « cette nouvelle capacité du groupe Wagner renvoie le Mali vers une nouvelle ère de coopération militaire avec Moscou. C’est aussi une véritable stratégie de diversification des partenaires stratégiques pour pouvoir les comparer. La France et ses alliés ne peuvent rien faire et se limitent aux condamnations et menaces sans aucune puissance ».

| Q. Faire tout passer par le Groupe Wagner ?

Jacques Borde. Gardons d’abord raison. Wagner, c’est au plus quelques centaines d’hommes. Pas tous au même endroit qui plus est.

Tout passer par Wagner ?

Pas tout à fait, cela reviendrait à mettre tous ses œufs dans le même panier.

« Ça », note François Kao, « Le colonel Assimi Goïta conscient des risques, sait très bien qu’en matière des relations internationales, c’est les intérêts qui priment, pas l’amitié ».
Au stade actuel, on peut parler d’une « stratégie et diplomatie gagnante du colonel Assimi Goïta en jouant entre la division des deux puissances » qui « est une bonne nouvelle mais aussi détermine la stratégie du colonel Assimi Goïta pour mettre les intérêts du Mali avant toute chose ».

Une manière de dire que le Grand jeu au Sahel est loin d’être fini.

| Q. Grand jeu ? Jusqu’à un coup d’État pro-occidental ?

Jacques Borde. Qui sait ? Je ne suis pas dans le secret des Dieux.

Quoi qu’il en puisse être, jeudi 13 janvier 2022, à lire sa page FaceBook, notre chef d’État-Major des armées (CEMA), le général d’armée Thierry Burkhard, s’est entretenu « en marge du Comité militaire de l’OTAN (MCCS) », avec son homologue étasunien, le Chairman of the Joint Chiefs of Staff2, le général Mark A. Milley, « pour », je cite : « évoquer les coopérations au sein de l’OTAN ainsi que notre engagement commun en Afrique et au Sahel dans la lutte contre les groupes armés terroristes ».

Toutefois, il est à noter que, selon le général Burkhard, Barhkane en collaboration avec les FaMa, mais également les pays de la CEDEAO, continuent de travailler ensemble dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Espérons-le. Mais d’autres signaux sont aussi à prendre en comptes…

| Q. Lesquels ?

Jacques Borde. Après avoir annoncé l’interruption de ses vols aériens en direction de Bamako pour cause des sanctions venues de CEDEAO, Air France entame des discussion avec les autorités maliennes pour la reprise de ses vols en destination de Bamako en passant par la Mauritanie.

Le transporteur aérien tente-t-il un coup de dés, ou bien possède-t-il des infos que nous n’avons pas ?

| Q. Revenons à l’hypothèse du coup d’État, ça vous semple possible ?

Jacques Borde. Le Golpe à l’ancienne ? Hélas, oui.

C’est, techniquement parlant, à la portée de certains États-membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)3. Ce qui, quelque-part, pourrait aussi signer une mort clinique de cette communauté (sic) tant les divisions en son sein sont nombreuses.

Notez, par exemple, que la Mauritanie, État associé de la CEDEAO depuis le 9 août 2017, critique fortement le comportement de la CEDEAO vis-à-vis du Mali.

| Q. Quid du rôle de Paris, en pareil cas ?

Jacques Borde. Le pire, en cette affaire, sera que quoi que fasse ou ne fasse pas le régime de Paris pour faire tomber – mettons une forme d’équivalence, même si elle est un peu factice, dans notre propos – le régime de Bamako, c’est bien Paris qui sera pris pour le faiseur de roi  de la chose.

Et tout ça, officiellement du moins, pour un peu plus de 500 contractors russes aidant les FaMa à combattre ce terrorisme takfirî qui ronge le Sahel.

Pourquoi ai-je, confusément, l’impression qu’on nous prend pour des cons ?

Notes

1 Nom savant du baobab africain.
2 Ou Chef d’État-Major des armées des États-Unis.
3 Ou Economic Community of West African States (ECOWAS), en portugais, Comunidade Económica dos Estados da África Ocidental.

 

A Propos Jacques Borde

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