Accueil / Verbatim / Macron, Trump : Vérité en deçà de l’Hudson, erreur au-delà !

Macron, Trump : Vérité en deçà de l’Hudson, erreur au-delà !

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Charlotte Sawyer & Jacques Borde |

Les Relations internationales sont un art difficile à maîtriser. Surtout si les mauvais conseillers entourent le preneur de décision. À cet égard, la voie qu’emprunte le président français, Emmanuel Macron, au Levant, cet Orient compliqué dont nous parlait le général, n’est pas davantage un long fleuve tranquille que celle choisie par son homologue US. Dommage. Parce qu’à terme, & si nous n’y prenons garde & ne corrigeons pas les erreurs cumulées de plusieurs quinquennats, la facture pourrait s’avérer plus que salée.
À noter que nous postons sur ce blog les deux déclarations successives de l’ambassadeur US près l’ONU, Nikki Haley, explicitant le choix de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu.

| Q. Comment jugez-vous les déclarations de Bachar el-Assad sur le rôle joué par la France dans son pays ?

Charlotte Sawyer. Je crains que ce soit bien plus qu’une simple déclaration. J’y vois plus la fin programmée de la présence française dans une partie importante du Levant…

| Q. À ce point là ?

Jacques Borde. Oui, hélas. Reprenons chronologiquement ce qui s’est passé. En fait, le président syrien, le Dr. Bachar el-Assad, répondait à une de nos consœurs qui lui demandait de réagir à de récentes déclarations du président français et du Quai d’Orsay. Déclarations :

1- lui faisant porter la responsabilité de l’échec du 8ème round des négociations de Genève.
2- le traitant purement et simplement de criminel de guerre.

Le président syrien a donc clairement répondu à ces attaques, qui ne sont pas nouvelles (et remémorent aux Syriens combien de fois Paris a su les trahir depuis l’Affaire du Sandjak d’Alexandrette), rappelant que « Quant à la France, il est de notoriété qu’elle a été en tête des pays qui ont appuyé les terroristes en Syrie. Ses mains sont trempées dans le sang syrien. Elle n’a pas le droit de jouer le rôle de critique lors des conférences prétendument organisées au nom de la paix. Celui qui a soutenu le terrorisme, n’a pas le droit de discuter de la paix. Leurs déclarations n’ont aucune importance pour nous ».

Bon. Au-delà de la riposte dialectique, du discours, il y a le poids de certaines réalités.

| Q. Lesquelles ?

Jacques Borde. Prenez-le comme elles me viennent :

1- Les négociations de Genève sont un coquille vide. C’est le processus d’Astana qui compte. Processus où sont associés : Ankara, Damas, Moscou, Riyad, Téhéran, Washington (partiellement) etc., mais pas Paris. L’échec, bien réel, du 8ème round des négociations de Genève n’a rien de très particulier à voir avec Assad, il entérine simplement une fin de partie assez lamentable.
2- La France est donc out de chez out dans le processus d’Astana (le seul qui vaille) où elle n’est même pas conviée. La pique d’Assad, pour violente qu’elle soit dans le ton, est donc avant tout un constat : la France ne joue plus aucun rôle quant au volet syrien de la guerre contre la terreur takfirî.
3- Le régime de Paris (sic) étant pour le régime de Damas (sic) un has been dans cette partie du grand jeu au Levant, Bachar el-Assad peut sans grand risque rappeler quel a été notre hidden agenda auprès de groupes d’opposition armés tenus pour terroristes par Bagdad, Damas, Moscou et Téhéran. Et même Washington au gré de son humeur et des vents diplomatiques, c’est selon. Plus une foultitude de chancelleries qui n’en disent rien mais n’en pensent pas moins…
4- Le président syrien nous rappelle aussi une chose1 : personne, à part elle-même et quelques sponsors golfiques de la terreur takfirî par l’entremise de leur proxies locaux, n’a invité la France à se mêler des affaire intérieures de la Syrie. C’est même là une des raisons avancées à son exclusion du processus d’Astana. D’où, verbatim Assad, le fait que nos « …déclarations n’ont aucune importance pour nous [La Syrie] ».
5- À regarder de plus près, et à multiplier nos contre-productives prises de position, le même sort pourrait nous guetter sur le volet irakien de la guerre contre la terreur takfirî. Si nous n’y prenons garde…

| Q. Que voulez-vous dire ?

Jacques Borde. Visiblement fort maladroitement conseillé, Emmanuel Macron, s’est cru autorisé de sommer Bagdad de renvoyer dans leurs foyers les paramilitaires du Hachd al-Chaabi (PMU)2. La formule a valu au chef de l’état une volée de bois vert – Lire à ce sujet mon article : Lorsque Paris se prend les pieds dans le tapis (persan)  – des propos vigoureux, voire incendiaires, comme ceux du vice-président irakien, Nouri Kamil Mohammed Hasan al-Maliki3, Cf.« Emmanuel Macron s’est mêlé de manière inattendue des affaires intérieures irakiennes en appelant au démantèlement d’une institution légale, les Hachd al-Chaabi ». Et d’ajouter que « Nous voulons qu’aucun pays n’impose sa volonté au gouvernement irakien et à la brave nation irakienne ».

| Q. Sinon, où en est-on de la tension entre Israéliens et Palestiniens ?

Charlotte Sawyer. Toujours pareil, les incidents s’enchaînent aux incidents. Hélas. Mais parlons plutôt de tension entre Jérusalem et le HAMAS…

| Q. Jusqu’à quand ?

