Les Propos (de campagne) mènent-ils à la Victoire ? [4]

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Actuellement, deux campagnes se déroulent de front pour le régime de Paris. 1- les présidentielles avec un French Deep State (FDP) en hydre à trois têtes : “M”+”P”+”Z”, pour ratisser au plus large possible & empêcher un regime change par trop national ; 2- la “crise malienne”, gérée en dépit du bon sens par Macron & son ministre de l’Europe & des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, trophée estampillé Hollande (François, pas le pays du Gouda), c’est tout dire. Sur ces deux fronts sont tenus des discours, appuyant des tensions dialectiques un peu rances : 1- préserver l’européisme incarné par le régime de Paris & l’omniprésente Gauche financiarisée ; 2- préserver la Françafrique, incarnée par, peu ou prou, les mêmes. Souci : discours & coups bas (de campagne) font-ils nécessairement une victoire ? Partie 4.

« Les coups d’État sont le fruit de la mauvaise gouvernance ».
Paul Kagame.

« Si, sous un gouvernement civil, la situation se détériore et que les gens meurent, que les problèmes s’accumulent et qu’en plus les autorités se servent des militaires pour truquer les élections, qui doit-on blâmer lorsque l’armée renverse ces gouvernements ? Je trouve inapproprié de ne critiquer que les militaires et de ne pas blâmer les civils qui les ont utilisés pour se maintenir au pouvoir. J’imagine que c’est à partir de ce genre d’analyse que certains disent qu’il y a des bons et des mauvais coups d’État ».
François Soudan & Romain Gras, in Jeune Afrique (28 janvier 2022).

« Le déploiement militaires français au Mali n’est pas de lutter contre le terrorisme mais de #sécuriser les #multinationales_français dans la région afin de se positionner dans la stratégie géopolitique au #Sahel ».
François Kao, sur AGORA Actualités.

| Q. Du nouveau à propos du Sahel, je crois ?

Jacques Borde. Tout à fait, l’UE a fait part de son intention de suspendre ses sanctions contre Bamako.

Volte-face acté par le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères & la politique de sécurité1, Josep Borrell i Fontelles, le successeur de Federica Mogherini2, selon une source diplomatique rapporté par Reuters et AGORA Actualités.

Une suspension qui intervient après l’invitation faite au ministre malien des Affaires & de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, de se rendre à Bruxelles pour y discuter de l’avenir de la Force Takouba au Sahel.

Une rencontre que beaucoup attendait.

Par ailleurs, au moins 37 terroristes takfirî ont été tués (et une dizaine arrêtés) par les Forces armée maliennes (FaMa) dans une opération militaire dans le nord du pays, selon une source sécuritaire reprise par AGORA Actualités.

| Q. Et, vous en déduisez quelque-chose ?

Jacques Borde. Oui, bien sûr.

Que, depuis l’arrivée des Russes dans le pays – qu’on parle de militaires ou de contractors, type Sewa ou Wagner, importe peu – les FaMa montent incontestablement en puissance dans la lutte contre le terrorisme.

Et, comme l’a noté François Kao sur AGORA Actualités : « La preuve est qu’on observe une diminution des attaques terroristes dans le pays ».

| Q. En revanche, ça coince entre Bamako et Copenhague ?

Jacques Borde. Ça a coincé, plutôt. Et pas qu’un peu.

En fait, le ton est monté entre Bamako et Takouba suite à l’annonce du déploiement d’une de 100 membres des forces spéciales danoises au sein de Takouba, sans, semble-t-il demander l’autorisation au… Mali. Pourtant :

-assez concerné (sic) par cette décision.
-pays souverain membre des Nations-unies, de l‘Union africaine (UA)et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)3, tout de même.

C’est dans cette logique que le ministre malien de la Défense, le colonel Sadio Camara4, a exigé le retrait immédiat des troupes danoises du Mali.

| Q. Et, qu’ont dit et fait les Danois, au juste ?

Jacques Borde. Les Danois ont, d’abord, affirmé avoir été invités au Mali par la… France. Aie, la bourde !

Du coup, côté malien – tant présidence que Comité national pour le salut du peuple (CNSP)  – on a réfuté cette manière de faire et demandé, en retour, le départ du contingent danois sans délais ni conditions.

Le colonel Abdoulaye Maïga, ministre et porte-parole du Gouvernement de transition, notant, toutefois, que « Nous ne sommes pas encore au stade de l’incident diplomatique, ce sont peut-être des incompréhensions entre le gouvernement du Mali et le gouvernement du Danemark », que nous « invitons à faire attention à certains partenaires qui ont du mal malheureusement à se départir des réflexes coloniaux ».

Marche-arrière toute des Danois, la Forsvarsminister5, la Socialdemokrat6 Trine Bramsen, annonçant elle-même le retrait des éléments du Special Operations Command (SOC), déployés au Mali.

