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Isolé Trump ? Ah, bon, vous trouvez !…

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

Il aura fallu une poignée d’heures à peine pour que la République Tchèque soit le premier allié occidental, européen même, qui suive Washington dans sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu. Le mouvement étant lancé, d’autres vont suivre. À n’en pas douter, le coup de poker diplomatique des deux compères que sont, en cette affaire, Donald J. Trump & Binyamin Nétanyahu1, aura payé. Vous avez dit : isolé ! À se demander qui, en cette fin d’année 2017, l’est vraiment...

| Q. Êtes-vous surpris par la décision tchèque de suivre la décision de Donald J. Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël ?

Jacques Borde. Non, pas du tout. Un peu, peut-être par la rapidité de la décision, mais c’est tout. À y ajouter, au moment où je vous parle : le Ghana, les Philippines, l’Ukraine, la Tanzanie. Pour ce qui est de la légitimité juridique de l’ONU, on remerciera le machin pour avoir couvert tous les génocides du XXe siècle. « Des juifs aux Tutsis en passant par les Arméniens, les Biafrais ou les Cambodgiens », comme l’a souligné Alain Attal sur Facebook. Sans oublier le million et demi de civils irakien liquidés par son embargo génocidaire…

| Q. Pourquoi eux, je veux dire les Tchèques ?

Jacques Borde. (Sourire) Les Tchèques sont les plus vieux et les plus sûrs amis d’Israël dans notre vieille Europe. Avant même la naissance de l’État hébreu, en 1948. Je vous rappelle que les combattants de l’Irgoun, de la Haganah puis de Tsahal étaient (entre autres) équipés de Mauser 98K made in Tchecoslovakia. Et que les premiers avions de chasse de l’Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal2 furent des Avia S-199, une pâle copie du Messerschmitt Bf-109G-6.

Prague a toujours eu un grand souci :

1- des équilibres au Levant.
2- que ces équilibres ne se fassent pas au détriment d’Israël.

Autre anecdote, lorsqu’éclata la guerre civile libanaise dans les années 70 et que le camp chrétien (sic) allait par la force des choses se retrouver être l’ennemi des ennemis d’Israël : qui va livrer fusils d’assaut et munitions aux Phalangistes à la peine ? Omnipol, la firme d’armement tchèque. L’excellentissime Vz-58, qui sera leur arme de dotation principale jusqu’à ce que, ô surprise, les Israéliens prennent le relais avec leurs AK-47 et AKM de prise saisis aux armées arabes.

| Q. Paris a vivement réagi à la décision de Trump…

Jacques Borde. Oui. Et après ? Il y a aussi ce qui se passe en coulisses. Et, là, je vous fiche mon billet que d’autres États sont sur la même ligne que les Tchèques même s’ils se gardent d’en faire part pour l’instant.

Je pense que la réponse faite aussi vite par Prague entre dans une logique diplomatique qui échappe totalement à Paris ou à la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères & la politique de sécurité, Federica Mogherini. Une carte de plus qui tombe…

| Q. Qu’entendez-vous par là ?

Jacques Borde. Après la COP21/23 torpillée en une déclaration, c’est au tour des velléités de l’Union de faire les frais du grand jeu conduit par Trump et… Nétanyahu, les deux mal-aimés de nos media cosmopolites.

| Q. Sinon, l’Europe est-elle encore un interlocuteur ?

Jacques Borde. Autrement que pour payer les fins de mois du HAMAS ? Vous plaisantez ! Prague vient de démontrer que l’Europe géopolitique n’existe pas. Attendez que les Baltes et les Wisegrad rejoignent le bal.

Idem pour la communauté internationale (sic)qui ne pèse rien vis-à-vis du faiseur de pluie étasunien. C’est ça, en fait, qui est la cause du tollé actuel.

| Q. Mais que va-t-il se passer ?

Jacques Borde. Au plan international ? Comme l’a souligné Jean-Dominique Merchet, sur le plateau de C-dans-l’air, probablement rien. Ou presque. L’Organisation de la coopération islamique (OCI)3, va, à coup sûr, accoucher d’une souris. Au-delà, cela va renforcer les positions réciproques de gens qui, de toute manière, ne se parlaient plus depuis longtemps. Il y a belle lurette que l’Accord d’Oslo est un souvenir qui ne fait fantasmer que notre presse vespérale et de gôôôôche.

| Q. Parlant de sa décision, Trump parle d’évidence ?

