La Position russe dans la crise avec Washington & l’OTAN.

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Fin janvier 2022. Quelle est précisément la position de Moscou sur ses rapports avec l’hêgêmon thalassocratique étasunien & son extension, l’OTAN ? Vous trouverez ci-dessous un texte attribué au ministère russe des Affaires étrangères (MID), que nous reproduisons in extenso. Le titre est de notre rédaction.

« Si cela dépend de la Fédération de Russie, il n’y aura pas de guerre. Nous ne voulons pas de guerre, mais nous ne permettrons pas d’ignorer nos intérêts ou de les réprimer brutalement ».
Sergueï V. Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères.

La responsabilité de la déstabilisation de la situation en Ukraine incombe entièrement aux États-Unis et aux autres pays de l’OTAN, qui ont soutenu le coup d’État de février 2014, entraînant le renversement du président dûment élu et l’arrivée au pouvoir de nationalistes. Craignant pour leur propre sécurité, les habitants de Crimée et du Donbass ont choisi de ne pas vivre sous le gouvernement des partisans de Stepan Bandera et de Roman Shukhevych. En conséquence, la Crimée s’est réunie avec la Russie, les régions de Donetsk et de Lougansk ont déclaré leur indépendance, et Kiev a déclenché une guerre civile contre le Donbass, qui se poursuit à ce jour. Les autorités de Kiev et l’Occident leur complice tentent de présenter la Russie comme une partie prenante au conflit dans le Donbass. Cependant, dans le Paragraphe 2 du Paquet de mesures, les parties reconnaissent Kiev, Donetsk et Lougansk comme parties prenantes au conflit en ce qui concerne les questions militaires et sont en outre mentionnées dans tous les autres aspects du règlement. La Russie, conjointement avec l’OSCE, agit en tant que médiateur au sein du Groupe de contact (GC) et du Format Normandie aux côtés de l’Allemagne et de la France.

Les États-Unis et les pays de l’OTAN agissent ainsi afin de détourner la communauté internationale de leur propre déploiement militaire en Ukraine. Les forces armées de l’Ukraine et de l’Alliance renforcent leur activité militaire à proximité immédiate des frontières russes et organisent des exercices militaires multinationaux à grande échelle. Il y en aura 10 cette année, ainsi que le prévoit la Loi du 14 décembre 2021 sur l’admission en Ukraine d’unités de formations armées étrangères en 2022. La loi prévoit une augmentation significative du nombre d’exercices. En effet, le nombre de participants va doubler et la quantité de matériel va augmenter en conséquence.

Ces actions sont en contradiction avec le Paragraphe 10 du Paquet de mesures, qui prévoit le retrait de toutes les formations armées étrangères du territoire de l’Ukraine.

L’allégation selon laquelle la Russie a « occupé » des parties de la Géorgie et refuse de retirer ses troupes de Moldavie est un pur mensonge. L’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont gagné leur indépendance à la suite de la politique agressive de Tbilissi, et les troupes russes y sont stationnées légitimement, conformément aux accords bilatéraux conclus avec ces pays, afin de repousser l’agression géorgienne. L’achèvement du retrait des troupes de Transnistrie dépend du règlement du conflit entre Chisinau et Tiraspol, qui est inscrit dans les documents de l’OSCE adoptés avec la participation des États-Unis.

La Russie effectue régulièrement des exercices militaires sur son territoire et procède à des inspections inopinées des troupes. Pendant ce temps, les États-Unis déploient leurs forces armées et leurs armes offensives dans les pays d’Europe de l’Est, à plusieurs milliers de kilomètres de leurs frontières nationales, sapant ainsi la sécurité et la stabilité stratégique de l’Europe. En envoyant des armes et des conseillers militaires en Ukraine, les États-Unis encouragent les actions agressives du régime de Kiev contre sa propre population dans le Donbass. Nous savons tous comment les autorités américaines utilisent la désinformation comme prétexte pour envahir des États indépendants. Il suffit de rappeler la tristement célèbre fiole de Collin Powell qui a servi de prétexte à l’agression américaine contre l’Irak. Le montant susmentionné de l’aide humanitaire américaine est une goutte d’eau dans l’océan par rapport à l’énorme aide apportée par la Fédération de Russie aux habitants du Donbass. Les violations des droits de la population russophone d’Ukraine, qui se compte par millions, ont atteint une ampleur effroyable dans le pays. Son gouvernement adopte des lois discriminatoires sur la langue, l’éducation et les soi-disant « peuples indigènes », tout en évinçant la langue russe de toutes les sphères de la vie. En août 2021, le président de l’Ukraine Vladimir Zelensky est allé jusqu’à dire aux Russes ethniques de quitter le pays en une réaction clairement xénophobe. En juin 2021, le commissaire à la Protection de la langue d’État, Taras Kremen a déclaré que ceux qui s’opposent à la loi sur la langue « peuvent quitter le territoire du pays ».

On peut se demander pourquoi les États-Unis, habituellement si dévoués à la cause des droits de l’Homme, refusent de remarquer la discrimination ouverte dont sont victimes les citoyens ukrainiens russophones. Peut-être ne considèrent-ils pas les Russes comme des personnes ?

