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Les Guerres, contre la Terreur notamment, aussi celles des mots…

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

N’en doutons pas : entre les puissances, le grand jeu se poursuit, âpre & sans pitié. Ne s’affrontant que, indirectement par proxies, alliés, liges, etc., leurs chocs directs se font (voir, ainsi, le duel ciselé au mot près que se livrent le président américain, Donald J. Trump, & son homologie de la Chosŏn Minjujuŭi Inmin Konghwaguk1, Kim Jong-un) au niveau du verbe, du discours, des anathèmes, sommations, oukases & autres amabilités du genre. Petit voyage dans ce monde ou tout (enfin presque) est permis…

| Q. Parleriez-vous de double langage permanent, lorsqu’on évoque les échanges dans la sphère publique et politique ?

Jacques Borde. Oui. Plus que ça, en fait. Une forme de coup d’État intellectuel permanent…

| Q. De la part de qui ?

Jacques Borde. De la gauche, disons institutionnelle, dans la mesure où cette dernière est aux commandes sociétales et médiatiques depuis 1968. Massivement aux États-Unis et en France principalement.

| Q. Vous diriez de manière éruptive ou permanente ?

Jacques Borde. Permanente, évidemment.

L’un des buts étant de toujours se donner le bon rôle. Ou de tenter de minimiser les choses, lorsque celles-ci ne vont pas dans le sens souhaité.

| Q. De quelle manière ?

Jacques Borde. Le premier acte dans un affrontement, c’est de nommer les choses et l’autre.

Il ne se passe pas un jour où – quoi qu’il dise (ou ne dise pas, d’ailleurs) ou fasse – tout devient une affaire Trump. Faisant du président américain un moins que rien et un incompétent.

| Q. Mais, on a toujours procédé ainsi, non ?

Jacques Borde. Vous plaisantez ? Le ressort ne fonctionne que dans un sens.

C’est d’ailleurs ce qu’a magnifiquement rappelé Katie Pavlich, revenant dans l’émission Outnumbered Overtime2, sur les affaires de harcèlement prêtées à des membres du Congrès : « Why is it that we call it the ‘Monica Lewinsky scandal’ when it was Bill Clinton’s scandal? ». Je traduis : « Comment se fait-ils que nous parlions ici de Scandale , alors qu’il s’est agi du Scandale Bill Clinton ? ».

| Q. Diriez-vous que la pratique de ce double langage est plus l’apanage de ténors de la vie publique ou celui de seconds couteaux ?

Jacques Borde. Les deux, en fait. Les seconds préparant souvent le terrain médiatique pour les premiers. Mais les personnalités de premier plan de sont pas les dernières à user de double langage.

| Q. Vous pensez à quelqu’un en particulier ?

Jacques Borde. Oui et non. Mais, le maire de Londres, comme l’a souligné Eber Haddad, est assez coutumier du fait. Un exemple, peut-être ?

D’un côté, « Sadiq Khan souhaite ardemment que Donald Trump ne puisse pas rentrer au Royaume-Uni à cause d’un retweet », mais, de l’autre, « il s’est battu comme un beau diable, quand il était avocat, pour que Louis Farrakhan puisse rentrer dans son pays alors que c’est un raciste, anti blanc et antisémite avoué et très actif. Sadiq Khan a également été l’avocat de plusieurs terroristes islamiste et particulièrement de Zachariah Moussaoui, le seul terroriste survivant du 11 septembre 2001. Quel bel hypocrite et faux-cul... ».

A moins d’être lui-même un fieffé… antisémite ! À creuser.

| Q. Dites-moi, au niveau des mensonges et autres fake news, que pensez-vous ces accusations comme quoi les récentes arrestations de princes et autres caciques en disgrâce à Riyad, auraient été menées par des forces spéciales étrangères ?

Jacques Borde. Votre question appelle trois réponses qui se complètent, mais qui sont elles-mêmes des questions :

Primo, est-ce exact ?
Secundo, est-ce possible ?
Tertio, est-ce choquant ?

Point 1 : aucune idée. La nouvelle (sic) a été sortie par Raï al-Youm, pour qui « …ce serait une force spéciale étrangère qui aurait procédé à des arrestations et d’ailleurs aucune autorité séoudienne n’a démenti cette information ».

Au jour où je vous parle, je n’ai aucun élément de confirmation ou d’infirmation sur ce point.

Point 2 : est-ce possible ?

Oui, tout à fait. Le pouvoir séoudien a une longue tradition de coopération (voire de recours pur et simple) avec des forces non régnicoles. Le premier exemple étant à la fois connu et ancien en la personne de Lawrence d’Arabie3 et du rôle qui lui est prêté par des historiens dans la prise d’Aqaba4.

Plus trouble, mais plus près de nous, l’appel au GIGN5 qui coordonnera, le 4 décembre 1979, l’assaut contre la Mosquée Al-Masjid Al-Haram de La Mecque, tombée aux mains de terroristes takfirî commandés par Juhayman Ibn-Muhammad Ibn-Sayf al-Otaibi.

D’une manière plus générale, les Séoudiens sont connus pour une sous-traitance importante de leur sécurité, que celle-ci soit intérieure ou extérieure.

| Q. Et là, vous penseriez à qui ?

Jacques Borde. Difficile à dire. Sur Wikipédia, la liste des forces spéciales en activité dans ce vaste monde est longue comme le bras et fait bien trois pages…

Donc il pourrait aussi bien s’agir de Britanniques, d’Américains ou de Français. Mais tout autant de Chiliens. Voire de… Russes. Je vous rappelle les visites régulière d’officiels russes à Riyad. Des échanges sur la manière de faire le thé ? Qui croira une telle fable ?

Point 3 : est-ce choquant ?

Absolument pas.

| Q. Pour vous, ça ne pose pas de problème particulier ?

Jacques Borde. Non. Quoi qu’on pense de lui et de ses choix géostratégiques, Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd est légalement au pouvoir en Arabie Séoudite. Il a donc parfaitement le droit de s’assurer de l’assistance militaire et paramilitaire de qui bon lui semble pour résoudre les problèmes que rencontre son administration.

Qui plus est, tout cela semble s’être passé sans la moindre casse. Alors…

| Q. À vous écouter, finalement, à un moment donné tout n’est que mensonge ?

Jacques Borde. (Sourire)Oui. Mais rien que de très normal…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Les relations, qu’elles soient nationales ou internationales, sont, quelque part, un jeu de dupes permanent. C’est aussi pour ça qu’elles ont été autant codifiées. Si tout allait de soi, on s’en serait passé.

Toutes ces relations s’inscrivent dans une tension dialectique entre locuteurs pris dans un grand jeu. En clair, tout le monde y ment à tout le monde. Naturellement, plus on ment, plus on se drape dans une dignité de façade. Derrière des… mots, en fait.

| Q. Dans quel sens ?

Jacques Borde. Encore un exemple, ça sera plus simple. La CIA, pas vraiment un conclave de bonnes sœurs convenez-en, a adopté comme devise la parole de Jean, « Disciples, you shall know the truth, and the truth will make you free »6. Comme en témoigne son blason à l’entrée de son siège à Langley.

| Q. Pourquoi mentir en permanence ?

Jacques Borde. Pour persuader, convaincre, prendre la main, la forcer. C’est selon. Tenez un petit exemple :

Début novembre 2017, une huile du US Department of State a prétendu que Moscou s’était engagé à favoriser le retrait des militaires iraniens et des forces paramilitaires pro-iraniennes du sud-ouest de la Syrie, ce dans le cadre de l’accord signé entre Moscou, Washington et Amman.

Patatras ! Le 14 novembre 2017, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï V. Lavrov, rappelait que son pays n’avait jamais garanti ni le départ ni le recul des forces liées à l’Iran.

« La présence de l’Iran en Syrie est légale et légitime », ajoutait-il. Une phrase qui répond également aux récentes sommations du chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, exigeant le départ de milices diverses et variées – sur place, elles, avec l’aval de Damas – alors celle de forces spéciales françaises en Syrie serait en opposition aux demandes syriennes de ne pas intervenir sur son sol.

En fait, ce qui s’était passé à Moscou, début novembre 2017, c’est que les États-Unis, la Russie et la Jordanie étaient parvenus à un accord au sujet de l’établissement d’une zone de désescalade dans le sud de la Syrie.

Le problème c’est que la nature même de ladite zone, la manière de la faire fonctionner, avec qui (et sans qui) n’étaient pas fixées dans le marbre, d’où l’idée des Américains de :

1- forcer la mains aux Russes et aux Iraniens, si les Russes acquiesçaient.
2- semer un dose de troubles entre Iraniens, Syriens et Russes.

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque-chose. D’où, aussi, la nécessité de rappeler quelques idées de base. Ce qu’à fait Lavrov, avec son calme habituel.

| Q. Cette manière de faire, c’est plutôt fréquent dès qu’on parle de la Syrie…

Jacques Borde. Oui, c’est le moins qu’on puisse dire. Tout récemment, les Russes ont tenu, à raison, à rappeler que l’intégralité territoriale de la Syrie ne devait pas être remise en cause.

« Nous considérons l’intégrité territoriale de la Syrie comme une nécessité absolue. Pour le moment, personne ne dit que ce principe peut être mis en doute, et j’espère que jamais personne ne le dira », a lourdement rappelé le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï V. Lavrov.

Et de rappeler que « La Résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU stipule que seuls les Syriens sont habilités à décider du sort de leur pays. C’est pourquoi les discussions concernant le régime politique en Syrie doivent se dérouler dans le cadre du dialogue inter-syrien qu’on est enfin parvenu à lancer via le processus d’Astana, après de nombreuses tentatives infructueuses entreprises sous l’égide de l’ONU ».

Une piqûre de rappel plus qu’indispensable. Y compris pour Paris…

| Q. Pourquoi cela ?

Jacques Borde. Pour recadre le débat.

À se souvenir les lubies, françaises notamment, autour du départ nécessaire à toute discussion du président syrien, le Dr. Bachar el-Assad. Aujourd’hui, même le nouveau maître de Riyad, Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, a enterré le sujet. Mais, parfois, une petite coulée de béton sémantique n’est pas inutile…

Notes

1 Ou République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).
2 Fox news.
3 Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie. Pendant la 1ère Guerre mondiale, les reportages du journaliste américain Lowell Thomas firent la notoriété de T. E. Lawrence, officier de liaison britannique durant la Grande révolte arabe de 1916-1918.
4 Lawrence persuade de la nécessité du raid à longue les troupes arabes et Auda Abu Tayi, Cheikh des Howeitat (jusqu’alors au service des Ottomans), contre le port stratégique d’Aqaba, ce sans l’aval de l’État-major anglais du Caire. Il est moins certain qu’il en ait assuré le commandement comme montré dans le film de David Lean, Lawrence d’Arabie.
5 Pour Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale.
6 « Disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres », Jean 8, 31-32.

 

A Propos Jacques Borde

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