Jacques Borde. Il n’a pas tort.

Depuis plus de 60 ans, l’administration israélienne fonctionne à et à partir de Jérusalem. Qui plus est, c’est à un État de choisir sa tête. Pas l’ONU, des diplomates rances et des media hors-sol. Le reste c’est un peu du babil sans intérêt ni portée véritable.

J’ai aussi noté que les Canadiens, pourtant assez gagnés comme les vieux Européens que nous sommes par leur tropisme ad usum islami, ont été particulièrement ambigus dans leurs réactions officielles quant à la déclaration de Trump. La ministre canadienne des Affaires étrangères, Christina Chrystia Alexandra Freeland, se fendant d’un sibyllin « Allié indéfectible de l’État d’Israël, le Canada, appelle quant à lui l’ensemble des protagonistes ‘au calme (…). La question du statut de Jérusalem ne peut être résolue que dans le cadre d’un règlement général du conflit israélo-palestinien ».

À ce rythme, à quand les cartons ?

| Q. On parle beaucoup de l’isolement de Washington sur la scène internationale. Peut-on aussi parler de l »isolement de Paris sur les dossiers du Proche-Orient ?

Jacques Borde. Oui, totalement. De Paris et de Bruxelles, en fait. Personne ne nous suit vraiment sur les sujets sur lesquels l’administration Macron a choisi de se positionner.

1- Macron a été le seul leader européen et occidental à aller aussi loin dans sa critique de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël.
2- à deux reprises, il a fait état de la position de la France sur le sujet à partir de capitales étrangères. Musulmanes de surcroît. Ce qui retire beaucoup de sérieux à l’affaire.
3- refusant de se prononcer clairement et raisonnablement sur la Syrie, la France reste dans le vestibule du processus de paix d’Astana.
4- Paris est le pays le plus louvoyant sur la situation humanitaire au Yémen, refusant de condamner ouvertement l’administration roi, Salmān d’Arabie Séoudite pour ses exactions au Yémen.

| Q. Et c’est gênant ?

Jacques Borde. Un peu, oui. À côté de ça, affirmer, comme le dit le communiqué de l’Élysée « que la question du statut de Jérusalem devra être réglée dans le cadre des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, visant en particulier l’établissement de deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité avec Jérusalem pour capitale » est ce qu’on appelle un vœu pieux. Avec comme perdants, parce qu’il y en a toujours, les populations civiles de Ramallâh et de Gaza.

Rien – sauf des résolutions, la 242 et la 238 (si ma mémoire est bonne) que personne n’a jamais voulu appliquer – n’y oblige qui que ce soit. Et cette inclusion de Jérusalem dans le paquet a de moins en moins de partisans. Y compris dans le monde arabe.

Et, surtout, tout comme le processus d’Astana qui progresse sans que Paris ait son mot à dire, ce faisant (ou plutôt : ce disant), Paris s’éloigne à grand pas de la table de négociations…

| Q. Mais pourquoi le sujet est aussi clivant ?

Jacques Borde. À cause du statut de faiseur de pluie de Washington, pardi. Même si dans un premier temps, je pense que la décision de l’administration Trump fera polémique, je vous fiche mon billet qu’il ne faudra pas beaucoup de temps pour que, peu à peu, une bonne partie des chancelleries fassent de même. Prague n’aura été que le premier à franchir le pas.

| Q. Quid des intentions d’Ankara de rompre diplomatiquement avec Washington ?

Jacques Borde. Oui, j’ai lu ça. C’est la menace brandie par le président turc, Reccep Tayyip Erdoğan. Je n’y crois guère. Je pense que c’est du bluff, un coup de poker. Une posture qui ne marche qu’avec ceux qui (pardonnez la formule) qui n’ont pas grand-chose dans le pantalon, comme les Européens. Je veux dire l’Europe de Bruxelles.

Bon, parallèlement, ce qui s’annonce, c’est le rapprochement de la Turquie et de la Russie. Mais les choses étaient déjà sur les rails avec le processus d’Astana sur la Syrie.

| Q. Et lorsque vous parlez des chancellerie prêtes à suivre Trump, à terme, vous pensez à qui ?

