Les Propos (de campagne) mènent-ils à la Victoire ? [1]

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Actuellement, deux campagnes se déroulent de front pour le régime de Paris. 1- les présidentielles avec un French Deep State (FDP) en hydre à trois têtes : “M”+”P”+”Z”, pour ratisser au plus large possible & empêcher un regime change par trop national ; 2- la “crise malienne”, gérée en dépit du bon sens par Macron & son ministre de l’Europe & des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, trophée estampillé Hollande (François, pas le pays du Gouda), c’est tout dire. Sur ces deux fronts sont tenus des discours, appuyant des tensions dialectiques un peu rances : 1- préserver l’européisme incarné par le régime de Paris & l’omniprésente Gauche financiarisée ; 2- préserver la Françafrique, incarnée par, peu ou prou, les mêmes. Souci : discours & coups bas (de campagne) font-ils nécessairement une victoire ? Partie 1.

« Je suis un mortel, je ne suis pas parfait. J’en suis conscient. L’histoire me jugera un jour, mais en attendant je demande juste votre soutien. Je n’ai pas choisi ce destin. Elle s’est imposée à moi. Dieu sait ce qu’il fait. J’irai jusqu’au bout mais si je meurs avant d’atteindre notre idéal à tous, continuez le projet sans moi et posez les jalons du changement avec mon sang et ma chair.
Aucun sacrifice n’est énorme pour ce pays.
Je ne suis pas Thomas Sankara, ni Jerry Rawlings, je suis Assimi Goïta. Souvenez-vous de moi comme un réformateur pas d’un révolutionnaire. Souvenez-vous de moi comme le porteur d’espoir du peuple, celui qui est venu quand votre sang fut versé pour votre désir du changement. J’irai jusqu’au bout de ma mission. Je ne la trahirai jamais, je ne trahirai pas votre confiance.
La mort ne m’effraie pas, je l’ai côtoyé au quotidien sur le champ de bataille, c’est l’échec qui m’effraie.
Si la mort m’épouse sur le chemin de cet idéal, ne me pleurez pas. Ne faîtes pas de ma tombe un sanctuaire. J’ai fait ce que je croyais juste pour mon pays. Je l’ai fait pour moi mais je l’ai fait pour vous aussi.
Je suis Assimi, l’homme qui sourit chaque jour avec la mort, le poignet fermé ».
Assimi Goïta.

| Q. Commençons par l’Afrique : ceux qui commencent à dire qu’avec les Russes au Mali, le pays n’enregistre plus d’attaques terroristes ?

Jacques Borde. N’exagérons rien non plus.

L’arrivée d’un nouvel acteur (quel qu’il puisse être) dans le grand jeu sahélien ne suffira pas à pas en extirper le cancer takfirî du Sahel et à liquider toutes ses métastases.

A contrario, il est évident que l’arrivée des Russes est un facteur important dans la guerre contre le terrorisme.

À noter, que le discours russe sur le Sahel n’est pas un discours d’exclusion comme celui des Occidentaux qui songent, surtout, à y maintenir leurs prébendes.

| Q. Mais, on ne peut pas dire, non plus, que les réactions des institutions africaines soient à la hauteur des événements que connaît le continent depuis des mois ?

Jacques Borde. C’est le moins qu’on puisse dire.

Le silence de plomb de l’Union africaine (UA) face à la crise sécuritaire, sociopolitique et géopolitique qui se joue actuellement entre Bamako et l’occidentalo-centrée Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)1 arc-boutée sur ses mentors euro-étasuniens est, comme l’a souligné François Kao, « un aveu d’échec de l’institution dont il ne faut rien attendre ».

En quelque sorte, UA et CEDEAO ont brûlé leurs vaisseaux depuis un bon moment déjà.

| Q. Mais pourquoi un tel échec, selon vous ?

Jacques Borde. Parce que ce qui porte aujourd’hui le nom d’Union africaine (UA) a été saboté et plombé dès les origines.

| Q. Par qui ?

Jacques Borde. Par les Occidentaux, pardi.

Parce que – apparemment, mais je peux me tromper – contrairement aux Russes, et surtout au Prezident Rossiyskoy Federatsii2, Vladimir V. Poutine, qui, lui, n’est plus dans la relation dominant/dominé qui est le fonds de commerce des puissances ex/néo-coloniales, les Occidentaux n’ont toujours pas viré leur cuti prédatrice (sic) vis-à-vis du continent africain.

Rien n’a vraiment bougé.

Dès le début, comme le rappelle, François Kao, ils « vont vont diviser le projet panificain de Kwame Nkrumah et ses pairs en installant une opposition à cette union africaine entre les pays africains eux-mêmes dont certains qui craignent que l’union des États-Unis d’Afrique pourraient être une menace pour leur pays (souverainetés y oblige) puisque que le leader ghanéen Kwame Nkrumah, pourrait devenir un chef pour toute l’Afrique d’où la nécessité de maintenir les frontières issues de la Conférence de Berlin en 1884 ».

L’autre souci est que la pensée de ce grand Africain que fut Kwame Nkrumah a, elle-même, été longtemps occultée, voire niée, dans la mémoire des Africains eux-mêmes.

Il est heureux, que l’on voit aujourd’hui son nom cité et repris de nouveau.

Quant aux Occidentaux, pour les rares qui connaissent son nom, la majorité d’entre aura tout fait que pour les Africains continuent à s’en passer, évidemment.

Mais que de temps perdu.

| Q. Allons plus loin : plaidez-vous pour un départ des Français du continent ?

Jacques Borde. Non, pourquoi ?

Il faut, plus simplement, que la France revoit sa copie avec l’Afrique. Relations bilatérales et multilatérales, à tête reposée. Trouver notre chemin de Dakar (et non de Damas), si vous me passez l’expression.

Quant au combat contre la terreur takfirî, il faut rester dans le pragmatisme.

| Q. Comment ?

Jacques Borde. Prenons Barkhane, pourquoi supprimer un outil qui fonctionne ?

Notre présence (française) au sol pose de sérieux problèmes ?

Alors, soyons moins présents au plan terrestre et renforçons-nous, en bonne entente avec les pouvoirs en place, au plan aéroporté, qui leur est d’une grande utilité.

À noter que, déjà, notre propre refonte de Barkhane a amené à densifier la Base aérienne projetée de Niamey (Niger).

| Q. Justement, Niamey, ça donne quoi ?

Jacques Borde. Jusqu’à maintenant, on parlait de 400 militaires, essentiellement des aviateurs qui servaient 7 Dassault Mirage 2000C et 2000D, un C-135FR Stratolifter, un Lockheed-Martin C-130J Super Hercules. Et une demi-douzaine de drones armés General Atomics MQ-9 Reaper.

Désormais, l’effectif a passé la barre des les 1.050 personnels. Et, comme ça n’est pas la place qui manque.

Assurer plus efficacement l‘appui au sol des armées africaine me semble être un chalenge3 plus qu’honorable.

S’entendre avec les forces sur le terrain – lorsque, bien sûr, nous ne jouons pas avec le feu comme à Ouaga – est une charge dont s’acquitte plutôt bien notre chef d’État-Major des armées (CEMA), le général d’armée Thierry Burkhard.

| Q. Paris se montre peu réceptif aux récents coup d’État. Pourquoi ? Et qu’y peut-on ?

Jacques Borde. C’est, passez-moi le terme, l’hôpital qui se fout de la charité.

Le Golpe en Afrique francophone, s’il a bien un truc dont la Françafrique a particulièrement abusé en, c’est bien ça ;

-les organisant ;
-les commanditant ;
-les finançant ;
-les tolérant. C’est selon.

S’en offusquer, aujourd’hui. Ou, comme à Ouaga, intervenir4 pour le faire capoter, c’est, excusez du ton, un peu du foutage de g…e !

D’une certaine manière, le pronunciamiento a été, des années durant, un mode de dévolution du pouvoir tolérable, supportable et admissible au gré des locataires de l’Élysée.

Voir donc des militaires africains se couler dans ce modus operandi, avec des raisons plus admissibles, reconnaissons-le, que les régimes de Paris successifs qui ont eu le mauvais goût de s’y prêter, est-il si surprenant que ça ?

Plus généralement, et pour conclure cette première parti de notre entretien, si Paris, Londres et Washington en avaient eu la plus basique et réelle détestation, quant à son usage, que n’ont-ils su éviter d’être derrière la majorité d’entre eux ?

Notes

1 Ou Economic Community of West African States (ECOWAS), en portugais, Comunidade Económica dos Estados da África Ocidental.
2 Ou président de la Fédération de Russie (Президент Российской Федерации).
3 Ou défi. De l’ancien français chalenge, contestation, du latin calumnia, chicane.
4 Selon certaines sources.

 

A Propos Jacques Borde

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