Accueil / Focus / Irak : Lorsque Paris se prend les pieds dans le tapis (persan)

Irak : Lorsque Paris se prend les pieds dans le tapis (persan)

| Guerre Vs DA’ECH | Jacques Borde |

Décidément, la France a toujours autant de mal à se mouvoir (géopolitiquement parlant) au Levant. Sans doute mal (mais est-ce surprenant) conseillé par les têtes pensantes (si, si) du Quai d’Orsay, Macron, s’exprimant aux côtés, du Premier ministre du Kurdistan irakien, Nêçîrvan Barzanî, a cru opportun de suggérer au régime de Bagdad (sic) de dissoudre les. Aussitôt, toutes les voix bagdadies autorisées ont volé dans les plumes du régime de Paris (sic). Retour sur une initiative peu heureuse qu’un peu de bons sens nous eut permis d’éviter…

Il aura fallu à peine peine 48 heures après le ô combien innoportun point de presse conjoint avec le Premier ministre du Hikûmetî Herêmî Kurdistan (GRK)1, Nêçîrvan Barzanî, où le président français, Emmanuel Macron, a cru bon d’appeler Bagdad à une démilitarisation progressive des paramilitaires engagées contre la terreur takfirî, en particulier des unités du Hachd al-Chaabi (PMU)2 qui se sont constituées ces dernières années, et à ce que toutes lesdites milices soient progressivement démantelées.

Cf « Tous les groupes armés irakiens doivent être dissous et les Hachd al-Chaabi désarmés ».

Macron s’attirant, tout jupitérien qu’il soit, les foudres de Bagdad, qui a rappelé à Paris les bonnes mœurs en matières de relations bilatérales franco-irakiennes.

Bille en tête, le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, a sèchement envoyé le président français sur les roses (d’Ispahan ?), en rappelant au président français le rôle crucial joué par les combattants du Hachd al-Chaabi dans les combats contre la terreur takfirî en Irak.

« Nous avons réussi à vaincre le terrorisme grâce au rôle crucial de l’armée et des Hachd al-Chaabi », s’est félicité Abadi dans un discours à l’occasion de la cérémonie d’ouverture, lundi 4 décembre 2017, du Conseil syndical des enseignants arabes.

Le Premier ministre irakien a ensuite insisté sur le rôle de la culture et de la mobilisation culturelle de son peuple pour lutter contre la corruption dans son pays et cela en prenant justement exemple sur l’action efficace de l’armée et des Hachd face au fléau de la doxa takfirî.

On rappellera, au passage le rôle prééminent des Hachd en tant que force populaire irakienne dans la lutte contre Al-Dawla al Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (DA’ECH)3.

De son côté, repris par RFI, le vice-président du Parlement irakien, Hamam Hamoudi, a vivement pris à partie le chef de l’État, soulignant que « Les Irakiens attendaient de la communauté internationale, et notamment de la France, qu’elle félicite les combattants qui ont donné leur vie pour leur pays et pour le monde. Sans les Hachd, DA’ECH serait arrivé au cœur de Paris ».

Hélas, on corrigera à regret Hamoudi, en lui rappelant, que, d’une certaine manière, DA’ECH est déjà arrivé « au cœur de Paris ». Au Bataclan et à l’Hyper-Casher notamment.

Plus âpre, et plus dans le vrai, le vice-président irakien, Nouri Kamil Mohammed Hasan al-Maliki4, a écrit sur sa page Facebook qu’ « Emmanuel Macron s’est mêlé de manière inattendue des affaires intérieures irakiennes en appelant au démantèlement d’une institution légale, les Hachd al-Chaabi ». Et d’ajouter que « Nous voulons qu’aucun pays n’impose sa volonté au gouvernement irakien et à la brave nation irakienne ».

L’un des chefs militaires et porte-parole du Hachd, Ahmad al-Assadi, a sèchement rejeté les injonction françaises, déclarant que « Toute discussion [sur le sujet, NdlR] est rejetée et nous n’acceptons pas d’ingérence dans les affaires irakiennes ».

Bévue, maladresse, tenteront sans doute d’expliquer (sic) nos représentants à Bagdad. Pas sûr, que la mayonnaise prenne. En effet, à tort ou à raison, la partie irakienne ne semble pas disposée à laisser Paris s’en tirer à si bon compte.

En effet, un autre dirigeants des Hachd al-Chaabi, Cheikh Sami al-Massoudi, a rappelé à la chaîne Al-Mayadeen que la prise de position de la France contre les Hachd al-Chaabi « n’était pas chose nouvelle ».

« Les ingérences de la France dans les affaires des Hachd al-Chaabi sont regrettables. Ces forces ont offert plus de 23.000 martyrs et blessés dans leur lutte contre DA’ECH. Les Hachd al-Chaabi s’opposent à toute ingérence dans les affaires irakiennes ».

Aller à l’Orient compliqué avec des idées simples, disait le général. Certains de nos diplomates (sic) nourris aux lubies droits-de-l’hommistes du défunt PS, ont encore tendance à vouloir qu’on s’y rende avec des idées simplistes, pour ne pas dire stupides. Décidément, l’administration Macron, qui fait encore ses griffes, a encore beaucoup à apprendre pour participer efficacement au Grand jeu du Levant.

 

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Transfert de l’Ambassade US à Jérusalem : & maintenant ? [1]

| É-U / Israël | Géostratégie | Ils ont dit | Après le feu promis …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer