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| Quai d’Orsay | Point de presse du 11-15 décembre 2017 | Extraits |

Comme cela nous a été suggéré par quelques lecteurs institutionnels du blog, Nous reprenons une vieille habitude : reposter les Q&R du Point de presse quotidien, tenu au Quai d’Orsay. Ces reprises seront faites sans commentaire de notre part. Bonne lecture à tous. Extraits.

(…)

| Q. Après l’annonce du Premier ministre irakien d’une victoire contre DA’ECH, que compte faire la France ?

R. Nous poursuivons notre effort pour accompagner l’Irak dans les défis auxquels il doit faire face en matière de sécurité, de réconciliation nationale, de reconstruction et de mise en oeuvre d’une gouvernance inclusive au bénéfice de l’ensemble de sa population. Cette étape sera cruciale pour empêcher durablement la résurgence du terrorisme.

C’est dans cette perspective que M. Jean-Yves Le Drian a signé, le 5 octobre à l’occasion de la visite du Premier ministre irakien à Paris, une convention octroyant un prêt budgétaire de 430 millions d’euros à l’Irak, qui permettra de faciliter l’obtention de programmes financiers internationaux, essentiels dans la phase de reconstruction.

Dans le prolongement de cette visite, qui a permis de donner une nouvelle impulsion à notre relation bilatérale dans tous les domaines, M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, s’est rendu à Bagdad le 6 décembre pour présider la première commission mixte économique depuis 2015. Cette commission a vocation à préparer l’établissement de nouveaux partenariats entre nos deux pays dans la perspective de la reconstruction du pays. M. Jean-Baptiste Lemoyne était accompagné d’une délégation d’une vingtaine d’entreprises françaises, qui ont participé à la réunion du Club d’affaires franco-irakien et dont plusieurs, déjà présentes en Irak, participent à l’effort de reconstruction (telles que Suez, Thalès, Schneider Electric, Vinci Construction et Bouygues Construction).

(…)

| Q. Quelle est la réaction de la France au rapport commandité par le gouvernement rwandais au cabinet d’avocats américain Cunningham Levy Muse sur les responsabilités françaises dans le génocide rwandais ?

R. Sans être surpris par le contenu d’un rapport commandé par les autorités rwandaises à un cabinet privé américain, nous ne pouvons que relever un certain nombre d’inexactitudes.

Contrairement à ce que soutient ce rapport, la France est engagée sans réserve dans la poursuite des personnes qui ont participé au génocide rwandais. L’État veille à assurer aux autorités de justice tous les moyens nécessaires pour mener à bien, en toute indépendance, leurs travaux d’investigation concernant les présumés génocidaires présents sur le territoire français. Les missions régulières à Kigali des magistrats du pôle de lutte contre les génocides et les crimes contre l’humanité du tribunal de grande instance de Paris et de leurs équipes en attestent. À ce jour, trente procédures ont été ouvertes par la justice française concernant des présumés génocidaires rwandais. Huit d’entre elles sont closes (dont trois condamnations et trois transférées au tribunal pénal international pour le Rwanda). Vingt-deux procédures sont toujours en cours, avec neuf mises en examen.

Le génocide rwandais a été l’une des pires atrocités de notre temps. Nous avons soutenu très activement la création, en novembre 1994, du Tribunal pénal international pour le Rwanda institué par le Conseil de sécurité des Nations-unies. Nous avons le devoir de tout mettre en œuvre pour qu’un tel drame ne se reproduise plus. La prévention des génocides est devenue un élément central de l’action extérieure de la France. Elle inspire notamment notre action au conseil de sécurité pour limiter l’usage du droit de veto en cas de crimes de masse.

(…)

| Q. Situation dans la Ghouta orientale (Syrie)…

R. La France dénonce la situation insoutenable des populations syriennes dans la Ghouta orientale. Celle-ci, assiégée par l’armée de Bachar el-Assad depuis plusieurs années, est censée être l’une des zones de désescalade établies dans le cadre du processus d’Astana.

En violation des engagements qu’il y a pris, le régime syrien mène néanmoins d’intenses bombardements qui ont causé plusieurs centaines de victimes civiles ces dernières semaines. Il bloque l’accès à l’aide humanitaire pour les 400.000 habitants de la région et refuse l’évacuation médicale d’urgence de près de 500 civils, dont 137 enfants.

Il est donc urgent que la Russie et l’Iran, garants du processus d’Astana et alliés du régime de Damas, prennent leurs dispositions pour que celui-ci cesse les bombardements et que l’aide humanitaire parvienne de manière sûre, complète et sans entrave aux personnes qui en ont besoin. La France rappelle avec force que l’accès des personnels médicaux et humanitaires aux zones de conflit est un impératif. En refusant l’accès humanitaire, le régime de Damas se rend responsable de crimes de masse, en particulier à travers l’utilisation du siège comme arme de guerre. Nous exprimons notre préoccupation particulière pour les enfants, dont la malnutrition s’ajoute à leurs souffrances depuis le déclenchement du conflit.