Jacques Borde. Le scenario, terrible et meurtrier, est connu. À force de tirer des missiles plus ou moins artisanaux sur des banlieues dortoirs où vit un lumpen proletariat israélien qui n’a guère les moyens d’aller se mettre à l’abri dans des zones hors de portée de tir, les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam (Brigades Ezzedine Al-Qassam)4, la branche armée du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)5, s’attireront une riposte massive de la part de Tsahal. L’état-major lui trouvera un joli nom, probablement d’inspiration biblique, et les historiens de l’Orient compliqué pourront cocher sur leurs tablettes la 5ème Guerre de Gaza…

| Q. Terriblement pessimiste ce que vous nous dites…

Jacques Borde. Pas pessimiste : réaliste ! Aucune puissance militaire n’encaisse des coups sans jamais les rendre. À cela près, que le HAMAS semble bien manifester une forme de retenue dont lui sont gré les Israéliens. Donc tout n’est pas perdu. Mais nous y reviendrons…

| Q. Et du côté de Ramallâh ?

Charlotte Sawyer. Je pense qu’il ne se passera rien de déterminant. Je veux dire pas au point de déclencher des coups de boutoir israéliens comme ceux qui vont viser la Bande de Gaza.

| Q. Quelle rôle peut jouer la France sur ce dossier ?

Jacques Borde. Aucun. Nous n’avons rien à y gagner et beaucoup à y perdre.

| Q. Comment cela ?

Jacques Borde. Nous ne sommes plus dans les années 70, époque où régnait un certain romantisme. L’heure est à un pragmatisme d’airain.

Prenez l’Assemblée générale de l’ONU qui a votéla résolution condamnant la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël. Trump, a été très clair quant à ceux qui adopteront le texte : « Ils prennent des centaines de millions de dollars et même des milliards de dollars et, ensuite, ils votent contre nous (…). Laissez-les voter contre nous, nous économiserons beaucoup, cela nous est égal (…). Ce n’est plus comme avant, quand ils votaient contre nous et qu’ensuite, on leur donnait des centaines de millions et personne ne savait ce qu’ils en faisaient ».

| Q. Quelle morgue ?

Charlotte Sawyer. Ça n’est pas de la morgue, désolé, mais du réalisme. Trump, en bon businessman, soupèse et fait le tri ! Il y a eux et nous ! Et, so sorry, on ne paye pas ceux qui jouent contre nous…

| Q. Eux et nous ?

Charlotte Sawyer. Washington, Jérusalem (et leurs alliés) Vs les autres. C’est simple et tranchant comme un katana.

Avertissement repris, sur le même ton, par notre US Ambassador to the United Nations, Nikki Haley6, qui a précisé que « les États-Unis noteront les noms (…). Le président observera attentivement ce vote et il a demandé que je lui signale les pays qui auront voté contre nous ».

| Q. Mais Trump s’isole…

Charlotte Sawyer. Vous croyez ? C’est l’impression qu’il donne, je vous l’accorde.

| Q. Et ce n’est pas vrai ?

Jacques Borde. C’est ce que veut nous faire croire une certaine intelligentsia arabe, avec son indécrottable romantisme. Mais nous en sommes loin. Très loin, même.

Or, rappelons quelques vérités :

1- les votes de l’Assemblée générale, le monde s’en contrefiche largement. Surtout en 2017.
2- ce vote ne sera pas contraignant.
3- le faiseur du pluie au Levant reste et restera Washington. C’est une question d’habitudes, d’entregent et, surtout, de moyens. Je vous rappelle, en passant, que Teflon Trump vient de faire les poches de ses amis séoudiens : 400 milliards de dollars !
3- la cassure du monde (pour peu que cela ait jamais été le cas) ne passe pas par la Palestine, dont les chancelleries arabes sont les premières à s’affranchir dès qu’on passe aux choses sérieuses, mais par la question migratoire soudée à la question d’un terrorisme (1ère préoccupation des Français, vient nous rappeler un tout dernier sondage) perçu comme intrinsèquement lié à l’Islam.

Sur ce sujet, petit exemple : le Pr. Dominique Reynié, vient de nous rappeler que 12 membres sur 27 de l’Union européenne sont sur la même ligne idéologique que l’administration Trump.

Alors, oui, vous pouvez me dire qu’ils n’ont pas suivi (sauf 44 d’entre eux) les injonctions de Trump et de Haley. Mais franchement, qui s’en soucie ? Qui ira mourir pour la Palestine ? À part les Palestiniens, bien sûr.

Encore du romantisme…

Notes

1 Si souvent soulignée par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï V. Lavrov.
2 Ou Popular Mobilisation Unit/Unité de mobilisation populaire.
3 Aussi aussi connu sous son nom de guerre de Jawad al-Maliki, qu’il a décidé de ne plus utiliser à partir de son accession au pouvoir.
4 Anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens.
5 Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
6 Née Nimrata Randhawa, née et élevée dans une famille de confession sikh. Elle s’est convertie à la religion de son mari, le méthodisme, avant son mariage. Appartient, de fait, à l’aile chrétienne des Républicains pro-Trump.

A Propos Jacques Borde

Consulter aussi

Des Printemps (dits) arabes au Printemps perse : Réalités, vœux pieux & complots ? [1]

| États-Unis / Iran | Géostratégie | Questions à Jacques Borde | À peine reçues …

Ce site utilise des cookies. En acceptant ou en poursuivant votre visite, vous consentez à leur utilisation .

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer