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L’Air Force & sa quête d’un appareil d’attaque low cost

| France / Défense | Jacques Borde |

Trumpisation des esprits ? Lorsque le patron de l’Air Force, le général David L. Goldfein, faisait sienne l’idée d’acquérir des avions d’attaque légers & peu coûteux. Version mise à jour.

Les États-Unis ne sont décidément pas la France. L’idée du tout Rafale qui fait, qu’à terme, nous n’auront qu’un type d’avion d’armes pour réaliser toutes nos missions aériennes, y compris celle de contre-insurrection ou d’appui-feu dans un environnement dépourvu de la plus petite défense aérienne, n’est pas du goût des Américains.

Certes, les rumeurs entendues autour d’une version dégradée ou dédiée (formule qui fait tout de même plus chic et savant que low cost) du Mirage 2000, laissent aussi à penser que nos têtes pensantes de la chose aérienne se posent elle aussi des questions ; mais nous n’en sommes pas encore là…

Côté US, comme exemple de cet esprit pratique nous avons le programme Combat Dragon II, repris par l’USCENTCOM, qui lui fit engager, en 2015, deux vénérables OV-10 Bronco1 en Irak pour lutter contre Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)2. Les résultats furent plus que positifs. A contrario, notre pays exsangue financièrement, va faire tirer des pick-up armés de 12,7 mm, par des Rafale hors de prix !

Un comme comme si vous allez acheter votre baguette et vos croissants en Lamborghini tout en étant au RSA !

On donne le président américain, Donald J. Trump, et le Sénateur John McCain (ancien pilote de la Guerre du Viêt-Nam) pour être en désaccord sur à peu près tout. Sauf visiblement une chose : ne pas jeter l’argent des contribuables par les fenêtres dès qu’il s’agit du budget de la Défense.

Dans un livre blanc intitulé Restoring American Power – ce qui, quant au fond, rejoint le discours présidentiel sur les aléas et besoins des forces armées US – le président du Senate Committee on Armed Services (SASC), un des casquettes de John McCain, a émis l’idée de doter l’US Air Force d’appareils d’attaque légers, aux côtés des F-22A Raptor, à qui l‘Air Force a fini par trouver de coûteuses applications de frappe au sol, et F-35A Lightning II.

« L’US Air Force devrait adopter une flotte mixte d’avions de combat. La très coûteuse technologie dite de 5ème génération n’est pas nécessaire pour tous les scénarii », a fait valoir McCain. Et, tout en soutenant le maintien des A-10A et C Thunderbolt II/Warthog3, prolongés par la volonté des politiques aux maximum de leur durée de vie opérationnelle, de proposer d’acquérir 300 appareils légers, à faible coût, destinés à « des missions de lutte contre le terrorisme et d’appui aérien rapproché dans des environnements permissifs ».

La proposition du sénateur de l’Arizona a trouvé un écho favorable auprès du Chief of Staff of the United States Air Force (USAF), le général David L. Goldfein, qui interrogé sur ce point devant l’American Enterprise Institute (AEI), y a vu une « grande idée » susceptible d’atténuer les problèmes de « préparation opérationnelle ».

« Je pense que nous sommes partis pour une longue campagne au Moyen-Orient. Cela continuera à être un combat en coalition. Nous devons donc continuer d’évoluer et de regarder les moyens qui nous permettront de poursuivre et de soutenir cette campagne », avait estimé Goldfein. À cette fin, il lui semblait opportun d’arriver à un « modèle plus durable pour l’avenir car moins coûteux », qui, en outre, pourrait faire l’objet d’une coopération avec les autres membres de la coalition.

À ce stade, il semble intéressant de rappeler le parcours du général David L. Goldfein. Assez classiquement, numéro 2 de l’armée de l’Air US, en tant que chef d’état-major adjoint auprès du général Mark Welsh III. Un cursus qui ne surprendra guère sur les rives du Potomac et qui n’appelle pas vraiment de commentaire..

En revanche, sa carrière de pilote (4.200 heures de vol au compteur) mérite qu’on y revienne quelque peu.

Goldfein a, en effet, volé sur les plates-formes suivantes :

  • T-37 Tweet,
  • T-38 Talon,
  • F-16C/D Fighting Falcon,
  • F-117A Nighthawk,
  • MQ-9 Reaper,
  • et MC-12W Liberty.

Ajoutons qu’avant de servir comme chef d’état-major adjoint, David L. Goldfein était directeur des armées auprès du chef d’état-major des armées au Pentagone, ce qui veut dire qu’il conseillait le secrétaire à la Défense ainsi que le président.

Piloter des F-16C/D Fighting Falcon, ou du F-117A Nighthawk, reste, somme toute, classique, les deux sont des appareils de combat. Même si, au bout du compte, le second aura eu une carrière assez courte.

Déjà, le MC-12W Liberty peut faire tiquer dans le cursus : le Liberty n’est pas à proprement parler une bête de guerre. Il s’inscrit plutôt dans la réponse des stratèges de la guerre aérienne à la guerre de type asymétique qui, de nos jours, est le lot quotidien de l’Air Force. À ce jeu, les A-10A et C Thunderbolt II/Warthog d’attaque au sol marquent plus de points que les F-16C/D Fighting Falcon qui restent des chasseurs, devenus des chasseurs-bombardiers.