Jacques Borde. J’aurais dit : l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Puis les pays du Groupe de Wisegrad, la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie. Plus les pays baltes, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. En fait, les pays qui ne se reconnaissent plus dans ce modèle occidental ouvert à tous les vents. Mais les premiers à emboîter le pas ont été les Tchèques.

D’une manière, générale, les alliés traditionnel de Washington finiront par suivre la vulgate diplomatique édictée sur les rives du Potomac.

L’Asie sera, forcément, plus partagée. Ne serait-ce qu’en raison des pays à fortes populations musulmanes, soucieux de préserver une forme d’équilibre intérieur.

Sans parler ce ce que j’appellerai l’effet ou le syndrome Rohingya

| Q. Quid ?

Jacques Borde. Une partie non négligeable de l’Asie constitue de facto le nouveau front du djihâd d’Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)4. Le Myanmar et l’Union indienne, mais également la Thaïlande et les Philippines sont dans l’œil du cyclone. Le tout sous le regard vigilants d’une Australie qui a compris comme gérer le chantage migratoire. En refusant d’y céder tout simplement…

| Q. Et votre syndrome Rohingya, ça va se solder comment ?

Jacques Borde. A priori, si l’Australie a trouvé la recette face aux flux migratoires, pris généralement. Recette à laquelle va bientôt ressembler le mode opératoire étasunien compte tenu de la victoire de Trump devant la US Supreme Court, le Myanmar a, lui, démontré, qu’avec un minimum de force légitime, on obtenait d’excellents résultats avec les friches takfirî installées sur un terreau national.

En clair, le monde libre – si l’on entend par là l’ancienne sphère occidentale issue de la Guerre froide et les pays du Groupe de Wisegrad – va se diviser en deux :

1- ceux qui arrachent, sans trop de ménagement, les racines terroristes.
2- ceux qui, éternels Munichois, se couchent devant les terroristes et décident de vivre avec.

| Q. Vous n’êtes pas rebuté par la brutalité des procédés ?

Jacques Borde. Quelle brutalité ? Si vous exceptez les zones d’affrontements armées (Myanmar, Philippines) les chose se passent plutôt calmement. Quelque part, c’est une force d’inertie qui se met en place.

Aux États-Unis, le nombre de réfugiés admis aux États-Unis s’est effondré motu proprio depuis que Donald Trump a levé leur interdiction d’entrée de 4 mois. Dans les faits, seuls 3.108 réfugiés ont pu entrer aux États-Unis en octobre et novembre 2017. L’administration Obama en avait admis 18.300 pour la même période de l’année dernière. Les nouveaux chiffres représentent une chute de 83%.

À cela s’ajoute le décret anti-immigration (sic), enfin validée par la US Supreme Court, touchant 7 pays à majorité musulmane. Trump avait promis durant la campagne présidentielle de « stopper le flux massif de réfugiés » pour protéger le pays des terroristes.

C’est fait. Et, mieux encore, ça marche ! Moins de musulmans figurent parmi les nouveaux réfugiés. Les musulmans représentaient environ 40% des réfugiés admis aux États-Unis en novembre 2016. Mais depuis novembre 2017, ils ne sont plus que 10%.

Et comme la souligné Helen Aguirre Ferré, porte-parole de l’administration Trump, à Fox News, « La stratégie du président sur les réfugiés est guidée, avant toute autre considération, par la sécurité du peuple américain (…). Les États-Unis peuvent aussi aider un grand nombre de réfugiés en les réinstallant dans leur région d’origine et en leur permettant de retourner en toute sécurité chez eux ».

Dernier obstacle à sauter, l’administration Trump a a pris la décision de se retirer du Pacte mondial pour les réfugiés, un accord qui avait été conclu lors de l’Assemblée générale de 2016, sous l’égide de Barack H. Obama, et qui visait à organiser les mouvements migratoires dans le monde.

Décidément, tout ne va pas si mal pour l‘America First.

Notes

1 Commence véritablement sa carrière politique en chapeautant le Yonathan Institute for the Study of Terrorism, portant le nom de son frère, le seul mort israélien du raid d’Entebbe, et qui avait pour but de sensibiliser l’opinion publique sur les questions de sécurité qui touchent Israël.
2 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.
3 Munaẓẓamat at-Taʿāwun al-islāmī, Organisation of Islamic Cooperation (OIC), appelée Organisation de la conférence islamique jusqu’en 2011.
4 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.

 

A Propos Jacques Borde

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