Décision confirmée par le Udenrigsminister7, Jeppe Sebastian Kofod, après une réunion au Parlement. Kofod précisant que « Les généraux au pouvoir ont envoyé un message clair où ils ont réaffirmé que le Danemark n‘[était] pas le bienvenu au Mali. Nous ne l’acceptons pas et pour cette raison nous avons décidé de rapatrier nos soldats ».

Copenhague, laissant le régime de Paris avec une nouvelle patate chaude (diplomatique) entre les mains.

Le colonel Maïga s’en prenant, à cette occasion, à la ministre française des Armées, Florence Parly, l’invitant « à plus de retenue et (…) à respecter le principe élémentaire de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un État ».

En cette lamentable affaire, le vrai (ir)responsable me semblant davantage notre ministre de l’Europe & des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, que Mme. Parly. Mais, bon…

| Q. Pardonnez-moi, il y a quelque chose d’ubuesque dans nos relations avec le Mali ?

Jacques Borde. C’est le moins qu’on puisse dire.

D’autant que le président de Transition de la République du Mali, le colonel Assimi Goïta, qui a été engagé en opération extérieure au Darfour, a même été décoré par la France et l’ONU. Donc, entre gens du métier de soldat, un homme apprécié. Y a, quand même, un truc qui ne va pas, désolé…

| Q. Lequel ?

Jacques Borde. Nous traitons, géopolitiquement et géostratégiquement, des hommes comme Assimi Goïta et Abdoulaye Maïga, pour ne nommer qu’eux, comme s’ils étaient des généraux russes en Afghanistan.

Enfin, leurs homme et les nôtres se battent, souvent ensemble, contre l‘ennemi commun qu’est le terrorisme takfirî. Les Forces armée maliennes (FaMa) ne sont pas nos ennemis, mais nos partenaires.

Quand va-t-on prendre ce facteur décisif en compte ? Comme l’a écrit Diapy Redoine Diawara, sur la Toile : « Bamako c’est ici le bûcher des vanités de la Macronnerie ».

| Q. Diriez-vous que l’arrivée des Russes a tout changé ?

Jacques Borde. C’est, là, la thèse de nos estimés confrères d’AGORA Actualités.

Il est indiscutable que depuis le déploiement d’éléments russes au Mali, les attaques contre la population au nord du pays, visant de nombreuses localités comme Niorou , Ménaka et même Tombouctou, le calme est revenu.

Qu’en déduire ?

Il est vrai et peu contestable que la présence de l’armée française, et son dispositif Barhkane, celle des Européens avec Takouba, onusienne avec la MINUSMA, depuis plus de 8 ans avec des budget élevés, des équipements et drones importants n’ont pas réussi à stabiliser le pays. Il est donc patent qu’il y a un échec français dans la lutte contre le terrorisme au Sahel.

D’où, c’est mon avis, l’intérêt ne pas y être seuls. Pour personne, dirai-je. L’avis sur cette question étant, bien évidemment, du ressort des administrations et autorités des pays concernés.

Les Russes, devançons votre question, ont-ils réellement changé la donne en si peu de temps ? Je pense qu’il est trop tôt pour le dire.

| Q. Donc les Russes n’ont pas réussi là où Paris a échoué ?

Jacques Borde. Je ne dis pas ça non plus.

Je pense que les Russes – qui, ne l’oublions pas ont successivement pacifié, puis reconstruit la Tchétchénie – sont arrivés au Sahel avec une expérience et une expertise qui, évidemment, ne sont pas pas celles de la France.

Mais, méfions-nous, la résilience des groupes terroristes et leur facultés adaptation à un nouvel adversaire ne sont pas à négliger non plus.

Pour terminer, je pense aussi que les Russes ont eu l’intelligence de ne pas enfermer les Forces armée maliennes (FaMa) dans le même mode opératoire que les Français. Et que, tout simplement, les FaMa étant plus libres de leurs choix opérationnels, ça a marché.

Mais la guerre au Mali et au Sahel est loin d’être terminée. Ne chantons pas victoire top tôt.

Donc, je le redis, tous ceux qui ont à l’idée d’éradiquer la terreur takfirî sur le continent africain doivent s’asseoir à une table et discuter.

Mais, bien évidemment, sortis des schémas coloniaux et néo-coloniaux. Ce qu’a fort bien expliqué le colonel Abdoulaye Maïga à nos amis danois.

Donc…

Notes

1 En moins ronflant, chef de la diplomatie européenne.
2 Membre du Parti démocrate (PD, ex-communistes notamment), a été ministre des Affaires étrangères du gouvernement Renzi avec délégation aux Affaires européennes.
3 Ou Economic Community of West African States (ECOWAS), en portugais, Comunidade Económica dos Estados da África Ocidental.
4 Ancien directeur du Prytanée militaire de Kati.
5 Ou ministre danoise de la Défense.
6 Ou Social-démocrate.
7 Ou ministre danois des Affaires étrangères.

 

A Propos Jacques Borde

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