Le MC-12W Liberty à lui seul est un cas d’espèce : l’appareil n’étant pas un avion de combat ni même militaire d’origine. C’est un appareil civil détourné (des Hawker Beechcraft King Air 350 et King Air 350ER) et remis à niveau (retrofit) pour la reconnaissance armée et le Renseignement. Il fut, successivement déployé lors des  opérations Enduring Freedom (OEF) et Enduring Iraqi Freedom (OIF), qui sont les noms officiels de la Guerre d’Afghanistan et de la 2ème Guerre du Golfe.

Autre monture menée au combat par David L. Goldfein : le MQ-9 Reaper. Autrement dit, l’engin non piloté de combat (UCAV) emblématique de la Guerre des drones qu’a choisi de mener Barack H. Obama.

À la nomination de Goldfein trois questions méritaient d’être posées :

1- David L. Goldfein, qui a conseillé le US Secretary of Defense, Ashton Baldwin Ash Carter, et, au-dessus de lui, le président Obama, avait-il une part (autre que celle d’avoir tâté du MQ-9 Reaper) dans la stratégie de guerre de l’ombre conduite alors par les États-Unis ?
2- Sa nomination au poste convoité et difficile à atteindre de Chief of Staff of the United States Air Force devrait-elle se comprendre comme l’essor possible de nouvelles stratégies de guerre aérienne de la part de l’Air Force ?
3- Le général Goldfein n’étant, à bien des égards, que le simple exécutant de la politique décidée dans l’Oval Room, verra-t-on une évolution de l’application de ces stratégies sous la présidence de Donald J. Trump ?

Sans qu’on puisse nécessairement parler de Trumpisation des esprits, les militaires au sein de l’administration Trump étant relativement autonomes, il appartiendra bien à Goldfein de déterminer quel type d’appareil léger viendra épauler, et remplacer à terme, les A-10A et C Thunderbolt II/Warthog.

Au moins cinq engins pourront assumer ce rôle :

1- le A-29 Super Tucano ;
2- le Textron-Beechcraft AT-6 Texan II ;
3- le Scorpion, qui pourrait aussi être proposé dans le cadre du renouvellement des T-38 Talon d’entraînement de l’US Air Force.
4- le Air Tractor AT-802U Archangel. Un engin robuste disposant de 6 points d’emports que l’Air Force connaît bien vu qu’il a été développé pour répondre au programme de Light Attack/Armed Reconnaissance (LAAR). Les AT-802U (ou Block 3) ont connu l’épreuve du feu au Yémen, puis en Libye, où ils ont été engagés, discernement et indirectement, par l’Al-Quwwāt al-Jawiyya al-Imārātiyya (UAEF)4.
5- l’Aermacchi M-345. Le seul appareil non américain possible, le M-345 HET (High Efficiency Trainer) reprend l’avionique du M-346. Comme tous les appareils de ce type, il est susceptible d’être armé. Son principal défaut dans ces temps d’America First, est qu’il n’est pas made in USA et, s’il fallait choisir un jet, mettrait à mal le programme du Scorpion.

Les États-Unis ayant des moyens que nous n’avons pas, n’est pas non plus à exclure que plus d’un modèle soit sélectionné.

Remettre en service, de manière temporaire, une nombre limité de OV-10 Bronco, est également possible à titre transitoire. Elle reste assez peu probable, mais mérite d’être rappelée, à condition d’en avoir sous la main et que ce retour en grâce ne soit pas un gouffre budgétaire. Quant au parc des OV-10 Bronco encore opérationnels, les 114 OV-10A des Marines ont tous retirés du service. Idem pour les 157 OV-10A de l’Air Force.

Par ailleurs, quelques forces aériennes opèrent encore sur OV-10 Bronco :

1- Tentara Nasional Indonesia-Angkatan Udara (TNI-AU, Force aérienne indonésienne), avec 5/6 OV-10A encore en parc.
2- Hukbong Panghimpapawid ng Pilipinas (armée de l’air des Philippines), 15/20 OV-10A en parc.
3- Kong Thab Akat Thai (armée de l’air thaïlandaise), 32 OV-10A.
4- Aviación Militar Nacional Bolivariana5, 13 OV-10E/A. Étant donné les relations délétères entre Caracas et Washington et l’état supposé des Bronco vénézuéliens, une option encore moins probable que les autres.

Alors, affaire à suivre…

Notes

1 Conçu par la firme North American. Il a participé entre autres à la Guerre du Viêt Nam et à la lutte contre les narcotrafiquants en Colombie jusqu’en 2015.
2 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
3 Thunderbolt (tonnerre) est le nom de baptême du A-10. Warthog (phacochère) est le surnom choisi par ses pilotes.
4 United Arab Emirates Air Force, Force aérienne des Émirats Arabes Unis.

 

A Propos Jacques Borde

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