La France continuera d’œuvrer pour que l’aide humanitaire soit accessible à tous sur l’ensemble du territoire syrien. Elle agira notamment en faveur du renouvellement de la Résolution 2165 du Conseil de sécurité autorisant l’aide humanitaire transfrontalière.

| Q. Comment évaluez-vous le processus de Genève pour la Syrie faisant suite au constat par l’envoyé spécial d’un échec total ? Est-ce que cela ne démontre pas l’impuissance de ce processus, de l’envoyé spécial et des parrains ?

R. La France rappelle qu’il n’y a pas d’alternative à une solution politique négociée agréée par les deux parties sous l’égide des Nations-unies, seul cadre agréé par la communauté internationale sur la base du communiqué de Genève et de la Résolution 2254 du Conseil de sécurité. Elle réitère à cet égard son soutien aux efforts de l’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations-unies pour la Syrie, M. Staffan de Mistura.

Nous déplorons l’attitude du régime syrien, qui a refusé de s’engager dans la discussion depuis le 28 novembre. Il s’agit d’une stratégie d’obstruction irresponsable par rapport à l’ampleur des enjeux auxquels est confrontée la Syrie, afin de rétablir la paix, de permettre le retour des réfugiés et d’éradiquer le terrorisme.

Après bientôt sept années de guerre, le bilan du conflit continue pourtant de s’alourdir. Le régime syrien porte la responsabilité de l’absence de progrès dans les négociations. Nous relevons à l’inverse, comme l’ont souligné les Nations-unies, l’attitude constructive de l’opposition syrienne, qui s’est présentée unie à Genève.

| Q. Estimez-vous que les preuves présentées par les États-Unis liant l’Iran aux armes utilisées dans la guerre au Yémen sont irréfutables ? Est-ce que Paris a ses propres sources d’informations qui sont aussi irréfutables ?

R. Les États-Unis ont présenté le 14 décembre des pièces d’armement, dont ils ont indiqué qu’il s’agissait de débris du missile tiré le 4 novembre du Yémen vers l’Arabie Séoudite. Le secrétariat des Nations-unies a également eu l’occasion d’examiner ces pièces et fait actuellement le point sur l’ensemble des informations disponibles.

Aucune conclusion n’a été tirée à ce stade par le secrétariat des Nations-unies. La France continue à examiner les informations à sa disposition.

La France est préoccupée par le programme balistique de l’Iran et appelle l’Iran à se conformer pleinement à la Résolution 2231 du Conseil de sécurité.

Notre approche est constante : nous sommes attachés à une mise en œuvre exigeante du JCPOA tel qu’il a été accepté par toutes les parties ; nous observons avec inquiétude l’activisme de l’Iran dans la région et la poursuite du programme balistique iranien. Le président de la République et le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères l’ont dit à plusieurs reprises.

Ces questions doivent être traitées séparément dans le cadre d’un dialogue exigeant, que nous souhaitons productif avec les autorités iraniennes. C’est dans ce cadre que M. Jean-Yves Le Drian se rendra prochainement en Iran.

Notre méthode est de parler à tous dans la région.

Notre objectif est d’obtenir une désescalade des tensions en vue de parvenir à un règlement des crises.

| Q. Pensez-vous que l’Union européenne devrait étudier la possibilité de nouvelles sanctions contre la Birmanie ?

R. Comme vous le savez, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne ont décidé de suspendre les invitations de membres de l’armée birmane et se sont déclarés prêts à prendre des mesures restrictives additionnelles à l’encontre des militaires birmans si la situation ne s’améliore pas. La situation des populations rohingyas continue à être attentivement suivie au niveau européen. M. Jean-Yves Le Drian a eu l’occasion d’évoquer ce sujet avec ses homologues lors du conseil affaires étrangères du 11 décembre.

Comme les derniers rapports des Nations-unies et de plusieurs ONG le montrent, la situation reste très préoccupante tant sur le plan humanitaire qu’en matière de droits de l’Homme. Les femmes et les enfants sont particulièrement touchés par les violences.

C’est un sujet de grave préoccupation pour la France. M. Jean-Yves Le Drian l’a dit aux autorités birmanes lors de son déplacement à Naypyidaw le 20 novembre.

Nous appelons les forces de sécurité birmanes à mettre fin aux exactions dans l’État de l’Arakan et à assurer la protection des populations civiles et de leurs biens sans discrimination. Nous les appelons aussi à rétablir rapidement un accès humanitaire sûr et sans entrave et à mettre en œuvre le mémorandum d’entente signé entre la Birmanie et le Bangladesh le 23 novembre, en créant les conditions d’un retour volontaire, sûr et durable des réfugiés chez eux.

| Q. La situation dans la région anglophone du Cameroun ne cesse de se dégrader. Quel rôle peut jouer Paris pour essayer d’apaiser la situation ?

R. La France observe avec attention la situation au Cameroun, pays ami et partenaire.

Nous avons exprimé notre préoccupation après les incidents survenus en octobre dans les régions anglophones, qui ont fait plusieurs victimes. Nous avons par ailleurs condamné les crimes récemment commis contre des représentants des forces de l’ordre.

Nous appelons l’ensemble des acteurs à la retenue et au rejet de la violence. Nous encourageons le règlement des tensions par le dialogue, en vue de répondre, de manière pacifique et concertée, aux préoccupations de toutes les parties dans le respect de l’unité et de l’intégrité du pays. Ce sont des messages que nous passons également aux autorités camerounaises.

A Propos Quai d'Orsay

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