Quant à la situation des droits de l’Homme en Crimée, y compris le statut des minorités ethniques, elle ne s’est pas seulement améliorée après le retour de la péninsule à la Russie, mais a complètement changé. Contrairement à l’ancien et à l’actuel gouvernement ukrainien, la Fédération de Russie tente de préserver l’espace multiculturel unique de la péninsule. Nous sommes convaincus que l’Occident diffuse délibérément des désinformations sur les problèmes de droits de l’Homme en Crimée pour détourner l’attention de la communauté internationale du terrible bilan de l’Ukraine en matière de droits de l’Homme.

La référence au soi-disant « effort diplomatique global » est au mieux hypocrite et trompeuse. Depuis le 15 décembre 2021, date à laquelle nous avons officiellement envoyé à Washington nos projets de traité sur les garanties de sécurité et d’accord sur les mesures visant à assurer la sécurité de la Russie et des pays de l’OTAN, les Américains ont surtout tenté, de manière évidente, de faire traîner en longueur les discussions sur les paramètres spécifiques proposés par la Russie, à différents niveaux d’expertise et sous différentes formes. Au lieu de faire une pause et de s’attacher à répondre sur le fond aux questions soulevées dans les documents russes, la Maison-Blanche et ses alliés occidentaux ont lancé une campagne d’information et de propagande très toxique présentant la Russie comme un « agresseur », un « ennemi de l’Europe civilisée » et une « menace » pour la stabilité internationale. Tout cela a été fait en plus de l’intimidation sans fin de la Russie avec des sanctions « douloureuses » qui sont conçues pour saigner à blanc notre économie et renforcer le défi systématique à la Russie. La publication même par le département d’État de ces « recommandations » à la veille des entretiens entre le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d’État américain Antony Blinken à Genève ne peut être interprétée que comme une provocation ouverte. M. Lavrov a exposé en détail les approches de la Russie lors d’une conférence de presse tenue à l’issue des entretiens sur les garanties de sécurité.

L’Alliance a discrédité sa réputation par des actions contraires au droit international : l’opération contre la Yougoslavie, l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan par les membres de l’OTAN, et la destruction barbare de la Libye par la coalition alliée. Cette politique n’a rien à voir avec la « défense ».

Les références aux déclarations faites par le président russe Vladimir Poutine en 2002 sur le caractère défensif de l’OTAN sont sorties de leur contexte et concernent la période où la Russie et l’OTAN envisageaient de poursuivre leur coopération. La politique agressive ultérieure de l’OTAN à l’égard de la Russie et son expansion vers l’est ont détruit ces intentions.

Le 9 février 1990, lors d’une rencontre avec le ministre soviétique des Affaires étrangères Édouard Chevardnadzé, le secrétaire d’État américain James Baker a donné des garanties explicites selon lesquelles « il n’y aura pas d’extension de la juridiction ou des forces de l’OTAN d’un pouce vers l’Est ». Le 10 février 1990, le ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher, assure à Édouard Chevardnadzé que « l’OTAN ne s’étendra pas à l’Est ».

Le même jour, le chancelier allemand Helmut Kohl le confirme à Mikhaïl Gorbatchev. Le secrétaire d’État américain James Baker a déclaré, lors d’un briefing le 13 février 1990, que Washington était favorable à une Allemagne unifiée et à son inclusion dans l’OTAN, et qu’il était prêt à veiller à ce que la présence militaire de l’alliance ne s’étende pas plus à l’Est. Toutes ces assurances se trouvent dans les transcriptions des réunions, qui sont aujourd’hui à la disposition du grand public. Au cours des 20 dernières années, toutes les forces de la coalition de l’OTAN ont été concentrées précisément sur le flanc oriental. L’avancée de l’Alliance vers les frontières de la Russie va de pair avec la création et la mise à niveau d’infrastructures militaires, le développement de chaînes d’approvisionnement pour le transfert rapide – y compris transatlantique – de grandes formations militaires, et le déploiement d’éléments de défense antimissile américains équipés de lanceurs à double usage en Roumanie. Des plans de déploiement de systèmes de missiles en Pologne sont en cours d’élaboration. Des hangars pour le matériel militaire lourd sont en cours de construction dans les pays d’Europe orientale membres de l’OTAN. Des possibilités sont offertes à une présence militaire étrangère dans ces pays, ce qui est à deux doigts de violer, sinon la lettre, du moins l’esprit de l’Acte fondateur Russie-OTAN de 1997.

Le nombre de navires de guerre exploités par des puissances non régionales entrant dans la Mer Noire a considérablement augmenté, transformant ses eaux en une autre zone d’instabilité. La Mer Baltique, auparavant calme et paisible, est devenue une scène de confrontation militaire. L’intensité des vols des avions de reconnaissance des pays de l’OTAN est devenue une menace pour le trafic aérien civil.

L’Alliance effectue constamment des exercices militaires près de nos frontières. Rien que l’année dernière, environ 120 exercices ont été menés, au cours desquels des scénarios offensifs ont été mis en œuvre, avec l’implication que la Russie est l’ennemi hypothétique.

L’OTAN mène une politique de partenariat extrêmement agressive et lorgne sur les territoires de la Finlande, de la Suède, de l’Ukraine et de la Géorgie, tout en tentant de prendre pied en Asie centrale. Elle construit également des sites dans l’espace post-soviétique qui présentent des risques biologiques potentiels.

© MID (sous réserve).

A Propos Jacques Borde

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